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En finir avec l’Allemagne et ses 6,5 millions de travailleurs pauvres

jeudi 11 juin 2015, par Mathilde Ramadier

Difficile question tant les idées à défendre et les combats à mener sont nombreux ! Comment choisir parmi toutes les préoccupations qui nous traversent, les causes qu’on aurait envie de soutenir, sans en arriver à l’insupportable tâche de devoir classer les priorités ?

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Mathilde Ramadier (1987), après des études de philosophie et de psychanalyse, est écrivain et auteur BD. Elle a été la scénariste de Rêves syncopés et d’un biopic BD de Sartre, avec Anaïs Depommier (Dargaud, mars 2015).

Si je me base sur ma propre expérience, récente, j’ai envie de répondre : l’idée d’un salaire minimum. Ce qui me semblait être un droit fondamental acquis depuis longtemps lorsque je vivais en France – ce bon vieux SMIC qui augmente un tout petit peu chaque année, m’est vite apparu comme un vœu pieux pour beaucoup de gens une fois arrivée à Berlin, en 2011. Oui, l’Allemagne, le « moteur économique » de l’Union Européenne, le pays le plus riche parmi les 28 membres, l’Eldorado des jeunes Espagnols, Grecs, Italiens et Français de ma génération, comprend 6,5 millions de travailleurs pauvres. 20% de la population active y travaille à un taux horaire inférieur au SMIC que l’on connait en France, et ils ne comptent pas toujours dans les chiffres du chômage. Pire que les CDD à répétition, ils enchaînent des jobs dont la période d’essai est équivalente à la durée du contrat, qui peuvent être payés 5, 4, 3 euros de l’heure, comme les mini-jobs, ces contrats plafonnés à 450 euros par mois et qui ne stipulent pas toujours un nombre d’heures.

Un des premiers emplois qui m’a été proposé (et que j’ai refusé) était payé 500 euros par mois pour un temps plein, sans cotisations sociales. Il était parfaitement légal – l’employeur était lui-même juriste. J’ai raconté ces expériences sordides dans un article qui avait fait le tour du web en 2013, en plein débat sur le revenu minimum en Allemagne, à l’approche des élections fédérales.

Moi, je ne suis pas économiste. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a des gens qui bossent tout le temps et qui sont pauvres

Deux ans plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure est entré en vigueur, mais pour quelques branches seulement. Il faudra attendre 2017 pour qu’il soit étendu à tous – mesure à laquelle Angela Merkel, la dame de fer de l’Europe, est vivement opposée. Les économistes libéraux martèlent en effet que c’est mauvais pour l’emploi, que ça va créer plus de chômeurs. Moi, je ne suis pas économiste. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a des gens qui bossent tout le temps et qui sont pauvres, partout autour de chez moi, dans un pays dont on vante la bonne santé économique en pleine crise. L’autre semaine, je découvrais avec stupeur le cruel métier de DRH le temps d’une journée : dans l’entreprise où je travaille en tant que traductrice à mi-temps, on m’a demandé de « faire le tri » parmi les dizaines de candidatures de Français qui venaient d’atterrir dans leur boîte mail, quelques jours après la création d’un « poste » de free-lance. Presque tous les candidats sont trilingues, ont un master en poche, et plus de 5 ans d’expérience. Presque tous sont sur-qualifiés pour le job. À la question « Quelles sont vos prétentions salariales ? », l’un d’entre eux a répondu « Tant que j’ai 800 euros pour payer mon loyer et manger, je suis content. »


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