Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Comment bousculer les électeurs indécis et comment Sarkozy gagne avec une seule voix d’avance

dimanche 6 mai 2012

De l’art de séduire l’électeur indécis par Philippe-J. Salazar, François-Bourin Editeur ; Comment Attila Vavavoom remporta la présidentielle avec une seule voix d’avance, par Jacques Lederer, Points : Deux lectures pour gagner des élections.

Dans son édition du dimanche 6 mai 2012, paraissant la veille, Le Monde titre : "Le fol espoir du président-candidat". Après tout pourquoi pas. Le candidat de l’UMP a peut être lu, ou l’un de ses derniers conseillers à l’espoir électoral, le petit livre de l’écrivain Jacques Lederer, proche de Georges Perec et de l’Oulipo : Comment Attila Vavavoom remporta la présidentielle avec une seule voix d’avance. Jubilatoire et saisissant à lire à quelques heures du dénouement d’un second tour, il raconte l’attente dominicale du président sortant, le très impopulaire Atilla Vavavoom -dans lequel on reconnaîtra facilement quelques traits de caractère- affrontant sa challenger, Céleste Chakanaka, femme black et championne de lancer de marteau. Les sondages sont affirmatifs, l’opinion le désire massivement : Vavavoom ne sera pas réélu. Mais voilà qu’un électeur, Parole, renonce à voter, préférant se concentrer sur sa partie de poker, et c’est tout le château de cartes de la prévision électorale qui s’écroule.

"Mais on aurait pas pu m’avoir un petit suffrage de plus, un tout petit de rien du tout ? Pour le pied de nez ?"

Verdict du président du Conseil Constitutionnel : 21 551 323 voix pour Atilla Vavavoom contre 21 551 322 pour Céleste Chakanaka. Une voix est une voix. Comment ce politique si détesté à t-il pu gagner à l’arrache ? "Main invisible de la démocratie" suggère un conseiller du président réélu. Statisticiens, sondeurs, oracles s’arrachent leurs derniers cheveux. "Mais on aurait pas pu m’avoir un petit suffrage de plus, un tout petit de rien du tout ? Pour le pied de nez ?" s’exaspère Vavavoom jamais content, toujours clivant. Debriefing du conseiller : " C’est l’immuabilité du résultat qui fait sa force. (...) Tu comprends, mon vieux, il fallait que tu sois élu et pour cela que l’opposition soit maximale ; or, peut-on rêver d’une opposition plus introuvable que celle qui échoue à une voix près ?"

"Une idée politique n’est pas une idée "

Gagner avec les voix des électeurs flottants. Dans cette même édition du Monde, le politologue Pascal Perrineau estime que les indécis censés faire la différence ne devraient pas peser sur cette élection qui lui rappelle celle de 1988 (réelection de François Mitterrand) ou de 2007 (Sarkozy Vs Royal). Reste que " si le taux de renouvellement des électeurs est de 5% entre les deux tours, cela fait quand même 1,5 million de personnes. Ce ne sont pas des mouvements statistiquement marginaux" observe le directeur du Cevipof. Les indécis se comptaient 10% en 1988, et 22% en 2007.
De l’art de séduire l’électeur indécis est un recueil plaisant de dix leçons de rhétorique politique à l’usage des candidats à une élection, mais également de leurs proies, ces chairs fraîches à voter, qui pourront mieux déchiffrer les ruses et les roueries du Verbe. Le rhétoricien et blogueur des Influences.fr, Philippe-J. Salazar décline ainsi les techniques de la performance oratoire, du montage politique des idées, des fonctions émotionnelles et cognitives d’un discours, de la "maxiloquence"(maximisation d’un investissement éloquent du candidat), ou encore de la "subrogation" (pouvoir du candidat d’être représenté par des avatars efficaces).

Idée force du livre : "une idée politique n’est pas une idée" rappelle l’auteur. "Une idée politique est un montage circonstanciel qui veut passer pour universellement valide. C’est ainsi que les candidats à une élection trouvent beaucoup de vertu à une grande braderie aux idées, même celles des stands concurrents en période pré-électorale. Dit autrement, une idée vraie vise à l’absolu, tandis que l’idée politique ne peut qu’être efficace dans le relatif." Conclusion en forme de pari de ce professeur de rhétorique à l’université du Cap : " Voilà pourquoi un candidat peut adhérer à l’idée politique et circonstancielle du vote local des immigrés, de la taxe Tobin ou de la république irréprochable, mais l’oublier aussitôt élu ."

La présidentielle s’achève ce dimanche 6 mai, mais dans leur kit de campagne, les prétendants aux élections législatives de juin peuvent également y glisser ces deux ouvrages machiavéliens pour temps nouveaux.


Repères :

le 13 mai 2012 : Comment bousculer les électeurs indécis et comment Sarkozy gagne avec une seule voix d’avance

La différence et l’écart.
J’ai étonné des amis anglais en leur disant que FH n’a pas été élu avec une différence de 1,1M de voix mais avec un écart de 565.084. Je reprenais Gramsci (Cahiers, 3) relu par Luciano Canfora (L’Imposture démocratique, 2002), livre de Salut public que je recommande à tous, et à toutes. Car, pour citer maintenant la Pravda : "La majorité n’est pas un concept arithmétique mais politique". Donc, autant rappeler constamment qu’il y a la différence, et qu’il y a l’écart. Vava et vooom.

Ph-J Salazar


Répondre a ce message
Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.