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Le grand art de l’incompétence, selon David Snug

lundi 18 mai 2020, par Sylvain Boulouque

Dépôt de bilan de compétences , David Snug, éditions Nada, 96 p., 15 €.

TRAVAIL. Petite étoile des éditions alternatives et anars, David Snug est l’auteur d’une douzaine d’albums déjà et publie régulièrement sur son blog. Ses bandes dessinées présentent une critique radicale du travail et de la société de consommation. Des planches simples avec un dessin clair, faussement naïf alternent les discussions philosophiques et les croquis de vie, dans un ensemble agréable en noir, blanc et gris.

La critique du monde industriel par David Snug est graphiquement remarquable, de l’absurdité des conditions de travail à sa bêtise hiérarchique.

Un brin autobiographique, l’album Dépôt de bilan de compétences expose la rencontre de l’auteur avec le monde du travail. On y voit un fils d’ouvrier breton, qui s’est profondément ennuyé à l’école et se moquait avec une ironie mordante du monde enseignant. Il finit par obtenir son bac : 17 en arts appliqués coeff 16…. Direction la fac de Rennes deux ans et la vie étudiante dans une chambre de 9 mètres carré. Mais l’ennui y règne en maître. Après le DEUG, direction Pôle emploi. Que faire avec un bac +2 ? Rien dans son domaine, si ce n’est le travail à la chaîne dans des entreprises locales via la boîte d’intérim. La critique du monde industriel est graphiquement remarquable. De l’absurdité des conditions de travail à sa bêtise hiérarchique, il décortique tout. Trois minutes de retard sont égales à une heure de salaire perdue ? Eh bien, le héros n’en perd pas ses moyens : pas grave il revient à la fin de l’heure.
David Snug travaille dans la machine à moulage… où il ne connaît rien, pas plus qu’il n’est qualifié pour s’intéresser à l’emballage. Les contremaîtres sont bêtes comme leurs pieds. À la hiérarchie se superpose l’absurdité bureaucratique de Pôle emploi même si un peu de finesse permet de s’en arranger. De CDD dans des boîtes de formation en CDD en animation, l’auteur finit par prendre une résolution, ne faire que ce qu’il aime en contournant les logiques du système. Ses anges tutélaires s’appellent Gébé (L’An 01) et Paul Lafarge (Le droit à la paresse).

L’auteur a choisi les Bérurier Noir comme bande son de ce présent album, le nombre de clins d’yeux à leurs chansons est en effet important (La jeunesse emmerde l’éducation nationale ; Commando Pernod,…). Il aurait pu aussi proposer La vie s’écoule la vie s’enfuit écrite par Raoul Vaneigem himself dans l’album Pour en finir avec le travail. David Snug a du talent à revendre. Son point de vue se conclut par une philosophie résolue : « Ne plus jamais travailler ».