Vous êtes dans Les influences > Commentaire


Envoyer un commentaire


votre commentaire
    texte
vous



Le Coronavirus impose le confinement total à l’Inde

mardi 24 mars 2020, par Bernard Turle

L’idée : le premier ministre Narendra Modi veut faire rentrer à la maison durant 3 semaines, 1,3 milliard d’Indiens.

« Je ne sais que dire, je ne peux que m’en remettre à Dieu. »
Divya

PANDÉMIE En République indienne comme aux États-Unis, les urgences sanitaires sont le fait des différents États qui la constituent. Synthétiser la réplique de l’ « Inde » au Covid-19 est donc ardu, même si les mesures reprennent en gros les lignes adoptées ailleurs dans le monde, suivant un clivage politique net : les États d’extrême droite s’inquiètent davantage de l’économie, les États humanistes du sort des citoyens. Les conséquences financières sont les mêmes : en quelques jours se sont volatilisés, dit-on, tous les gains amassés depuis l’arrivée de Modi au pouvoir.

Modi décrète la mesure dans le deuxième pays le plus peuplé du monde.

Certains spécialistes prévoient que la moitié de la population sera infectée en juillet

Ce 24 mars 2020 juste avant de décréter un confinement total de trois semaines , on peut tout de même insister sur une contradiction flagrante : d’une part, un nombre infiniment bas de cas officiels, d’autre part, l’application de mesures de stade 3 sans passer par les stades 1 et 2. Aujourd’hui, quatre cent cas (sur une population de plus d’un milliard trois cent mille), des projections qui vont de soixante mille à neuf cents mille en mai. La sous-évaluation des chiffres étant systématique en Inde et le recours aux tests infinitésimal, on peut aisément ne pas s’y fier, sans compter que la diffusion du Covid-19 connaît en Inde une trajectoire supérieure à celles de l’immense majorité des autres pays, équivalente aux trajectoires européennes et américaines. Certains spécialistes prévoient que la moitié de la population sera infectée en juillet. L’évaluation des mesures prises est plus délicate, d’autant qu’elles évoluent aussi très vite et qu’elles peuvent varier, donc, d’un État à l’autre, bien que certaines décisions soient prises au niveau national. Les solutions, qui paraissent drastiques dans les pays dits développés, risquent de paraître illusoires en Inde. La détection (les tests) et la mise en quarantaine y sont-elles matériellement envisageables ?

Pour limiter de graves conséquences sociales, les débits d’alcool sont considérés comme des commerces essentiels

L’état d’urgence sanitaire et le confinement touchent tous les États indiens. La circulation automobile (triporteurs inclus) est très limitée, les circulations ferroviaire et aérienne sont suspendues. La situation est dramatique pour les innombrables travailleurs immigrés inter-États immobilisés à mi-parcours lors d’une migration de masse d’une ampleur inédite, suite aux mesures adoptées soudainement. Couvre-feu au Pendjab, dans le Maharashtra (7h/21h), où l’approvisionnement est difficile, sorties autorisées seulement pour la nourriture, l’essence ou les médicaments. Par chance, le pays possède un stock de céréales d’un an mais la distribution par porteurs d’achats effectués sur Internet est cauchemardesque, les policiers zélés les empêchant souvent de circuler. Signalons que le ministre en chef du Kerala, Pinarayi Vijayan (PC), emboîtant le pas à son homologue du Pendjab, Amarinder Singh (Congress), a inclus les débits d’alcool dans la liste des services essentiels, arguant que leur fermeture aurait de graves conséquences sociales. Ce qui n’est pas faux, compte tenu que la boisson est le seul recours d’un important pourcentage d’hommes face à la dureté de l’existence. Une autre partie de la population s’en remet à Dieu. De sorte que l’aspect psychologique de la résolution du problème en Inde semble être, en ce moment comme, d’ailleurs, en temps « normal », un facteur crucial. Le taux d’analphabétisme dans le sous-prolétariat, son manque d’outils intellectuels et culturels pour évaluer raisonnablement la situation, son maintien dans une ignorance et une bigoterie utiles aux castes et aux classes privilégiées auront un fort impact dans un contexte où les soins demeurent inaccessibles à une vaste majorité des pauvres, qui, en effet, n’auront d’autre recours que l’alcool ou la prière. Les démunis sont tétanisés. La panique et la paranoïa qui ont accompagné les rites funéraires d’un patient de Kolkata a donné un cours encore plus dramatique à son décès. L’affolement est accentué par des histoires comme celles d’un Philippin de 68 ans et d’un touriste italien au Rajasthan, tous deux contaminés par le Covid-19, tous deux soignés, guéris – et tous deux pourtant décédés par la suite.
On a vu plus haut l’impact de la pollution dans la Nouvelle Inde. L’un des points positifs de la pandémie, peut-être le seul, est qu’elle permet une expérience, inédite aussi, dans le domaine de la lutte contre la pollution, dont on estime qu’à Mumbai, entre autres, elle est réduite quasiment de moitié.

Bernard Turle tient à remercier Revati M. (Tamil Nadu), Manu J. (Gurgaon/Delhi), Rohinton C. (Mumbai) et Divya C. (Andhra Pradesh) pour les informations qu’ils et elles ont bien voulu lui transmettre par écrans interposés, quant à la situation dans différentes parties du pays.