Chinese anatomy (1/3)

Vont-ils rafler les médailles du pouvoir intellectuel ?

Le 8 mai 2009, par Laurent Firdion

Vue de l’Europe, la Chine n’a qu’un seul visage. On oublie une vie intellectuelle foisonnante qui rêve de « conquérir » les esprits occidentaux.

L’Annuel des idées-Février 2008

La pensée chinoise est une philosophie du mouvement, du changement. Il n’y a pas de dieu personnel, pas de théologie. Elle souligne l’union entre l’homme et la Nature. C’est une philosophie d’éthique. Elle place la morale avant la métaphysique et avant la politique. Cette pensée est divisée en trois différents courants parfaitement compatibles les uns avec les autres. Les Chinois ne connaissent pas les antagonismes – contrairement aux occidentaux qui opposent tout. Une chose peut être à la fois noire et blanche, bonne et mauvaise, droite et tordue. Un tibétain peut être à la fois moine et « casseur »…

Le confucianisme. Parmi les trois courants de pensée, c’est celui qui a le plus irrigué la Chine. Le confucianisme est la philosophie enseignée par Confucius au ve siècle avant notre ère. L’éthique confucéenne est centrée sur « l’honnête homme », exigeant envers lui-même, respectueux d’autrui. Il valorise la famille, le respect de la hiérarchie, le goût du travail acharné. Le confucianisme a régné sur la Chine de 221 à… 1912 [1] ! Une philosophie pleine de contradictions entre maximes morales vantant la probité et l’humilité et système impérial prônant une structure hiérarchique et le triomphe du plus fort. Pas étonnant que ce soit ce courant qui connaisse un renouveau – le néoconfucianisme – sous la bienveillance du gouvernement chinois !

Le taoïsme. C’est la philosophie du « laisser-faire ». Le taoïsme est l’ennemi de tous les artifices de la civilisation et contempteur du progrès. Le sage doit se faire « semblable à la Nature ». Il est sans désir, sans volonté de régir, d’ordonner. Les principaux théoriciens sont : Laozi, Liezi, Zhuangzi qui seraient contemporains de Confucius. Les principes du taoïsme sont le Dao – dont le symbole est l’eau, mobile et souple. Il représente l’impouvoir, pouvoir suprême pour les taoïstes. Accompagné des célèbres yin et yang. Cette philosophie qui rejette la plupart des aspects de la modernité est jugée trop radicale aux yeux de nombreux Chinois. Elle est en perte de vitesse.

Le bouddhisme. Il est né en Inde avant de s’installer en Chine, en Corée, au Japon. Siddharta Gautama, le Bouddha, serait né vers 560 avant J.-C. Persuadé que la vie n’est faite que de souffrance, il prêche l’évasion hors de ce monde par la méditation. L’esprit de la morale bouddhiste consiste d’abord à réduire le désir. Il prône le détachement des richesses matérielles, la frugalité. C’est bien sûr également une religion qui croit en la réincarnation multiple. Cette philosophie a pu s’implanter en Chine aux premiers siècles de notre ère à la faveur de grands désarrois dans le pays : division du Nord et du Sud, échec de la féodalité, contestation de la hiérarchie. La doctrine du salut du bouddhisme a donc trouvé terrain fertile. Il y a aujourd’hui en Chine un renouveau religieux. Christianisme et bouddhisme ont le vent en poupe, apportant une réponse au désir de spiritualité des Chinois.

Le néoconfucianisme. Le courant néoconfucéen est venu de l’extérieur de la Chine, de Taïwan ou de Hong Kong. Il a été diffusé par des intellectuels qui ont fui le régime maoïste. Le point de départ a été la publication en 1958, dans la Tribune démocratique de Hong Kong, d’un manifeste appelant à un confucianisme moderne. Il a été signé par des intellectuels comme Zhang Junmai, défenseur acharné de la démocratie et des droits de l’homme, Mou Zongsan et Tang Junyi. Au bout d’une vingtaine d’années, l’étau s’étant désserré à la mort de Mao, ce texte a été popularisé puis enseigné. En Amérique, il y a un certain nombre d’individus qui enseignent le confucianisme. Certains en font une idéologie avec des adeptes et disciples. C’est le cas de Du Weiming qui pense même que le confucianisme va envahir le monde entier. Le néoconfucianisme contemporain reprend les philosophies confucéenne et taoïste. Critique du progrès matériel, référence à la famille. Son succès vient des réponses qu’il donne aux problèmes de la modernisation en Chine. « Pour les néoconfucéens, il faut rétablir les vieilles valeurs, fonder une religion d’état pour redonner un sens d’ensemble à la société. Cela marche car tout le monde est à la recherche de valeur. La morale communiste est morte, par quoi va-t-on la remplacer ? » décrypte Jean-Philippe Béja, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la Chine. Le néoconfucianisme redéfinit les rapports entre l’homme et la nature que l’industrialisation a fait perdre de vue. Il place les valeurs morales face à la désintégration de la famille et la montée de l’individualisme. Il ajoute une posture nationaliste qui flatte les Chinois. Ainsi, la Chine serait à même d’apporter une solution à la crise de la civilisation matérielle et technique de l’Occident par les valeurs du néoconfucianisme.

Selon Jean-Philippe Béja, le nationalisme soutenu par ce courant de pensée s’est construit autour du concept « la Chine peut dire non » apparue en 1996. « “Maintenant que nous, Chinois, sommes forts, pourquoi devrions-nous nous coucher devant les Occidentaux ? Nous bénéficions d’une croissance à deux chiffres depuis 30 ans, nous sommes une grande puissance, nous avons quelque chose à apporter à l’humanité !” voilà ce que se disent les Chinois » déclare le chercheur au CNRS.



[1Régine Piétra, La Chine et le confucianisme aujourd’hui, 2008, Le Félin, 183p, 10,90€



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