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Céline et Genet aux petits vers de l’antisémitisme

mardi 17 mai 2011, par Emmanuel Lemieux

Le journaliste Antoine Peillon revient sur les commémorations de Céline et dénonce également la célébration républicaine de Jean Genet, deux "antisémites délirants"

Le 29 juin 2001 , dans l’émission Bouillon de Culture, sur France 2, le Nobel de physique et ancien déporté Georges Charpak prenait gentiment à partie Fabrice Luchini, admirateur revendiqué du Voyage au bout de la nuit de Céline. L’extrait de l’émission de Bernard Pivot est resté dans les annales de la Toile, ainsi que la pâleur du comédien interpellé. Certes Bardamu, l’époustouflant grand récit, un style forain comme un feu de Bengale jailli de nulle part mais aussi pour l’ermite de Meudon de l’avant-guerre et de l’Occupation : la mort pour les juifs, à travers trois pamphlets, à savoir Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Bagatelles réclamant le massacre de tous les juifs, est le best-seller de la période, avec 76 024 exemplaires écoulés, selon le relevé de l’éditeur Denoël en 1947, sans oublier un grand succès critique. Pour les admirateurs de l’écrivain au XXIe siècle, le collaborationisme et l’antisémitisme de Céline ne sauraient dissiper son aura littéraire, ni apporter de nuances au génie intact. Un regrettable incident de parcours tout au plus.
Près de vingt ans après cet accrochage télévisé, Antoine Peillon, le rédacteur de la note qui avait éclairé le physicien, fourbit de nouveau son dossier sur le cas Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) et son cercle d’amateurs, de l’avocat François Gibault à Luchini, de Philippe Sollers et Julia Kristeva à Eric Naulleau, en passant par Henri Godard, Frédéric Vitoux ou encore feu Philippe Muray.
Publié par les éditions Le bord de l’eau, Céline, un antisémite exceptionnel -titre tiré d’une phrase de la philosophe Hannah Arendt au sujet de l’écrivain dans ses Origines du totalitarisme -, n’apprend pas grand chose de plus qu’on ne savait déjà -pour peu que l’on veuille bien examiner les pièces de l’accusation, mais il pose en effet la question de la fragilité de la mémoire.

L’intervention de Serge Klarsfeld

Journaliste, Antoine Peillon revisite sa longue note préparée pour l’intervention télévisée de Georges Charpak. Devenue opuscule, l’analyse se lit sous l’éclairage de l’année 2011, cinquantenaire de la mort de l’écrivain, le 1er juillet prochain : Où en est la mémoire Céline ? si le 19 janvier dernier, une intervention de Serge Klarsfeld au nom du FFDJF ( association des fils et filles de déportés juifs de France) a fait capoter le projet de célébrations nationales sous l’égide du ministère de la culture, elle n’a pas pour autant annuler l’intense effervescence autour de l’écrivain. Qu’on en juge : colloque international les 4 et 5 février, semaine spéciale sur France Culture, hors série de Télérama, tables rondes en tous genres, rééditions et relookages... Bref Céline sous toutes les coutures, mais curieusement, rien, ou si peu, sur son antisémitisme carabiné.

Le livret d’Antoine Peillon constitue également un hommage à une mémoire qui s’éteint avec la disparition des derniers témoins de la déportation et de la résistance, tels Georges Charpak. Car depuis dix ans, les connaissances sur le styliste antisémite, elles, n’ont pas augmenté de manière décisive, les arguments sont bien connus et restent figés de part et d’autre d’une ligne de démarcation politico-esthétique. L’esquive cognitive et argumentative des céliniens est toujours aussi patente, un peu comme si le style constituait l’Eglise de tout auteur français pouvant s’y réfugier en toute impunité. Pourquoi s’embêter en effet ? De lettres en édition rare, la côte de Céline n’en finit pas de grimper dans les ventes aux enchères et sur ebay.

Un post-scriptum de Jean Genet

Un antisémite commémoré peut en cacher un autre, pointe Antoine Peillon dans son livret. Si Céline a finalement été éjecté des célébrations officielles, il n’en est pas de même pour l’écrivain Jean Genet (1910-1986), fêté lui par le Ministère de la culture en 2010 : "le "saint Genet" de Sartre fut en réalité aussi un adorateur du nazisme et de la Milice, du "banditisme le plus fou" d’Hitler, mais aussi des bataillons blonds qui nous enculèrent le 14 juin (1940) posément", et qu’il n’hésita pas à se réjouir ouvertement devant "la poésie du massacre d’Oradour-sur-Glane". Nul n’est censé ignorer que Céline, comme Genet, fut l’apôtre de la haine, du néant et de l’extermination totale des juifs", fusille l’auteur.


Repères :

Céline, un antisémite exceptionnel, d’Antoine Peillon, Le Bord de l’eau, 70 p., 6 euros.

Le face à face Luchini-Charpak :

Egalement :
http://blogs.mediapart.fr/blog/antoine-peillon/180511/celinomania-le-grand-business-band

www.archivesdefrance.culture.gouv.fr


Par luc nemethle 18 mai 2011 : le plus simple serait de tout mettre sur la table

En certains cas, comme celui du peu sympathique Frédéric Mitterrand, les complaisances s’expliquent clairement par la culture d’origine, le milieu d’appartenance, etc. -sans oublier la réhabilitation systématique de tout-ce-qui-est-de-droite, bien portée, par les taons qui courent.
Mais en d’autres cas il ne s’agit que d’ignorance, de bonne foi.
Et il est probable que parmi ceux qui font publiquement étalage de célinophilie, persuadés qu’ils sont qu’il n’y a ’rien de bien grave’ dans la partie cachée, hormis quelques excès (?!!!) esthético-littéraires, plus d’un/e serait amené à reconsidérer sa position si les gardiens de la mémoire célinienne ne s’étaient toujours opposés à la réédition des pamphlets...


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