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Bons baisers de Charly 9

dimanche 1er mai 2011, par Emmanuel Lemieux

Avec sa biographie, Charly 9, l’écrivain Jean Teulé tient dans sa main, la faible lueur vacillante d’un esprit humain. Véritable lapsus de l’histoire de France, le roi Charles IX (1550-1574) a disparu dans les oubliettes de la mémoire collective. Il a été le roi qui a lancé la coutume charmante du brin de muguet, déclaré le 1er janvier comme début de l’année, et suscité la réaction populaire du poisson d’avril à l’ancienne date. Mais surtout, Charles IX est celui qui, manipulé, mis sous pression par son entourage, a donné l’autorisation du massacre de masse de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572.

Entouré par des fanatiques, les de Guise en tête, une régente araignée, Catherine de Médicis, qui lui préfère nettement son frère Henri, le futur Henri III, ce Charles IX est de frèle constitution et de bien piètre visée politique . Pourtant le mariage de sa soeur avec un jeune prince protestant, le roi de Navarre, futur Henri IV, paraissait sceller une réconciliation durable entre les deux communautés religieuses. Mais le 22 août 1572, quelques jours après le mariage, voilà que le chef du parti des huguenots, Gaspard II de Coligny, réchappe in extremis à un attentat. Catherine de Médicis, à l’instigation du projet criminel, persuade Charles IX de faire éliminer tous les chefs protestants invités au mariage, avant qu’ils ne cherchent à se venger. Cette décision débouche sur l’un des plus grands crimes de masse perpétrés à Paris, mais également dans de nombreuses villes du pays sans que le pouvoir ne puisse limiter les massacres.
A l’exception de quelques épargnés tel que Henri de Navarre (futur Henri IV, dont Teulé campe un portrait truculent ) et le prince de Condé, bien peu de survivants. Charles IX a tout de même exigé que son médecin personnel et protestant, Ambroisé Paré, et que sa maîtresse parpaillote, la charmante Marie Touchet (dont les deux filles seront plus tard maîtresses d’Henri IV), ne soient pas trucidés.

Le Charly 9 de Jean Teulé est bien éloigné du portrait éthéré et absent que François Clouet a réalisé à la pierre noire et sanguine de Charles IX en 1551. C’est-à-dire quelques mois avant le massacre, et le grand saut du roi dans la folie.

Les cadavres et la maladie du sang

Alors que les cadavres dérivent le long de la Seine, la santé psychique du roi commence à s’égarer. Charly 9 voit sa raison se corroder, et la raison d’Etat partir elle aussi en morceaux. Il n’hésitera pas à faire battre lui même fausse monnaie. Assailli de toutes parts par ses cauchemars, il hallucine. Il blasphème. Il explose de fureur, d’insultes et de propos scatologiques. Il tue tout petit oiseau, garenne, sanglier, volaille qui croise sa route, et lorsqu’il n’a rien à écorcher sous la main, il le fait venir à demeure, au Louvre : ainsi ces pages grand-guignolesques évoquant la tuerie d’un cerf dans une chasse à courre à l’intérieur même des appartements royaux ! Il se délabre et décharne avec méthode. Charly 9 meurt deux ans plus tard après ses oeuvres noires et d’une mort qui tient de la métaphore : sa maladie encore mal diagnostiquée lui fait exsuder du sang par tous les pores.

Fidèle à sa griffe depuis l’époque de ses BD-reportages, Jean Teulé nous offre ici le portrait haletant et documenté d’un homme de pouvoir à qui tout échappe, y compris la raison, son âme et au final, sa gloire. Sans tombeau, les restes de Charles IX ont été jetés à la fosse commune en 1793.


Repères :

Charly 9, de Jean Teulé, Julliard, 232 pages, 19 euros.


le 9 mai 2011 : Bons baisers de Charly 9

Mille excuses pour cet espace-temps élastique.
Les influences.fr


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Par Franz le 9 mai 2011 : Bons baisers de Charly 9

Attention aux erreurs de dates !
Charles IX nait en 1550 (et non en 1750 !) et meurt en 1574 !!
Cela rendra votre compte-rendu plus clair....


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