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Ne soyez pas un abstentionniste européen du dimanche, votez !

vendredi 24 mai 2019, par Philippe Liger-Belair

Oui, lundi matin, vous serez déçus, vous serez en colère mais votez quand même dimanche !

J’entends un grand nombre de mes amis, membres de ma famille, etc. qui me disent qu’ils n’iront pas voter dimanche pour les Européennes. « Inutile », « Ça ne sert à rien », « Je n’y crois plus ». Pourquoi moi, j’irai voter dimanche ? Et non, vous ne saurez pas pour qui... ce n’est pas le sujet.
D’un point de vue strictement comptable, d’abord, je ne peux que donner raison à tous mes amis. Votre voix ne comptera que marginalement, autant dire presque rien. Si vous n’allez pas voter, l’histoire immédiate ne s’en trouvera pas bouleversée parce que votre vote ou votre abstention seront noyées dans la masse des autres électeurs. Autrement dit, c’est bien connu, l’électeur rationnel ne devrait pas aller voter et il devrait privilégier son petit confort matériel en faisant autre chose qui lui plaira dimanche en fonction du temps, de ses loisirs ou de ses croyances par exemple. Un point pour vous, qui n’irez pas voter.

D’un point de vue passionnel, les femmes et les hommes politiques qui se succèdent, une élection après l’autre, sont tellement décevants. Ils promettent et une fois au pouvoir, c’est au choix, piocher dans la bibliothèque des désillusions. Au choix : Le désert des Tartares, Bouvard et Pécuchet, Madame Bovary ou La Peste. Autrement dit, l’immobilisme avant la déchéance, l’ignorance expérimentale, la déception amoureuse ou le cancer pour la cité. Alors pourquoi, encore une fois, jouer Sganarelle ou le Cocu magnifique ? Vous préférez l’abstinence par l’abstention. Je vous comprends.
Un second point pour vous, qui n’irez pas voter.

Même irrationnel, même inutile, le fait de voter nous oblige à prendre parti, à réfléchir et à choisir

Mais chacun connaît cette citation de Churchill : « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » Elle est décevante, elle est frustrante. On voudrait la transformer, la purifier. Mais rien n’y fait, nous semblons être dans l’impasse. Une chose toutefois différenciera l’électeur de l’abstentionniste dimanche : le premier aura fait un choix ! Malgré l’imperfection de tous les programmes et de tous leurs représentants, malgré les déceptions, pour glisser un bulletin dans l’urne avec un peu de conscience politique et plus d’intelligence que le simple vote sanction, encore faudra-t-il avoir lu les programmes, s’être intéressé aux discours. Pour choisir le bulletin dans l’isoloir, les futurs électeurs commencent ces jours-ci et jusqu’à dimanche à tergiverser, à hésiter, à peser les propositions et à interroger leurs propres valeurs et convictions. N’est-ce pas là un signe d’espoir ? En tant que parents ou grands-parents, ne doit-on pas passer par ces hésitations ? Quand nos enfants, contemplant dans vingt-cinq ans un ciel gris de pollution et une nature appauvrie, nous demanderont quels choix nous avons fait face à l’urgence climatique, répondrons-nous : « J’ai préféré aller me promener, ils me dégoutaient tous » ?

Le vote, aussi irrationnel soit-il, aussi humiliant soit-il face à une classe politique qui, trop souvent, nous cocufie, a cette force : il nous oblige à prendre parti. Il nous oblige à choisir. Il nous oblige à réfléchir.

C’est la raison pour laquelle j’irai voter dimanche.