Tenoua, une revue contre la connerie ambiante

Le 29 juillet 2018, par Alain Ilan Chojnow

Aux manettes de cette revue de qualité, la rabbin Delphine Horvilleur.

#Culture

68 pages
9€ le numéro, 40€ abonnement (4 numéros et 1 hors série)
www.tenoua.org
Twitter : Tenou’a

Médias. Il serait faux de croire que cette revue n’est faite que pour les Juifs. Tenoua est surtout une revue contre la connerie ambiante. Autant dire que cela concerne plus d’un Juif, et plus d’un goy religieux ou athée. (Au passage, un grand coup de chapeau au génial et trop méconnu graphiste Élie Papiernik, fondateur de l’Agence Cent Degrés, pour la mise en page de cette revue).
Ce numéro consacré à "l’art de la dispute" va à contre-courant des dogmes, de tous ceux qui ont une parole définitive. La dispute élevée au rang d’une nécessité à penser et pour penser. Quand rien n’est jamais acquis, mais à conquérir.
Sous la houlette du rabbin Delphine Horvilleur, tendance libérale, se sont réunis évidemment des rabbins, et aussi étonnant et sacrilège que cela puisse paraître, des philosophes, des universitaires agnostiques ou athées et pour certains médiatiques.

Découvrir et savourer la dispute juive, la Makhloket

Ici, la dispute, la Makhloket, est prise dans les racines des Textes talmudiques ou du Midrash, dans un système "anti-idéologiques" où le dialogue contradictoire prime dans la constitution de la pensée. La "Makhloket, c’est l’impossibilité de penser seul" écrit Marc-Alain Ouaknin, rabbin, philosophe et animateur de l’émission Talmudiques le dimanche matin sur France Culture. Et poussant la réflexion jusqu’au bout, un autre rabbin Philippe Haddad va jusqu’à proclamer : "la critique religieuse se situe au-dessus de la religion elle-même, parce qu’elle la situe à l’échelle humaine".
On aura compris que le dialogue contradictoire, la dispute, la remise en cause peuvent être des fondements de l’acte de penser pour l’homme libre de toute obligation dogmatique. Car, Dieu, en fournissant les Commandements et les Lois orales et écrites, s’est retiré du monde afin de laisser l’homme se "débrouiller" avec.

Il n’y a donc pas de "parole juive légitime" qui parlerait au nom du judaïsme, peut écrire l’historien Jean-Christophe Attias. Même plus, on se souvient de la blague juive qui dit 2 Juifs 3 opinions, et selon Noémie Benchimol, "c’est oublier que dans un débat, on peut être deux à avoir tort", ou trois dans l’erreur.
Même si ces réflexions portent en elles les habituelles illusions religieuses ou philosophiques, le psychanalyste Gérard Haddad nous ramène à la réalité des conditions actuelles de la pratique de la Makhkloket qui se heurte au fanatisme. Fanatisme religieux qui nie le concept même de la Makhloket, malgré ses racines puisées dans les Textes.

À noter : L’Atelier Tenou’a
Dans le prolongement de la revue, chaque mois a lieu un cercle d’études ouvert à la critique et au désaccord.
Dans une période où tout désaccord semble devoir conduire à l’invective, à l’injure ou à la menace, nous entendons rendre hommage à l’une des plus vieilles traditions du judaïsme, la mahloket, le débat, la dispute, dans le dialogue respectueux”.
Renseignements et inscriptions : atelier@tenoua.org et tenoua.org/atelier



Par Maud Tabachnikle 21 avril 2020

je ne savais même pas que nous avions inventé une méthode pour nous engueuler. C’est pourtant le point oméga de notre civilisation. Quand j’étais étudiante et apprentie de la vie, mes amis et moi refaisions le monde chaque fois que l’on se voyait. Et constatez comme il est devenu meilleur.
Mais combien de fois n’ai-je pas entendu quand les convives s’échauffaient autour d’un point de discussion, une voix faible, mais pas assez à mon goût, déclarer ; Enfin vous n’allez pas vous disputer, ça ne vaut pas le coup.
Mais alors, cher faiblard, qu’est ce qui vaut le coup quand on est réuni avec des amis ? Parler de la pluie et du beau temps, des enfants, des époux, des épouses, des affaires, des vacances, des chiens, des loyers, de la maladie de beau-papa, des frasques du gendre, de la vie qui ne cesse d’augmenter, de la voiture , des résultats de foot ? là c’est sûr on ne s’engueule pas car chacun y va de sa petite histoire, coupe la parole à celui qui parle, pense que la sienne est bien plus intéressante , et vous savez quoi ? on se quitte en se disant . Bon je ne vais plus les voir les gens de ce soir car vraiment ils sont très ennuyeux. Tandis que si par chance vous amenez la conversation sur la politique ou la religion, sur la foi, et la crise de foi, alors là je vous promets une soirée de plaisir, de chaleur, d’échanges (!) dont vous vous souviendrez. Alors de grâce, parlez ds sujets qui fâchent, vraiment c’es plus marrant.

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Par GUEDIN pASCALle 4 août 2018

Bonjour à toutes et tous,
Philippe Haddad va jusqu’à proclamer : "la critique religieuse se situe au-dessus de la religion elle-même, parce qu’elle la situe à l’échelle humaine".
On aura compris que le dialogue contradictoire, la dispute, la remise en cause peuvent être des fondements de l’acte de penser pour l’homme ....
Pour moi qui ne suis qu’un simple franc maçon , ce texte résume à la perfection la base de l’enseignement de cette Institution d’une part, et c’est surtout un plaisir de lire ces lignes en cette époque bien "tourmentée" pour rester optimiste ... Merci !

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    le 19 janvier 2020

    J’adore le titre ! Déjà ! Quant à Madame Horvilleur dont j’ai dévoré tous les ouvrages , c’est une passion pour moi que les écrits de cette grande dame . Je suis Franc Maçonne et L’interprétation si particulière , si fine , qu’elle porte sur les Patriarches ou les lois , du livre de la Bible me comble ! Merci beaucoup Madame j’ai 73 ans , avant vous je n’ avais encore jamais eu d’idole , c’est une première pour moi !


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