Socialiste + conservateur + libéral

Le 7 mars 2019, par Ziad Gebran

L’idée : Leszek Kolakowski n’avait pas son pareil pour décortiquer les concepts du communisme et du nationalisme. Ça peut (re)servir.

Leszek Kolakowski, Comment être socialiste + conservateur + libéral : Credo, Paris, Les Belles-Lettres, 192 p., 12.90€. Publication : 2017.

Politique. Il est des livres qu’il n’est pas inutile de relire. En apparence, avec le titre de cet essai on pourrait y voir un clin d’œil à la posture idéologique d’Emmanuel Macron. Mais, on peut tout faire dire aux morts car ce livre – recueil de textes du philosophe méconnue polonais Leszek Kolalowski décédé à Oxford en 2009 est bien plus ancien que nos événements idéologiques contemporains, et même est en réalité tout l’inverse. D’ailleurs, on ne retrouve clairement cette question qu’à la fin de l’ouvrage, sous forme de credo. Mais le limiter à cela serait ne pas faire honneur à la force de cet ouvrage.
Il donne de la substance à tous ces concepts qui ont été vidés de sens pour des questions de tactiques politique. Ce livre a une vraie vertu pédagogique pour mieux comprendre ces idéologies que tout le monde avance mais dont on a oublié la perspective historique. Mais aussi pour se rappeler des désastres du communisme et du nationalisme, à l’heure où notre monde connaît des turbulences qui peuvent laisser penser qu’on se redirige vers ce genre d’idéologies.

Stalinisme : conséquence inéluctable du communisme

Le philosophe Leszek Kolalowski.

Kolakowski naquit à Radom, durant la Seconde République de Pologne.
Après la Seconde Guerre mondiale, il étudie la philosophie à l’université de Lodz. En 1953, il obtint le doctorat de philosophie à l’université de Varsovie avec sa thèse sur Spinoza. Il devint plus tard professeur de chaire universitaire dans le département de l’histoire de la philosophie à l’université de Varsovie entre 1959 et 1968.
Spécialiste du marxisme, Leszek Kołakowski est connu pour son Histoire du marxisme, en trois volumes, dont seuls les deux premiers ont à ce jour été traduits en français. L’ouvrage a été édité en anglais dans son intégralité par l’université d’Oxford, sous le titre Main Currents of Marxism. Il pensait en particulier que le stalinisme était la conséquence inéluctable de la mise en pratique du communisme. Son œuvre a été couronnée par le Prix européen de l’essai Charles Veillon en 1980. Il a reçu aussi le prix de la paix des libraires allemands en 1977 et le prix Jérusalem en 2007. Et encore le Prix Alexis-de-Tocqueville en 1997.
Aussi, à travers des incursions, tout au long du texte, dans le parcours personnel de l’auteur, c’est en creux un portrait du philosophe engagé qui est fait ici. Alors que ce concept semble avoir disparu de nos jours. Le courage, mais surtout la liberté qu’il véhicule à travers sa pensée, mérite aujourd’hui d’être mieux mis en avant.




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