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Une revue gauche de gauche

lundi 30 août 2010, par Emmanuel Lemieux

La nouvelle revue Les Temps Nouveaux signifie t-elle une néo-pensée d’extrême gauche ? Rien n’est moins sur.

En 1980, sortait des soutes de Gallimard, la revue Le Débat créée par Pierre Nora et Marcel Gauchet. Dans un contexte de gauchisme subclaquant, de marxisme élimé et de gaullisme exténué, ses fondateurs envisageaient de faire la promotion d’une "nouvelle génération d’intellectuels".
En 1982, Pierre Nora cofondait également avec les historiens François Furet et Pierre Rosanvallon, la Fondation Saint-Simon. Club très fermé rassemblant universitaires, chefs d’entreprises et hauts fonctionnaires, il entendait sensibiliser les socialistes au pouvoir à une pensée démocratique et à son auxiliaire indispensable, l’économie de marché. Auto-dissoute en 1999, la Fondation a t-elle gagné la bataille culturelle ? L’un de ses meilleurs activistes, Alain Minc, en est certain.

Trente ans plus tard, Le Débat est toujours là, avec les mêmes pères fondateurs et a constitué sa pelote d’influence dans le microcosme des revues. Caricaturé expéditivement comme un cercle d’influence néo-libérale, Le Débat voulait défricher de nouveau des terrains que l’on croyait balisés comme la question du sujet, l’individualisme, le retour du politique et du religieux, et avec talent et polémiques, s’est construit sur la critique systémique de "la pensée 68".

Trente ans plus tard, les temps changent selon les initiateurs d’ une nouvelle revue trimestrielle, intitulée Les Temps Nouveaux, sortie dans la torpeur aoûtienne, et qui envisage "de contribuer, par nos expériences et nos réflexions au renouveau de la pensée critique du capitalisme, à la reconstruction de perspectives d’espoir, à la fondation d’une politique de transformation." Un programme qui met l’eau à la bouche.

La crise n’est pas finie

Dans cette première livraison d’une centaine de pages, découpée en 5 parties (Mouvements ; Dossier ; Emancipation ; Confrontation ; Entretien), on peut s’intéresser particulièrement au dossier de référence : "La crise n’est pas finie", concoctée par des économistes et des conseillers scientifiques d’ATTAC tels que Dominique Plihon, Pierre Khalfa, ou Jean-Marie Harribey. Petit papier saillant, signé Christophe Aguitton et Maxime Combes : l’émergence constatée depuis le sommet mitigé de Copenhague d’un "mouvement pour la justice climatique".
Mais globalement, le contenu de ce premier numéro reste un peu de la sauce figée vite réchauffée, où le commentaire d’une grande paresse pavlovienne côtoie le gauchisme compassionnel et le reniflement doloriste.

Une nouvelle revue signifie t-elle une néo-pensée de gauche anticapitaliste ? Rien n’est moins sûr.
Sous la houlette de Claude Debons, le casting certes imposant des intervenants des Temps Nouveaux, proches de la Fondation Copernic, CGT, Solidaires, le NPA, PCF, Front de gauche ou encore ATTAC, ne réoxygène pas vraiment le microcosme de l’extrême gauche plurielle qui encombre la scène depuis trente ans lui aussi. Insidieusement, l’économie interne de cette publication renvoie aussi à la crise du militantisme, et à celle des idées fragmentées ou fragmentaires qui ne parviennent toujours pas à cristalliser. La multi-crise continue, mais Les Temps Nouveaux peuvent s’améliorer durant un automne social promis comme chaud.

www.lestempsnouveaux.fr

En librairie : la revue Les Temps nouveaux n°1, 14 euros.
Contact : www.editionsbdl.com