Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

« Avance, mon cheval, et chie »

mercredi 13 octobre 2010, par Jean-Louis Marcos

Si l’on a été choqué par la politique du gouvernement français vis-à-vis des Roms et si l’on ne connaît rien d’eux, autre que les clichés habituels, c’est-à-dire si l’on fait partie de l’immense majorité des sédentaires, il y a un livre à lire ou relire absolument : Zoli de Colum McCann (Belfond. Paris. 2007, 10/18, 2008 ). C’est tout le contraire d’une encyclopédie consacrée aux Gitans, c’est un roman et quel roman ! Plus de 300 pages d’errances et de voyages incessants, de la Tchécoslovaquie et de l’Angleterre des années 30, à Paris en 2003, en passant par l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et l’Italie. Une histoire d’amour bouleversante et impossible entre Zoli, une poète Tzigane fougueuse et insoumise et un gadzo : Stephen Swann, intellectuel anglais venu aider la révolution communiste à Bratislava, après la guerre.

Sur fond des soubresauts politiques de l’Europe, ce livre est d’abord le portrait d’une femme d’exception, Zoli, et de son peuple, les Tziganes. L’écriture de Colum McCann est sensuelle et exacte, elle porte magnifiquement les visions plurielles et la complexité du monde. C’est un écrivain subtil et un grand conteur, avec une puissance d’évocation pleine d’humanité, qui met à jour les questions, ô combien actuelles, de la diversité culturelle.

En Bohème, en 1930, Zoli est d’abord une petite fille qui, par hasard, échappe avec son grand-père à un massacre : toute sa communauté Tzigane disparaît dans la fonte de la glace d’un lac gelé encerclé par les fascistes. Un grand-père qui tient les rênes de la roulotte et dit toujours : « Avance, mon cheval, et chie. » Un grand-père qui, enfreignant le premier tabou, lui apprend à lire et à écrire et lui dit qu’ils sont faits pour le ciel, pas pour les plafonds. Ensemble ils vagabondent de camps en camps : « On suivait les signes aux carrefours –un os d’oiseau avec un ruban pour tourner à gauche, une branche cassée pour aller de l’autre côté, un chiffon blanc pour indiquer une ferme hospitalière où faire boire Rouge et remplir nos bidons. » Le soir, elle chante des chansons traditionnelles pour les siens. Et, peu à peu, elle improvise et invente ses propres chansons dont elle écrit les textes en cachette. Puis elle rencontre l’amour et la trahison d’un étranger et devient une célèbre poète dont le régime communiste veut faire un modèle. Zoli est alors fêtée et admirée, mais elle a transgressé trop de coutumes Rom, elle est jugée par les siens et bannie à jamais. À 29 ans, elle devient une proscrite parmi les proscrits. Suivent alors de longues années d’errances solitaires et d’exil à travers les hoquets de l’histoire européenne, jusqu’au final éblouissant. Zoli est libre, intraitable et glorieuse même dans sa misère. Ce livre envoutant est une fine approche de la culture Rom et de ses mystères, dont les gadzé sont si ignorants…

Aujourd’hui, en Europe, les Roms sont au cœur de l’actualité. C’est peut-être parce qu’ils sont les fils du vent qu’ils ont des noms aussi nombreux que ceux des zéphyrs : Roms, Gitans, Gypsies, Hongrois, Manouches, Boumians, Egyptiens, Tziganes, Kalderashs, Bohémiens, Romanichels, Sintis...


Repères :

Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.