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Des intellectuels se penchent sur les traites négrières de l’Islam

dimanche 16 août 2009

Le poète martiniquais, et philosophe de la complexité créole, a co-signé La Déclaration de Tozeur avec deux historiens tunisiens. Pour rappeler que les pays arabo-musulmans ont leur part d’ombre et d’horreur dans les traites négrières, avec 17 millions de déportés.

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Edouard Glissant (portrait Dairus pour l’Agence Idea)

Du VIIème au XXème siècle, La « traite orientale » (pays arabes) aurait déporté, au bout du compte, 17 millions d’esclaves Noirs. Est-ce le trafic en volume le plus important du commerce négrier ?
La « traite Atlantique » (Europe), celle qui concerne la déportation des Noirs en Amérique, la plus connue aussi par sa planification et sa logistique pré-industrielle, aura déporté 15 millions de personnes. Les traites internes à l’Afrique pré-coloniale quant à elles seraient responsables du déplacement forcé de 14 millions d’esclaves.
L’orientaliste Bernard Lewis le notait déjà : « l’esclavage en terre d’islam reste un sujet à la fois obscur et hypersensible, dont la seule mention est souvent ressentie comme le signe d’intentions hostiles. » Les temps changeraient-ils ?

Quelques années après les travaux de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau sur l’esclavage, violemment controversés par le collectif DOM, et l’écrivain Odile Tobner, qui l’accusaient de négationnisme, et de minorer la Traite occidentale en la diluant dans cet ensemble de trafics africains et arabo-musulmans, nulle polémique, ni collectif identitaire ne sont venus troubler cette fois l’initiative, pourtant spectaculaire, du poète et philosophe martiniquais Edouard Glissant.

Il a signé en mai dernier, La Déclaration dite de Tozeur, à l’occasion du colloque international sur « Les interactions culturelles entre l’Afrique et le monde arabo-musulman », sous tutelle de l’UNESCO et son programme de recherches « La Route de l’Esclave ». Les deux autres signataires sont historiens, Abdelhamid Larguèche (faculté des Lettres de la Manouba) et Salah Trabelsi (Lyon II).

« Nous avons abordé un thème longuement tabou, relégué dans l’ombre de l’histoire du monde arabe, celui de la traite et de l’esclavage des Noirs. Jusqu’alors, on se concentrait surtout sur la traite Atlantique, raconte Edouard Glissant. Or, fait peu connu, la Tunisie, dès le XIXe siècle, a fait aboutir sa décision d’abolition, en 1846 (décret d’Ahmed Bey/Ndlr). Notre déclaration de Tozeur condamne l’épisode dramatique de l’esclavage et demande que « cette trace soit acceptée et reconnue dans nos livres d’histoire ». (Lire document en Repères).

L’heure des questions

Lors de la rencontre, le chercheur Salah Trabelsi indiquait les enjeux de ce travail historique : « « On n’a jamais autant parlé des esclaves. Mais on n’a jamais aussi peu exploré leur histoire en terres d’Islam (…) sur l’ensemble des recherches historiques consacrées au monde arabo-musulman, l’étude de l’esclavage constitue, encore, un thème peu exploré. Ni la violence de la traite, ni le rôle imparti aux multiples couches serviles ne semblent avoir réellement avivé l’intérêt des historiens arabes… Ainsi, cette histoire évincée émerge de l’oubli pour prendre sens dans la mémoire collective ».

À Tozeur, anthropologues et historiens comme Ibrahim Jadla, Jean Schmitz ou Esma Dorugnul ont commencé à poser des jalons et à formuler des questions à explorer autour de ce commerce structuré et international, étalé dans le temps et la géographie. Quels étaient les profils des marchands de la traite arabe ? N’y avait-il pas aussi une entreprise massive d’asservissement des non-musulmans dans la traite orientale ? Quel patrimoine culturel et musical ont légué les esclaves Noirs aux pays trafiquants ? Quels sont les effets de ce silence mémoriel sur les sociétés arabes, et sur les héritiers de cette histoire dans les banlieues d’Europe ?


Repères :

La Déclaration de Tozeur

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La Déclaration de Tozeur

Pierre-André Taguieff,  le 18 août 2009 : Des intellectuels se penchent sur les traites négrières de l’Islam

Les courageux de la dernière heure se réveillent, après avoir fermé les yeux sur les campagnes venimeuses dont Bernard Lewis ou Olivier Pétré-Grenouilleau ont été victimes. Il était temps. Attendons de voir comment ces honorables redécouvreurs seront traités par le pouvoir intellectuel dominant. Ils ont peu de chances d’échapper à l’accusation d’ "islamophobie", lancée par un illuminé ou un bien-pensant professionnel


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