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En marche avec Gérald Andrieu

dimanche 22 octobre 2017, par Emmanuel Lemieux

Gérald Andrieu, Le peuple de la frontière. 2000 km de marche à la rencontre des Français qui n’attendaient pas Macron, Les éditions du Cerf, 232 p., 18 euros. Octobre 2017.

Société. Il faudrait qu’il nous donne la marque de ses chaussures. Elle est la plus politique qui soit. Et tout-terrain. Gérald Andrieu, ancien rédacteur en chef à Marianne, a entrepris une longue marche personnelle lors des primaires et de la campagne présidentielle 2017. Trois millions de pas, il les a comptés en marcheur connecté, à pointiller la frontière, départ Bray-Dunes très au Nord, arrivée Menton. Entre les deux, une France en friches discrète, une France en sentiment d’abandon, une France qui ne fait pas sécession mais qui se débrouille et même parfois innove localement, une France qui se tient debout dans la décence comme elle le peut, une France poétique mais aussi constituée d’ombres (désindustrialisation, impacts réels d’une mondialisation débridée, Europe directive et très lointaine, jeunes djihadistes du crû et migrants, corrosion de l’hyperindividualisme et de l’hyper-solitude) et de fantômes (le passé glorieux ici et là des industries, un art de vivre et d’être ensemble malgré tout), de villages à l’agonie, de vigie solitaire, de jeunesse inquiète et d’échoués au dernier comptoir avant liquidation générale.

Pour marcher, Gérald Andrieu s’est fabriqué une boussole intellectuelle (Orwell, Jack London, Zigmunt Baumann et Régis Debray)

Le texte est court, peut être trop parfois, quelques 200 pages écrites à l’os que l’on a du mal à quitter tant on pressent que les destins rencontrés mériteraient chacun son roman vrai et approfondi. Gérald Andrieu muni d’une boussole intellectuelle ( Orwell, Jack London, Zigmunt Baumann et Régis Debray) n’est pas le seul à avoir sillonné cette France qui refuse de marcher avec les marchands d’illusion d’hier comme d’aujourd’hui. On pense au beau livre de Jean-Paul Kauffmann, Remonter la Marne (Fayard, 2013) qui, le long de la géographie indocile d’une rivière longue de 525 kilomètres, restituait "la France des conjurateurs", celle qui plutôt que de s’abandonner au désespoir, résistait à la médiocrité et à la maussaderie. Un quinquennat plus tard, la France dépeinte par Gérald Andrieu est le tableau impressionniste d’une époque ambivalente, celle de la fin des frontières qui en disparaissant troublent aussi les identités et abiment des solidarités locales et nationales que l’on pensait immuables.
Le second aspect intéressant du livre concerne l’auteur lui-même : qu’est ce qui fait marcher le journaliste Gérald Andrieu ? Comme en état de burn-out après dix années de journalisme politique et lassé par ce métier tel qu’on le pratique aujourd’hui à échelle industrielle, il a voulu faire dans ce parcours, des millions de pas de côté d’une profession panurgique et sans mémoire. On n’est pas bien sûr qu’il ait trouvé le "peuple", mais au bout des 2000 kilomètres, dans la vallée de la Roya, le journaliste retrouve son chez-soi, ses proches et peut être une façon neuve de pratiquer son art du témoignage et de l’enquête. Le lecteur marcherait bien encore à ses côtés.


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