Rimbaud et Verlaine au Panthéon du grand n’importe quoi

Le 14 septembre 2020

La chronique de François L’Yvonnet. Pourquoi il faut s’opposer avec force à cette pétition exigeant l’entrée au Panthéon des deux poètes.

#Culture

Rimbaud au Panthéon ? En compagnie de Verlaine… Les voilà réduits à n’être que des icônes gays pour vieux politiciens sur le retour et autres plumitifs en mal d’inspiration. Il est dommage que nos poètes n’aient pas été Noirs. L’hommage aurait été plus largement consensuel.
Les inspirateurs de cette pétition grotesque n’ont vraiment peur de rien. Pourquoi ne pas envisager de donner leur nom à une caserne ?
C’est la dernière trouvaille des indigents de Lettres.

Car il faut beaucoup de sottise et pas mal de mauvais goût pour imaginer honorer deux des plus grands poètes français, qui se sont en effet aimés, en installant leurs restes dans le Temple que la Patrie reconnaissante offre à ses grands hommes (sic). Il n’y a pas pour la poésie, pour l’art en général, de lieu plus approprié pour organiser des funérailles. Pour tuer la singularité. Pour anéantir le génie. Pour ensevelir l’impertinence.

République ou non, le temple est de trop. C’est ignorer que Rimbaud et Verlaine conchiaient les temples, tous ces lieux pseudo-sacralisés qui puent la naphtaline et l’académisme.

Ils étaient sans véritable patrie. Quelle est la patrie d’un poète ? Sinon sa langue qu’il ne cesse de subvertir.

Comme s’il s’agissait de rendre respectables des artistes qui ont tout fait pour ne pas l’être. Qui ont mené une existence en marge des convenances et des conventions. Qui se sont moqués des institutions. Qui n’ont pas eu de mots assez durs pour dénoncer tous les conformismes. Qui ont payé cette liberté au prix le plus fort.

Rimbaud n’a pas rejoint les troupes coloniales. Verlaine n’est pas devenu haut fonctionnaire de la Culture. Ils n’ont pas fait carrière dans les ministères. Ils n’ont pas cherché à organiser leurs noces, car ils maudissaient la famille, le couple et les habitudes mortifères.
Ils n’ont pas célébré la grandeur de la Nation. Ils n’ont pas chanté la Marseillaise. Ils ne sont pas morts à l’ennemi.
Ils étaient sans véritable patrie. Quelle est la patrie d’un poète ? Sinon sa langue qu’il ne cesse de subvertir. Qui n’est pas celle des discours officiels, des pétitions et autres commémorations. La langue morte de l’administration. La langue figée des formulaires.
Mettre des godillots aux semelles de vent.
Les vieux barbons de la République, tous ressemeleurs patentés, n’ont rien trouvé de mieux en ces temps pandémiques que de vouloir coincer dans la crypte honorifique, à grands coups de chausse-pied, des cendres publicitaires qui seront offertes à la ferveur des touristes républicains. Au suivant…
Il fut un temps où pareille infamie - car il est infâme d’imaginer faire jouer à des dépouilles le rôle de Monsieur Prudhomme – aurait mobilisé ce que le pays comptait encore d’esprits rebelles et facétieux.

Pauvre Rimbaud, pauvre Verlaine.
Non seulement, on ne vous laisse pas en paix sous la terre, fantôme sans os, mais on veut vous associer, de surcroît, à la plus vile des opérations de récupération : faire de vous des militants d’une cause. Quelle que fût cette cause. Vous qui n’étiez d’aucun parti. Qui aviez choisi de fuir. Qui aimiez trop les lointains pour être seulement d’ici.
Tout cela appelle au minimum le plus profond mépris.



Par Circetole 11 octobre 2020

Rimbaud et Verlaine au Panthéon : Deux hommes pour un "coffin" ?

Lettre ouverte à tous les Assis,
dont les noms frétillent par ordre alphabético-protocolaire aux premiers rangs de la pétition : S’il vous plait, foutez-leur la paix ! Que jamais les honneurs empesés de la République n’étouffent ces libres fantômes ! Et plutôt que de mettre en cage, même dorée, même de marbre, deux nouvelles recrues, rendez plutôt Jean-Jacques à son île des peupliers, où flotte encore parfois le souvenir de Gérard, Sylvie et Adrienne !

Cette pétition, mal pensée, mal ficelée, et, pire que tout, mal écrite est un crève-cœur pour qui aime vraiment (c’est-à-dire en toute innocence) l’œuvre et les vies de ces deux poètes. Quel Mal vous ont-ils fait pour vouloir tout à trac agiter ainsi leur poussière et troubler leur repos ? Leur mythe n’est pas à vendre, ni à l’étal, ni à l’encan ! Les soldes ne sont pas ouvertes !

« Que dit-on aux poètes à propos du Panthéon » (sic). Une première ligne, à l’image de l’entière démarche, affligeante. « Le châtiment de Tartuffe » aurait sans doute été plus approprié. Pourquoi, en effet, cette punition ? Pourquoi menacer ces deux poètes d’une condamnation, sans jugement ni jugeote, à une peine perpétuelle ? Vaille que vaille, Rimbaud et Verlaine ont tenté de vivre en liberté (autant que la société des Hommes alors - comme aujourd’hui, comme demain - pouvait le permettre), et vous voudriez à présent vous emparer de leurs restes, vous approprier leur mémoire comme l’on fait d’un scalp ou d’un trophée ? Non ! Pas eux, pas ça ! Même pour une cause, aussi juste soit-elle ; une communauté, aussi active soit-elle ; ou une patrie, tellement en quête de repères et d’unité soit-elle !

Comparer Rimbaud ou Verlaine à Oscar Wilde tiendrait de l’ignorance si ce n’était tout bonnement de l’imposture ! Si Oscar Wilde, porta haut son homosexualité, il en fut tout autrement de nos deux poètes. Jamais Rimbaud n’en pipa mot, et Verlaine, son « old cunt ever open(ed) », brouilla toujours les pistes, auprès de ses amis, comme devant la postérité, alternant l’aveu : « mon grand péché radieux » et le déni : « qu’on l’entende comme on voudra, ce n’est pas ça (…) je vous dis que ce n’est pas ce que l’on pensa ».

Et puis, quelle drôle d’idée de vouloir faire entrer au Panthéon, conjointement et en « parallèle » (sic), pour une sempiternelle mort commune, deux êtres que la vie et ses embrouilles avait séparés, comme tant d’autres, une fois la passion feue. Réunir sous une même coupole l’Oestre et le Loyola, ces libres divorcés, sous prétexte qu’ils se sont aimés 2 années durant, c’est vouloir nier leurs choix, réviser l’histoire, et figer leurs vies. Si leurs tombes sont séparées, qu’importe, leurs noms et leur mémoire resteront encore longtemps associés. N’est-ce donc pas l’essentiel pour vous ? D’ailleurs, on n’enferme pas des mythes au Panthéon, juste des symboles !

S’il vous paraît à ce titre important de faire respecter un quota de diversité au sein de l’édifice, pourquoi ne pas plutôt demander l’intronisation du plus grand écrivain français du siècle passé, celui en l’honneur duquel Verlaine précisément, le 10 juillet 1873, tira dans le ciel bruxellois, deux coups de révolver, comme autant de bougies d’anniversaire ? Sa tombe de marbre noire (sobre, mais ni étriquée ni avare), sise au Père Lachaise, ne lui donne-t-il pas déjà un avant-goût du lieu.

Mieux encore ! Boudé de son vivant par l’Académie Française, réclamons le transfert des cendres de Charles Trenet au Panthéon ! « Les sanglots longs des vi-olons de l’automneeee bercent mon cœur d’une langueur mo-notone ». Quelle promotion inespérée, quelle revanche ! Ne manque-t-on pas d’ailleurs cruellement de chanteurs - les poètes d’aujourd’hui - place des Grands-Hommes ?

Et s’il fallait ensuite appliquer un quota de rockers français, l’élu serait alors tout trouvé !

Circeto

https://rimbaudetaitunautre.home.blog/

Répondre a ce message

Par Magdalena Solisle 15 septembre 2020

Cela faisait longtemps que L’Yvonnet n’avait pas grogné. Une colère aussi vive que les pas de l’homme aux semelles de vent. L’image des godillots est évidemment bien venue. Comment peut-on imaginer un seul instant penser rendre hommage à un poète en l’enfermant dans ce qu’il a toujours fui, sans peser lourd dans le sol de la bêtise ? Une fois encore, François L’Yvonnet dit mieux que personne la médiocrité des uns, l’inculture des autres. Qu’il s’attaque encore et plus souvent aux comédies humaines, aux conformismes de tout poil, pour qu’au lieu d’en pleurer comme malheureusement l’époque nous y invite, nous puissions au moins en rire.

Répondre a ce message

Par PICHERY le 14 septembre 2020

Très belle plume dans la plaie de Dame bêtise, “dont le règne est méconnu“ ... chantait Jacques Brel
Benjamin Pichery

Répondre a ce message


Poster un nouveau commentaire