Selon le CEVIPOF, 71% des Français estiment les élus facilement corruptibles

Le 5 mars 2020

Dans son dernier Baromètre de la confiance politique, le labo de Sciences po enregistre un léger mieux dans la reconnaissance des élus après la crise des Gilets jaunes, mais le niveau de défiance reste très élevé.

#Mentalité

DÉMOCRATIE Les mots-clés 2020 des Français ? « Méfiance » (30%), « Lassitude » (28%), « Morosité » (22%). Le Cevipof appelle ses études, des vagues. Et la Vague 11 intitulée « Un rebond de confiance en trompe l’œil ? » instruit de la défiance française vis-à-vis de ses élus mais aussi du système démocratique en 2020. Par rapport aux vagues 9 et 10 qui correspondent à la saison crisique des Gilets jaunes, on constate un léger mieux. Comme un petit bout de ciel bleu dans une tourmente de nuages noirs et épais.
La défiance reste solidement ancrée. L’image dominante des hommes et femmes politiques est peu reluisante : manque d’empathie (80%), facilement corruptibles (71%), hors-sol, parlant de manière beaucoup trop abstraite (67%). Les élus inspirent peu de respect (27%). 37% éprouvent de la « méfiance » lorsqu’ils pensent à la politique, et même du « dégoût » pour 27%. 40% des Français interrogés estiment qu’ « il n’y a pas de quoi être fier de notre système démocratique ». Traces de la crise des Gilets jaunes : 51% estiment que l’on peut très bien se passer des partis politiques mais aussi des syndicats. Un bon point : « les hommes et les femmes politiques essaient de tenir leurs promesses » (29% contre 26% en janvier 2019) et « font ce qu’ils peuvent. » Le super-héros politique français reste le maire (60% des Français, 27% pour le gouvernement et 31% pour l’Assemblée nationale).
Mais l’« archipelisation » de la société française se fait ressentir avec « des clivages sociologiques toujours très forts », voire de plus en plus forts, insiste l’étude. De même la confiance sociale en France est beaucoup moins assurée qu’en Allemagne et au Royaume-Uni : ainsi les Français ne sont que 58% à souscrire à cette proposition « J’ai une liberté et un contrôle total sur mon propre avenir », loin derrière les Allemands (73%) et les Britanniques (74%).

37% des Français interrogés éprouvent de la « méfiance », 27% du « dégoût » pour la politique mais ils croient moins aux hommes forts que les électorats allemand et anglais

L’une des surprises et grande première de cette étude est la comparaison effectuée avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Alors qu’a priori, on s’attendrait avec la Ve république, au culte de l’homme providentiel cultivé dans l’Hexagone, c’est tout le contraire : face au 27% français, la figure de l’homme fort est plébiscitée en Allemagne (49%) et en Angleterre (44%, l’effet Brexit tenu par Boris Johnson n’y est pas pour rien).
Commentaire du Cevipof (et de ses partenaires Opinion Way, Fondation Jean-Jaurès, Institut Montaigne et Terra Nova) : «  Alors que c’est l’institution présidentielle française qui est censé exprimer la préférence hexagonale pour l’homme du dernier recours, on voit une attente beaucoup plus forte du recours à l’autorité chez les Britanniques et les Allemands. Est-ce une prudence apprise par l’expérience du côté français ? Elle montre en tous cas que la maturité démocratique, le choix des institutions délibératives et du partage du pouvoir font aussi partie de nos représentations, quoi qu’en disent les analyses trop rapides sur notre inévitable penchant bonapartiste ».




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