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La politique et les hommes de l’ombre

mercredi 25 mars 2020, par Sylvain Boulouque

L’idée : Explorer la vie clandestine des révolutionnaires.

POLITIQUE. Né de trois journées d’études et colloques universitaires, le présent volume propose d’analyser le thème de la clandestinité dans la lutte politique : les formes qu’elle prend, les individus et leurs réseaux, la perception de la clandestinité comme vision complotiste et enfin la réponse de l’État et la sortie de la clandestinité. Le sujet est passionnant, mais comme toujours le traitement est variable selon les communications. Le découpage pose souvent question, les contributions pourraient souvent figurer dans d’autres parties. Notons aussi les oublis qui sont considérables. Ainsi, en dépit d’une communication sur l’action clandestine en Russie tsariste, il n’y a pas la moindre mention de l’Internationale communiste et de ses pratiques alors qu’elle a théorisé cette pratique comme arme politique et méthode d’organisation.

Nationalistes corses, révolutionnaires turcs, juifs communistes, antifranquistes, sympathisants de Prima Linéa et de la Fraction Armée Rouge

Cependant, l’ouvrage collectif cerne bien les modes opératoires du vivre clandestin et apprécie les réseaux sur lequel il repose. Une focale particulière étudie les comportements des groupes de la gauche radicale dans les années 1960 et 1970, c’est-à-dire au premier rang l’Allemagne et l’Italie. L’analyse des Cellules Révolutionnaires , qui se développent entre 1964 et 1972 en RFA, décrit l’existence de structures tampons entre l’action légale et illégale, marquée par la violence qui ne passe par forcément par la lutte armée. La clandestinité a été pratiquée par une partie importante du mouvement étudiant allemand issue du SDS (l’Union socialistes des étudiants). Avec un léger décalage dans le temps on retrouve le même phénomène en Italie autour de Prima Linéa la logique mouvementiste des premiers facilite ce même phénomène alors qu’au contraire les Brigades rouges optent directement pour l’affrontement uniquement de type militaire. Ces groupes, moins connus que la Fraction Armée Rouge allemande, ont évolué aux marges des Brigades rouges, de la légalité et de la clandestinité.

Plusieurs contributions esquissent les structures clandestines des nationalistes corses, celles des révolutionnaires turcs suite au coup d’État militaire de 1980, des antifranquistes en France et en Espagne mais aussi les sorties de la clandestinité chez les Juifs communistes, et la question des repentis.
La multiplication des approches permet de voir la diversité des situations. Si le livre peut être une éventuelle source d’informations complémentaire, on regrette que la chorale d’articles intéressants et permettant d’affiner les connaissances, ne forme pas un ensemble clair, mué par une idée force. Les chefs d’orchestre du livre n’étaient pas clandestins mais un peu absents.

La part de l’ombre. Histoire de la clandestinité politique au XXe siècle, Virgile Cirefice, Grégoire Le Quang et Charles Riondet, Champ Vallon, 308 p., 27 €.