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Les crimes et les châtiments dans le sang de Fernand Meyssonnier

mercredi 7 mars 2012

La collection de 350 objets professionnels de l’un des derniers bourreaux français proposée aux enchères

Tags : Fernand Meyssonnier, bourreau, Cornette de Saint-Cyr

Depuis 1981, année de l’abolition de la peine de mort en France, le métier de bourreau est devenu objet d’étude et de culture. Guillotine, entraves, cordes d’exécution, écrase-mains, baignoire pour réceptionner les têtes, malle pouvant contenir jusqu’à quatre corps décapités, corde de pendaison "dédicacée" par l’exécuteur britannique Syd Dernley, et même la porte de la cellule 21 de l’ancienne prison Mazas à Paris où a été enfermé durant la Commune, Monseigneur Darbois, archevêque de Paris condamné à être fusillé... Fernand Meyssonnier, "exécuteur en chef des arrêts criminels" au chômage définitif depuis 30 ans, et disparu en 2008, avait constitué sa collection personnelle, riche de 350 objets de supplices et de tuerie légaux.

Le bourreau et l’anthropologue

On l’appelait « le bourreau d’Alger ». Quelques 200 décapitations sans ciller. Fils lui-même d’un bourreau de la République établi en Algérie, Fernand Meyssonnier qui n’aura pas chômé durant cette guerre quitte Alger à l’issue de son indépendance en 1962 pour s’établir à Tahiti. Il y multiplie de nombreux jobs, s’enrichit et revient des années plus tard en métropole où il court les salles de vente à la recherche d’objets professionnels de bourreau depuis le moyen âge. Il crée même un musée de la Justice et du Châtiment, sis à Fontaine-de-Vaucluse, qui ferme ses portes rapidement en 1998 faute de chaland. C’est que ce bourreau cherche à théoriser son métier et à justifier son utilité sociale, au point d’accorder un livre d’entretiens à l’anthropologue Jean-Michel Bessette, propos qu’il contestera par la suite, notamment sur le fait d’être hostile à la peine de mort en toute circonstance.

De sa morbide collection passionnément constituée, il expliquait au Figaro en 2002 : « Je voulais démontrer que, paradoxalement, la guillotine a été inventée dans un souci d’humanité et d’égalité. Sous l’Ancien Régime, le raffinement et la diversité des tortures infligées (la ’’question’’) étaient incroyables ! Atroce. En outre, il y avait inégalité devant la mort : la décapitation était réservée aux aristocrates. Les roturiers étaient pendus, brûlés ou roués. La Révolution a voulu mettre tout le monde au même niveau devant la mort. »

Fernand Meyssonnier tué par un cancer en 2008, sa collection d’une valeur estimée à 200 000 euros sera dispersée lors d’une vente aux enchères intitulée « Crimes et châtiments » à Paris, le 3 avril 2012, par la maison Cornette de Saint Cyr. L’hôtel Salomon de Rothschild sera le petit théâtre chic et macabre de cette mise aux enchères.

  • Lire : Paroles de bourreau : Témoignage unique d’un exécuteur des arrêts criminels,, de Jean-Michel Bessette, Paris, éditions Imago, 319 pages. Sortie : 2002.