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Corruption des élections marocaines mode d’emploi

mercredi 1er juillet 2009, par Hélène Bravin

Constat des élections communales marocaines qui se sont tenues, le 12 juin : l’achat des voix fait toujours recette au Maroc. Reste que ces élections n’ont pas été entachées de fraudes. Ce qui est un bon point pour Mohamed VI, mais qui reste toutefois insuffisant. Ces élections démontrent, en effet, une nouvelle fois, que le jeune Roi n’a toujours pas réalisé, comme il le souhaitait, le grand rêve de son père : la constitution de grands pôles politiques.

Le Maroc arrivera-t-il un jour à mettre en place des élections sans incidents ni violences ? Cela paraît pour l’instant hors de portée. Les élections communales qui se sont déroulées, le 12 juin dernier, prouvent que le clientélisme et l’achat de voix font encore recette. On ne compte plus l’achat des voix des élus d’arrondissement, qui ont voté pour les maires des villes ou les présidents des communes.

Des voix achetées, des élus disparus !

Le prix d’un vote varie, selon les échelons, entre 50 et 200 dirhams (10 dirhams = 1 euros) ! Pire, certains élus ont même disparu ! Ainsi à Mohammedia, Settat, Khemisset, Taroudant, ou Nador, des candidats ont quasiment fait retirer des groupes d’élus d’arrondissement… avec leur accord. En plus d’un petit pactole, ces élus dévoyés ont bien volontiers accepté d’être relogés dans des fermes tout confort ou des hôtels de luxe au Maroc, voir à Melilia, en territoire espagnol. D’autres encore, ce sont même ont séjourné.au Sénégal ! Pour plus de garanties, comme si cela n’était pas suffisant, ces élus corrompus se sont vu confisquer leur téléphone portable, histoire de les empêcher de téléphoner au candidat adverse pour faire monter les enchères…

Des élus passés à tabac

Les récalcitrants, il y en a eu, ont été kidnappés, passés à tabac et quelquefois rackettés. Ce trafic de voix ou ces violences, qui ne peuvent pas être considérés comme une fraude, mais plutôt un dérapage des élus, fait un peu tâche dans un Maroc de plus en plus démocratique. D’autant plus que, depuis l’avènement de Mohamed VI en 1999, le Maroc mène en toute régularité et transparence ses élections.

Le pouvoir, avant ces élections communales, pour éviter toute fraude, avait pris soin d’ éloigner provisoirement de leurs postes certains agents administratifs, en raison de leur proximité familiale avec des élus. Alors comment expliquer cela ? Doit-on relier ces pratiques à la tradition ? Pour Mohamed Darif, politologue, il s’agit surtout d’un manque de maturité de la part des partis politiques : « ils sont incapables de rassembler des militants, donc ils achètent leurs voix. La société marocaine a encore un déficit sur la notion d’engagement politique, et les voix peuvent s’acheter très facilement ».

Des partis politiques dispersés et sans idéologie

Ce manque de maturité a de toute évidence une influence persistante sur l’organisation de la scène politique. Et ce, au grand dam de Mohamed VI.

En son temps, Hassan II rêvait d’une scène politique triangulaire composé d’un mouvement conservateur réunissant le Parti pour la Jeunesse et le Développement (islamiste modéré, PJD) et l’Istiqlal, d’une gauche moderniste pilotée par l’USFP, et d’un parti du centre arbitré par les mouvements populaires de droite et le Rassemblement national indépendant (RNI).

En 2009, le Maroc dénombre pas moins de 38 partis politiques. L’exemple le plus récent est la constitution du Parti Authenticité et Modernité (PAM). Fondé en 2008 par l’ancien ministre de l’intérieur, et ami d’enfance de Mohamed VI, Fouad Ali El Himma, il agglomère pas moins de 4 formations : soit "le Parti al ahd", "le Parti de l’environnement et du développement", "l’Alliance des libertés" et le "Parti initiative citoyenne pour le développement al moubadara".

Si sa ligne idéologique reste pour le moins floue, en revanche, ce parti politique a une stratégie de recrutement très au point. Il vise les cadres de tous les partis . Il table aussi sur le monde rural, lequel est laissé pour compte par les autres formations politiques, notamment le parti islamiste qui se cantonne aux villes. Et enfin, il se fait faussement prévaloir du Roi, lequel n’a pas cautionné ce nouveau parti malgré l’amitié qui le lie à Fouad Ali Himma. Bref, ce parti constitue, aujourd’hui, un vrai vivier de compétences…sans orientation ni idées précises. Et cela marche !

A ces élections communales, le PAM est arrivé en tête. Il a raflé 21,7% des voix, soit 6015 sièges sur 27795 circonscriptions électorales, devançant ainsi le vieux parti traditionnaliste et nationaliste, le Parti de l’Istiqlal (PI).

Mohammed VI, au tout début de son règne, a voulu reprendre à son compte la théorie de démocratie triangulaire que son père n’a jamais réussi à mener à bien. Or, apparemment le jeune roi n’y parvient pas non plus. Aujourd’hui, la scène politique marocaine est tout, sauf traversée par de grands pôles idéologiques qui pourraient rassembler les Marocains.


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