Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Comment les intellos s’informent

vendredi 26 novembre 2010

Dis-moi comment tu t’informes, je te dirai comment tu penses.

JPEG - 27.5 ko
Régis Debray est abonné à La Croix et écoute France Inter.

Les intellectuels sont des patates de canapé comme les autres. Ils froissent le même papier journal et fréquentent le même bistrot du commerce. Et pourtant, dans un petit duo de livres séduisants, Des intellectuels jugent les médias (Editions Mordicus), onze membres du pouvoir d’influence racontent, éclairent ou s’agacent des impacts de l’industrie médiatique sur la société et les modes de penser.

"Le seul journal auquel je suis abonné est La Croix", indique Régis Debray qui écoute les infos de France Inter tous les matins et, lit Le Monde Diplomatique "parce que c’est ma famille et mon histoire". Yves Michaud est gros consommateur d’Internet, avec tous les matins, la revue en ligne du Figaro, Libération, Le Parisien mais aussi CNN, Yahoo !, les sites de la presse étrangère et notamment ceux des titres espagnols. Le philosophe est par ailleurs abonné au Monde et Herald Tribune,et s’imbibe des infos de RTL, Europe 1 et France Inter. En revanche, il "n’aime pas du tout la télévision".

Même drogue informationnelle pour Pierre Nora. S’il lit la presse quotidienne nationale, et notamment les pages idées, rebonds et tribunes, l’académicien s’abreuve plus que de raison au robinet d’eau tiède de la télévision, "hélas" précise-t-il.
Edgar Morin est pratiquement le seul à s’intéresser aux "petits médias" hors des grandes autoroutes de l’info. Dans des feuilles de chou et des fanzines, des revues spécialisées ou des journaux militants, il fait son miel de curiosité et de complexité grâce à des informations inattendues et des points de vue peu reconnus par les leaders d’opinion.

Dans l’engrenage de l’hyper-soupçon

Et eux, les oracles modernes, comment sont-ils traités par les médias modernes ? Plus que mal, répondent-ils en chœur, peu dupes des lois de la société du spectacle et de la pensée fragmentée par le temps de l’industrie médiatique, auxquels les intellectuels doivent souscrire, plus ou moins contraints, s’ils veulent avoir une chance de faire passer un filet de voix dans la fausse agora télévisée.
Michel Onfray lui, aimerait bien, parfois, casser la gueule à quelques journalistes superficiels, tous englués dans le système libéral de l’industrie médiatique. Philippe Sollers rappelle : "Une manif non diffusée à la télé n’existe pas. Ce qui n’est pas filmable n’existe pas." Alain Comte-Sponville balance entre le caractère irremplaçable et la facture médiocre des médias français. Paul Virilio recommande aux médias de ralentir la cadence pour se décontaminer de "la dictature de l’immédiateté". Marcel Gauchet estime que ni les médias ni la démocratie ne sont dans un état satisfaisant. Fernando Savater fait sienne la formule de l’écrivain Borgès sur la "boulimie du présent" : "Nous voulons savoir tout ce qui se passe et nous avons la possibilité de le faire. C’est une sorte de vertige maladif de la connaissance." Alain Bougnoux, lui, se veut plus charitable : "Je suis toujours émerveillé par un kiosque à journaux ou lorsque je reçois mon journal chaque matin." Il juge également que la presse professionnelle pris dans l’engrenage de "l’hyper-soupçon", est pourtant garante d’une traçabilité de l’information, et reviendra en grâce après décantation et arbitrage du public sur la qualité des infos et des opinions indistinctement déversées sur Internet.


Repères :

A lire :
Des intellectuels jugent les médias, Revue Médias, T.1 et T.2, 106 p. chacun


le 3 décembre 2010 : (suite)

c’est pas pour dire, mais avec l’âge, ce Debray commence vraiment à ressembler au semi-pochetron Jacques Julliard : ça promet, pour l’avenir !


Répondre a ce message
Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.