Trebor Scholz contre la grande arnaque de l’économie du partage

Le 14 novembre 2018, par Rédaction

L’idée : Cloner les outils du capitalisme numérique mais pour les destiner à une véritable économie coopérative, prévoyant une protection sociale et des valeurs démocratiques robustes.

Trebor Scholz, Le coopérativisme de plateforme. 10 principes contre l’ubérisation et le business de l’économie du partage, Fyp-Socialter, 96 p., 12 €. Publication : octobre 2017.

Économie-Social. Précariat, insécurité économique, détournement de valeurs éthiques... Trebor Scholz, enseignant-chercheur à la New School for Social Research de New York l’énonce depuis quelques années déjà : L’économie dite du partage est une aimable foutaise. Et d’ailleurs, réflexion faite, même pas si aimable que ça. Dans un petit livre traduit en français l’année dernière et malheureusement peu commenté ( Lire l’article de Hubert Guillaud sur Internet Actu ), le théoricien du digital labor (usages et pratiques numériques ordinaires en tant que travail) synthétise la réflexion qui l’a menée à une alternative à ce supercapitalisme nouveau que dope le numérique. Son contrepoison : le coopérativisme de plateforme. Ses premiers chapitres désossent le système qui a mis le monde du travail et la conception même du travail dans une nasse vicieuse. L’économie du partage ( sharing economy ) est une ruse rhétorique. « Il a fallu du temps avant d’admettre que cette économie du partage n’était rien d’autre qu’une économie du service à la demande visant à monétiser des services jusque-là informels ou relevant de la vie privée » Les entreprises « trop cool » ont mis la main sur le partage : « Elles se servent de votre voiture, de votre appartement, de votre travail, de vos émotions et, plus important, de votre temps ». Ces intermédiaires séduisants, un nombre très réduit de personnes, font les poches avec le royal consentement et même la servitude volontaire du public, étendent le marché dérégulé dans des espaces de vie et de culture jusque-là préservés, concentrent leur pouvoir et leurs richesses comme jamais. Pour Trebor Scholz, il y a un impensé qu’économistes, politologues et penseurs prennent avec trop de cynisme. Ou de désinvolture « Certains intellectuels avancent que les terribles effets du capitalisme sauvage sont déjà bien connus, qu’ils ne sert à rien de sortir de nouveau tout le laïus », observe t-il, mais pour renvoyer la balle plus loin : Ce capitalisme-là ne prépare t-il pas quelque chose de pire ?« Il y a une foule de corps anonymes, cachés derrière l’écran, soumis à la surveillance au travail, à une escroquerie de masse, au vol sur les salaires et aux logiciels propriétaires » décrit justement notre Zola des algorithmes.
À cette description, le chercheur oppose et théorise le « coopérativisme de plateforme ».

Faire cracker le système déficient, créer un écosystème coopératif

Reconnaissant les puissantes capacités de flux, design, marketing et séduction du capitalisme numérique, Trebor Scholz recommande vivement aux coopérativistes (individus, mais aussi syndicats et villes) de s’emparer de bon coeur de ces outils d’interface addictifs, mais pour mieux les adapter aux valeurs de l’économie du partage. « Nous devons diffuser une idéologie de mutualisme, des idéaux communautaires et une coopération qui rende tout cela possible » martèle t-il en conclusion d’une énumération de points décisifs à travailler pour obtenir une vraie protection sociale et des valeurs démocratiques au défi de l’ubérisation de l’économie.

Dans cet opuscule, rien n’est abouti, rien n’est cristallisé, la réflexion tangue sur les planches encore mal assujetties d’un monde qui se transforme en s’esquissant à de multiples reprises. Mais, pédagogique et stimulant, Trebor Schulz, cybermutualiste convaincu, ne rate pas son objectif de départ : « Il manque au débat sur l’avenir du travail une approche qui offre aux gens quelque chose dont ils puissent pleinement s’emparer  ». Le coopérativisme intellectuel et politique de plateforme n’attend que nous, lui aussi.




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