Précarité française : 42% des journalistes sont pigistes

Le 15 mars 2019, par Rédaction les influences

Une étude de la Scam alerte sur les fragilités croissantes de la profession.

#Société

Médias. Bienvenue dans le monde enchanté des médias français. La Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) vient de publier son Livre blanc sur la situation des journalistes français. Et ce n’est pas une fake news. Malheureusement. Depuis sa dernière analyse intitulée « De quoi vivent les journalistes ? » et qui remonte à 2013, l’organisme pointe une précarisation toujours plus croissante de la profession ( le salariat a chuté de 6% et ne compte plus que 52%), une fragilisation statutaire (intermittence, auto-entrepreneuriat, paiement en droits d’auteur) et finalement, l’effondrement d’une culture professionnelle soumise aux tensions sociales, au choc technologique et un entre-deux modèles économiques. « 17 % des journalistes déclarent ainsi cumuler plusieurs situations contre 12 % en 2013 » pointe le rapport.

68 € le feuillet en moyenne

Les rémunérations pratiquées ne consolent pas : 11 % touchent moins que le Smic annuel et 28 % moins de 20 000 € par an « Les journalistes en situation d’emploi permanent évoquent des salaires globalement bas, des revalorisations faibles ou inexistantes, avance la SCAM. Celles et ceux qui ne sont pas en situation d’emploi permanent dénoncent en premier lieu la difficulté à se faire payer en salaires. Si 74 % des journalistes se voient en effet rémunérer exclusivement en salaires, 26 % perçoivent d’autres modes de rémunération (cachets, droits d’auteur, factures). Le salaire net mensuel moyen d’un ou d’une journaliste en CDI varie sensiblement selon le media : il est d’environ 3 600 €/mois nets à la télévision contre 3 000 € en presse écrite ou en radio et 2 500 € sur le web. En presse écrite, la pige est rémunérée 68 € le feuillet en moyenne. »

De notre envoyé spécial, femme, sans carte de presse, sans assurance et en auto-entrepreneur

Les disparités entre hommes et femmes sont là aussi patentes : deux fois plus de femmes (15 %) que d’hommes (8 %) perçoivent une rémunération inférieure au Smic. Mais seules 4 % des femmes perçoivent un salaire supérieur à 60 000 €, contre 10 % des hommes.
Dans ces conditions, des situations professionnelles tiennent du bricolage : « Seuls 52 % des journalistes disent avoir une assurance quand ils partent en reportage. Si l’assurance est prise en charge par l’entreprise pour 80 % des journalistes, 20 % doivent payer leur assurance professionnelle. » Ce rapport de force entre employeurs et journalistes pigistes donne le sentiment d’une nasse désespérante : « On peut comprendre que la Commission de la carte n’ait pas envie d’ouvrir les vannes aux journalistes entrepreneurs et ajouter encore de la précarité à la précarité, observe encore la SCAM. Obtenir ou conserver sa carte de presse reste un frein au développement massif de l’auto-entrepreneuriat dans le journalisme. Mais n’est-ce pas aussi une double peine pour ceux qui ne peuvent résister à la pression des employeurs ou qui n’ont pas d’autre choix comme certains correspondants à l’étranger ? »
La SCAM qui milite depuis des années pour une reconnaissance des journalistes en tant qu’auteurs, constate l’auto-dénigrement des professionnels sur l’évolution de leur métier et de leur statut. 62% des journalistes se considèrent auteurs, soit un recul de 9 points par rapport aux chiffres de 2013. Olivier Da Lage, l’un des contributeurs du document, observe : « Pourtant, nul texte n’a jamais privé les journalistes d’une qualité d’auteur qui leur était reconnue par la société dès l’origine, lorsque l’on appelait libelliste, puis journaliste celui ou celle qui écrivait dans le journal, quelles que soient les activités exercées par ailleurs. »
En attendant une robotisation accrue des tâches rédactionnelles, beaucoup d’entre eux se vivent comme de simples fournisseurs de contenus, subissant le formatage industriel de l’information.

Enquête menée par Béatrice de Mondenard auprès de 3 700 journalistes, disponible sur scam.fr




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