Que reste t-il d’ Alexis Tsipras ?

Le 29 novembre 2019

L’idée : Fabien Perrier, journaliste et biographe du leader de Syriza qui était à Paris cette semaine, détaille l’héritage politique.

Alexis Tsipras, une histoire grecque, Fabien Perrier, Editions François Bourin, 220 p., 20 €.

POLITIQUE Alexis Tsipras à Paris. Invité par Sciences po,le 27 novembre, l’ancien Premier ministre a raconté sa Grèce et la vision politique qui l’animait, dans le cadre de la création de la nouvelle chaire " Dette souveraine". Le journaliste Fabien Perrier vient de publier une biographie précise et subtile de l’odyssée politique du leader de Syriza. Une analyse plus grecque que grecque. La preuve : le livre d’enquête est désormais publié à Athènes.

La thèse centrale de votre essai est que Tsipras a incarné plus que d’autres la Grèce et ses contradictions. Comment va t-elle depuis que Tsipras n’est plus aux commandes ?

Fabien Perrier : « Les électeurs, mécontents, ont rejeté Syriza et son leader, Alexis Tsipras, aux élections de mai puis de juillet 2019. Né 4 jours après la chute de la junte, Alexis Tsipras n’appartenait à aucune dynastie familiale de la politique. Il incarnait symboliquement et idéologiquement la Grèce « ordinaire ». D’ailleurs, la crise, les mesures d’austérité imposées comme réponse, les mouvements de contestation à ces politiques, mais aussi l’appui du Parti de la Gauche Européenne avaient permis à Alexis Tsipras d’acquérir une assise à l’intérieur de la Grèce et une reconnaissance européenne et internationale. Dans le rapport de forces de 2015, c’était bien insuffisant pour cette Grèce du « Tiers-Europe ». La signature d’un mémorandum et la difficulté à appliquer des mesures sociales de grande ampleur ont donc mené à un échec électoral de Syriza.
Quatre mois après son arrivée à la tête du pays, le parti de droite Nouvelle Démocratie a fait passer de nombreuses mesures comme la suppression de l’asile universitaire, la suppression du numéro d’identification sociale pour les migrants, la création de centre de rétention pour les migrants qui seront, donc, désormais enfermés, ou encore un droit de grève plus limité. De nombreux Grecs s’inquiètent de cette orientation politique. Mais ND jouit d’un avantage non négligeable, sur le plan économique. A peine arrivé au gouvernement Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre, a pu compter sur l’aide de la chancelière allemande Angela Merkel appelant à accorder plus de marges budgétaires à la Grèce...

Que reste t-il de l’héritage Tsipras dans la politique et la société grecque ?

Le livre tente d’être un récit de la Grèce de 1974 à 2019, en plongeant même dans des périodes comme la guerre civile. Ainsi, j’essaye de montrer les changements qui ont lieu dans la Grèce de l’après-dictature.
En 2019, l’image de la Grèce a changé même si différents indicateurs montrent que la situation reste très difficile. Le chômage a baissé de 10 points, mais affecte 18% des actifs et beaucoup d’emplois sont partiels et précaires. La croissance a repris, mais il faudra 20 ans pour que le pays retrouve son niveau d’avant 2010. Telles sont les conséquences des politiques imposées en Grèce depuis 2010.

Le journaliste essayiste Fabrice Perrier (photo : Paris Tavitian).

Son premier héritage politique, les fondements d’un État social : le score de Syriza aux élections de juillet 2019 s’est établi à 32% et a été le fait des quartiers populaires, des jeunes et des chômeurs

Sur le plan sociétal, les apports de Syriza sont importants. Par exemple, l’ouverture de l’adoption pour les couples homosexuels, une réflexion sur la place de l’Église dans la société...
Autre héritage : géopolitique. Ce sujet taraude en permanence ce petit bout d’Europe au confins de l’Orient et de l’Occident. Par exemple, Alexis Tsipras et son gouvernement ont ainsi essayé de mettre fin à la querelle de trente ans avec la Macédoine du Nord en négociant l’accord de Prespes. Certains pensent que le Président Emmanuel Macron a toutefois planté l’accord de Prespes en refusant d’ouvrir les négociations d’adhésion à l’Union Européenne pour les Balkans de l’Ouest. Il y a aussi un héritage, presque moral : l’expérience de Syriza a révélé les très faibles marges de manœuvre dont dispose un gouvernement pour appliquer son programme tout en restant dans la zone euro.
Enfin, le premier héritage est, sans doute, le score obtenu aux élections de juillet 2019 : les quartiers populaires, les jeunes, les chômeurs se sont majoritairement exprimés pour Syriza. Cette tentative d’établir des fondements d’un État social a remporté une part d’adhésion à tel point que 32% des électeurs ont voté pour Syriza - un score dont rêvent sans doute de nombreux dirigeants européens qui arrivent aux plus hautes fonctions avec moins d’un quart de l’électorat !

Quel est le futur possible d’Alexis Tspiras ?
C’est à Alexis Tsipras en personne de répondre à cette question ! Mais à mon avis, il espère renforcer son parti, élargir sa base et revenir en poste. »

Recueilli par E.Lx

QUE LISEZ-VOUS ?

Une nouvelle odyssée grecque

Pour écrire ce livre, j’ai dû me replonger dans l’histoire grecque et j’ai relu, avec plaisir, un livre court et passionnant, Grèce, la nouvelle odyssée, d’Adéa Guillot et Françoise Arvanitis (Editions Nevicata). Bien sûr, je me plonge avec plaisir dans Libération, Le Temps et Le Soir au quotidien. Mais le soir, un bon roman m’est indispensable, même si je n’en lis parfois que deux ou trois pages. J’ai découvert, dernièrement, Photo de groupe au bord d’un fleuve, d’Emmanuel Dongala (Ed. Babel) que je recommande chaudement : le style, l’histoire... Tout me plaît ! J’aime aussi beaucoup les romans de Louis Aragon, Aurélien ayant, sans doute, ma préférence. Ou encore, les polars de Dominique Manotti qui mène des enquêtes édifiantes.




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