Comment travailler sur l’absence d’Histoire ?

Le 7 novembre 2012, par Christian Harbulot

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Lorsqu’on travaille sur les questions de guerre économique (du temps de guerre comme temps de paix), on constate une évidence que beaucoup d’universitaires ont du mal à admettre : l’absence de traces écrites. Deux raisons simples expliquent cet état de fait :

  • Les puissances les plus agressives ne revendiquent qu’exceptionnellement leurs démarches de conquête commerciale (période coloniale) ou leur politique d’accroissement de puissance par l’économie.
  • Les entreprises qui attaquent des concurrents de manière déloyale ne revendiquent jamais leur actions et ne laissent pas de traces écrites (contrats de conseil) ou comptables de ce type d’opérations externalisées.

Il existe donc un problème majeur de mise en lumière des faits qui ne sont pas recensés et donc non mémorisés et encore moins intégrés à un raisonnement sur l’analyse d’un rapport de force économique.

L’impossibilité d’accès aux sources pénalise très fortement la recherche universitaire qui est prisonnière de règles méthodologiques reposant essentiellement sur les archives et les témoignages recueillis par les doctorants et les chercheurs.
Les premiers auteurs à avoir tenté de dépasser cette contradiction sont apparus dans la première moitié du XXè siècle mais n’avaient pas le titre d’universitaires. Citons pour mémoire Anton Zischka, journaliste polyglotte et ancien mineur de nationalité autrichienne qui rédigea au milieu des années 30 des essais polémiques sur la guerre secrète pour le monopole du coton, la guerre secrète pour celui du pétrole, l’expansion nippone entre 1854 et 1934. Ces thèmes accrocheurs et la résonance parfois sulfureuse du personnage ne doivent pas effacer l’intérêt de cette tentative de grille de lecture. C’est ce qui m’a conduit à la fin des années 80 à entreprendre une réflexion qui relève plus de l’archéologie que de l’Histoire proprement dite. Elle m’a amené à reconstituer des processus de guerre économique en cherchant les écarts à l’image du discours du philosophe François Julien sur L’écart et l’entre (éditions Galilée, 2012). Pour trouver les écarts, il faut comparer les systèmes. La reparution de l’étude Techniques offensives et guerre économiques (éditions La Bourdonnaye) est un élément fondateur de la pratique d’analyse comparée qui sera reprise ensuite dans le rapport Martre et renforcé par les premiers apports méthodologues dans le Manuel de l’IE (Puf) qui est sorti en mars dernier.

Le développement des économies de marché génère une multiplication des affrontements concurrentiels. Cette richesse d’évènements souligne le besoin de plus en plus impératif de cerner la nature, le contexte et le jeu des acteurs impliqués dans des situations de guerre économique. Depuis le début des années 90, une démarche d’investigation théorique et pratique est menée dans le sillage de l’Ecole de Guerre Economique. Le contact établi avec un certain nombre de protagonistes impliqués dans des rapports de force économiques a été le point de départ d’une approche originale en termes de recherche appliquée. Elle constitue une première réponse pour combler l’absence d’Histoire.




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