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Déterrer une nouvelle histoire de France

mardi 3 avril 2012

"On a retrouvé l’histoire de France", de Jean-Paul Demoule (Robert Laffont)

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©Anne Fourès

Il aura fallu enfin une loi sur l’archéologie préventive en 2001, ainsi que l’introduction d’une technique efficace de fouille au bulldozer, pour que soit révélée, à travers plus de 100 000 hectares et 3000 chantiers, du paléolithique à nos jours, une nouvelle identité française. L’identité française ? Beaucoup se bouchent le nez au souvenir politico-intellectuel nauséabond d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale (2007-2010) qui se chargea d’organiser dans les préfectures, un faux débat à l’ambition dégradante pour tous. Reste une idée persistante. Grâce à l’archéologie préventive, on a révélé les empreintes d’une histoire de France jusqu’alors insoupçonnée. L’archéologue Jean-Paul Demoule rouvre le chantier, et c’est passionnant et stimulant. Verdict : du plus loin que nous remontons à notre préhistoire jusqu’à 1,6 million d’années, nous sommes tous des sauvages métis. Ce qui fait société est le vouloir vivre-ensemble. Une forme de contrat que depuis toujours les hommes acceptent ou recomposent. Dans son essai exploratoire, l’ancien président de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) tente de tordre le cou aux "faussaires du passé". Il fait un sort à toutes ces légendes historiques qui ont été stratégiquement constituées sous la IIIe République afin de glorifier la puissance et la gloire françaises. En les excavant, en les exhumant, en les libérant de leurs gangues, les vestiges délivrent une toute autre saveur. Et de suivre à la trace les migrations préhistoriques, la prise en tenaille de la France par deux flux migratoires venus du proche-Orient, ou le mélange avec Néandertal. De matérialiser une société gauloise bien plus complexe qu’un petit village grognon en huttes de paille. De constater que les Francs sont bien des Germains. De réaliser que le moyen âge était assez éloigné d’une civilisation obscure.

Certes, Demoule se comporte parfois avec le raffinement d’un sanglier dévastant sans précaution le champ des idées et des débats , ( ici un coup expéditivement porté aux thèses de Jean Clottes sur le chamanisme préhistorique, là une affirmation lapidaire et très politiquement correcte sur l’impact nul d’invasions barbares ), mais l’essai dans son ensemble constitue un vigoureux et convaincant plaidoyer pour une rénovation de l’historiographie, plus globale et plus subtile.
Au passage, l’historien rappelle une barbarie contemporaine qui a coûté très chère à l’histoire de France : "alors que l’archéologie fait partie des métiers qui font le plus rêver les enfants, il a fallu attendre 2001, longtemps après la plupart des pays européens, pour qu’une loi impose des fouilles archéologiques lorsqu’un site allait être détruit par des travaux de construction. Pendant les cinquante années qui ont précédé cette date, on aura détruit plus de sites archéologiques qu’au cours des dix mille années précédentes."


Repères :

"On a retrouvé l’histoire de France", de Jean-Paul Demoule, Robert Laffont, 334 pages, 20,30 euros.
www.inrap.fr


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