Vous êtes dans Les influences > Commentaire


Envoyer un commentaire


votre commentaire
    texte
vous



Comment Yves Lagier fait lire les Tarnais confinés

lundi 13 avril 2020, par Emmanuel Lemieux

Le libraire tarnais tient grâce au "drive livres" et à son expérience personnelle de l’épidémie de SRAS en 2003.

LIBRAIRIE. En ce moment, Yves Lagier ne lit pas trop. Il n’a pas vraiment le temps. La veille du confinement en France, il a un peu hésité : devait-il quitter sa délicieuse résidence irlandaise pour rentrer dans le Tarn, là où il gère réparties entre Lavaur, Graulhet, Gaillac et Albi, la destinée de quatre librairies et le sort d’une douzaine de salariés ? Même s’il est un fan d’Internet, il se voyait mal surveiller comme en exil, son petit empire de papier.
Un gabarit de rugbyman mais une santé fragile propice au covid-19, il s’est sagement confiné. « On tient » résume t-il laconique. La plupart de ses libraires se sont mis en congé parental ou au chômage technique. Mais depuis le début, il réalise plus de 35% de son chiffre d’affaires habituel grâce au principe du « drive livres » : le lecteur commande, paie à distance et vient chercher après en avoir convenu, ses commandes sur le seuil de la librairie.
Les premières semaines, deux tabac-presse, un charcutier-boucher et un Carrefour express ont gracieusement servi de points relais au libraire. « C’est le charme des petites villes, tout le monde se connait et s’entraide volontiers, et puis le charcutier est un bon client de ma librairie, comme quoi c’est un commerce qui nourrit son homme et me parait à moi essentiel » s’amuse Yves Lagier.

Le charcutier nous sert de point relais, c’est un bon client de ma librairie

Depuis mars, ils sont un certain nombre de libraires en France à s’être rabattus sur l’outil numérique, et à maintenir un filet d’activité. La botte secrète d’Yves Lagier depuis 2011 est située à Saint-Sulpice-la-pointe, c’est la plate-forme logistique qui alimente ses librairies.
Avisé, cet ancien professionnel de la distribution avait pris soin de créer son propre service de distribution locale. Pas question de se faire bouffer par Amazon. Lui pratique le drive livres depuis près de dix ans.
« Dans nos librairies, nous pratiquons la plus grande diversité possible des éditeurs, explique t-il. Bien sûr on trouve le bestseller mais aussi tout ce que demande notre clientèle, et ce n’est pas toujours facile mais c’est dans cette expertise que nos libraires peuvent faire la différence. » En période de crise, les livres viennent plus lentement, par petits transporteurs, mais ils parviennent à leurs lecteurs. « Nous avons livré plus de 1 000 livres cette dernière semaine, et nous communiquons comme jamais par Internet avec nos clients  », détaille t-il avec un brin de fierté.

Ce mardi 14 avril, 4 libraires vont regagner leurs rayons, à raison de 3 heures par jour, pour préparer les commandes. Cette épidémie, Yves Lagier la redoutait depuis janvier. « Mentalement, on s’était préparé avec des premières mesures de protection : assainissement permanent des locaux, aération, huiles essentielles avec désinfectant. Et puis on a préparé nos stocks, en anticipant pour éviter de fortes secousses. » Dans une autre vie, Yves Lagier a travaillé dans la grande distribution, Carrefour, la Fnac et la direction générale de Surcouf. L’industrie du livre l’a fait voyager pour implanter des Fnac au Portugal, en Belgique et Taïwan (six ouvertures). On est en 2003, et une épidémie de SRAS est en train de s’épancher. « Là bas, je me suis fait ma culture de protection : les Fnac sont restées ouvertes avec des mesures sanitaires draconiennes. Port du masque obligatoire, prise de température des employés et des clients, distance sociale, poignées des portes et rayons régulièrement nettoyés... . » Les libraires ne seront jamais plus de deux dans le magasin et observeront les mêmes procédures. C’est à ce prix que le charcutier de Lavaur pourra un jour remettre les pieds à la librairie Attitude.