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C’est de la brutalisation !

samedi 11 mai 2019, par Emmanuel Lemieux

Peut-on utiliser comme le font des sociologues, un concept propre à la Grande guerre pour évoquer la situation sociétale et politique de la France de 2019 ?

Vie des idées. Pour signifier l’intensité des violences actuelles dans la société française, deux essais (très intéressants) emploient le terme de « brutalisation ». Le sociologue des médias, Romain Badouard, l’utilise dans Le désenchantement de l’Internet (Fyp) pour illustrer les relations cash, l’esprit de vandalisation, la fureur des réseaux sociaux. Denis Maillard dans Une colère française (L’Observatoire) structure son analyse du mouvement des Gilets autour de ce concept.
D’où vient ce mot ? Des historiens spécialistes de 14-18. La « brutalisation » a un sens précis. Selon George L. Mosse, historien américano-allemand qui a forgé a définition en 1990, il s’agit de l’état d’esprit très particulier issu de la Grande guerre et qui aurait entraîné la montée des violences et de l’agressivité des démocraties libérales en temps de paix. La brutalisation infusant les années 1920-30 aurait fait émerger le fascisme et le nazisme. Stéphane Audouin-Rouzeau et Annette Becker dans leur travaux, expliquent comment la diffusion à haute dose de cette culture de guerre (victoire rapide, ennemi diabolisé ou animalisé, sur-héroïsme des combattants) ont conforté les sociétés civiles toutes entières malgré l’armistice, dans un certain esprit guerrier.

Le concept a été forgé par l’historien George L. Mosse

Le mot est séduisant et d’une puissante évocation, mais peut-on vraiment parler de « brutalisation » lorsqu’il s’agit de la Ligue du LOL, ou d’un rond-point même remuant de Gilets jaunes ? Qualifie t-il vraiment les violences françaises du 21e siècle ? « En effet, des collègues historiens m’ont fait remarquer que l’emploi de ce concept était peut être un peu forcé  », nous dit Romain Badouard. D’ailleurs, ils le lui ont gentiment reproché. Par mail. Et en toute courtoisie.