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Darwin contre Parcoursup

Le 9 avril 2018, par Philippe Liger-Belair

Et dire que certains préfèrent la sélection naturelle…

Un court article intitulé « Dossier de presque » dans Le Canard enchaîné du 4 avril aura eu raison de ma retenue sur ce débat passionné qui donne lieu à tous les excès dans les amphis bloqués de Paris, de Rennes ou de Montpellier. On y présente quelques extraits d’un dossier de presse publié par l’Unef, deuxième organisation syndicale étudiante derrière la FAGE. Et le Canard nous rapporte que ce document – que je n’ai pas directement consulté – est truffé de fautes d’orthographe et de syntaxe.

Petit florilège issue de l’article : la réforme de l’université « vient créer de nouvelle barrière à l’accès des jeunes à la filière de leur choix  » (par bienveillance et conformément aux directives en la matière pour la correction du baccalauréat, on donnera +5 points au rédacteur qui a correctement accordé «  jeunes » avec « des ») ; « Ce sont ainsi près d’une filière sur trois qui dès cette année va être amené à pratiquer la sélection… » (+5 points pour la forme infinitive dans la formule « à pratiquer  ») ; « le grand nombre de filière qui vont devenir sélective  » (+5 points pour l’accord de « filière  » avec « sélective  ») ; enfin, « la sélection qui va être instauré… » (+5 points pour… la bonne intention présumée du rédacteur). Le compte est bon : 5+5+5+5 = 20. C’est donc un 20/20 pour l’Unef. Et tant pis pour les fautes qui, dira-t-on, n’empêchent pas de comprendre le fond du discours.

Ce truculent « Dossier de presque » me semble en fait constituer la meilleure preuve que les propositions nombreuses et jugées traditionnelles de Jean-Michel Blanquer – associé à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation – ne sont en fait que des mesures de bon sens qui, on peut l’espérer, constituent un tournant qui marquera les deux ou trois décennies à venir. Et les crispations sur le débat de la sélection à l’entrée de l’université me semblent révéler l’impasse des propositions du syndicat étudiant et de tous ceux qui gravitent autour de lui.

D’abord, même si Parcoursup n’est pas totalement au point dès cette année, comment peut-on préférer feu le système APB qui sélectionnait les étudiants par le tirage au sort, au système d’évaluation des dossiers scolaires des lycéens en vue de leur affectation selon leurs souhaits et compétences ? Je ne me rappelle pas avoir vu de manifestations étudiantes ni d’amphithéâtres bloqués dans les facultés françaises en avril 2017 contre les injustices flagrantes d’un système totalement défaillant ; ni à la dernière rentrée quand il a été absolument évident que des élèves méritants et brillants n’avaient aucune affectation par… manque de chance. Peut-être ces derniers auraient-ils dû cultiver leur réseau syndical plutôt que de bosser pour se préparer à l’enseignement supérieur ? Mauvaise stratégie.

Je ne me rappelle pas avoir vu de manifestations étudiantes ni d’amphithéâtres bloqués dans les facultés françaises en avril 2017 contre les injustices flagrantes d’un système totalement défaillant

Sur le fond ensuite, la sélection pour l’entrée à l’Université à travers Parcoursup promet d’orienter les lycéens vers les filières adéquates. Elle instaure aussi une nouvelle barrière qui les incite à se mettre au travail dès le lycée, au plus tard en classe de 1ère, pour être capables de présenter un dossier de qualité et espérer intégrer la filière rêvée. En d’autres termes, Parcoursup instaure une sanction (positive ou négative) à la fin d’une scolarité obligatoire (jusqu’à 16 ans) et une incitation à se dépasser dès l’adolescence.

Sans cette sélection, on a vu les dérives de l’école et l’impuissance des enseignants du collège et du secondaire à motiver leurs élèves, d’autant qu’ils ne pouvaient plus avoir recours au redoublement. Les adolescents pouvaient se la couler douce jusqu’à dix-sept ou dix-huit ans. Puis en première année de licence… trop tard. C’était l’effet Darwin : une sélection naturelle, bête et méchante, à mort (sociale). Seuls survivaient ceux qui étaient motivés, soit parce qu’ils étaient mûrs plus tôt, soit parce que leur milieu social avait su générer des incitations que le système scolaire était incapable de produire lui-même. Pour les autres, malheureusement issus majoritairement de milieux sociaux moins favorisés, la première vraie sanction arrivait tardivement, en fin de Licence 1. Et si leur université était peu regardante sur l’orthographe, comme cela semble être le cas pour les rédacteurs de la « Revue de presque » de l’Unef, peut-être pouvaient-ils continuer jusqu’en Licence 3, voire en Master. Malheureusement, un jour ou l’autre, il fallait sortir du milieu scolaire et universitaire ultra-protégé et chercher un emploi, rédiger une lettre de motivation, écrire des e-mails dans un langage plus recherché que celui des SMS, utiliser les compétences sur lesquelles personne n’avait osé porter de jugement négatif pendant dix, quinze ou vingt ans. Et Darwin faisait son œuvre. Les rêves tombaient et la révolte grondait.

Je préfère Parcoursup à Darwin.

Cela ne doit certes pas empêcher de s’attaquer aux inégalités avant le lycée. Mais c’est aussi un chantier ouvert depuis quelques mois. Et ça, c’est une autre histoire.



Par bertrandle 10 avril 2018

Ouf, j’ai cru que l’article allait être caricatural. Et sinon, pourquoi ce bon Monsieur, rédacteur hors pair d’une prose qui tourne à vide, n’en profiterait pas pour se calmer un peu et cesser de nous vomir sa pensée méprisante et méprisable ?

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    Par P. Liger-Belairle 10 avril 2018

    Well... dans une démocratie saine, on exprime ses opinions, on s’écharpe, on se dispute même, mais on ne demande pas aux personnes avec lesquelles on n’est pas d’accord de se taire. Bref, on répond sur le fond et on dialogue. Pour cela, je suis disponible ; pas pour répondre aux insultes.


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