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Faites du journalisme, Sylvie Kauffman

jeudi 8 mai 2014, par Christian Harbulot

La pauvre pensée du journal Le Monde en flagrant délit

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L’émission L’Esprit public de France Culture, diffusée le dimanche 4 mai, portait sur l’affaire Alstom. Cette table ronde a permis de vérifier une fois de plus la manière pour le moins déconcertante dont la directrice éditoriale au Monde, Sylvie Kauffman, fixe le cadre bien-pensant qui est censé s’imposer comme une évidence quasi doctrinale pour les élites intellectuelles de ce pays. Selon cette journaliste qui a passé une partie de sa carrière aux Etats-Unis, la mondialisation des échanges s’impose à tous et toute autre forme de grille de lecture ne peut être que rétrograde et d’un autre siècle. L’affaire Alstom n’en est pas une. L’offre de rachat de General Electric est logique ne doit pas donner lieu à une réaction d’une autorité politique française pour entraver cet acte naturel dans la vie des entreprises. Sylvie Kauffmann estime que la loi du marché est l’élément structurant de l’évolution de nos sociétés et que la création de champions nationaux n’est plus à l’ordre du jour et encore moins toute référence l’idée désuète selon elle de patriotisme économique.

Contrairement à ce qu’avance Sylvie Kauffman, les économies les plus compétitives sont portées par des firmes multinationales très impliquées dans les processus d’accroissement de puissance de leur pays d’origine

Le côté incantatoire de ce discours péremptoire, validé par le très atlantiste Jean-Louis Bourlanges, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, n’est pas suffisant pour gommer la réalité des affrontements économiques qui, chaque jour qui passe, vient infirmer de tels propos. Contrairement à ce qu’avance Sylvie Kauffman, les économies les plus compétitives sont portées par des firmes multinationales très impliquées dans les processus d’accroissement de puissance de leur pays d’origine. L’ouverture des marchés, censée initier le processus de mondialisation, est contournée ou bloquée par les prises de décision de pouvoirs étatiques qui cherchent à préserver leur périmètre stratégique de développement. Il suffit de relire l’actualité pour le vérifier à travers ce que des signaux de moins en moins faibles : les mesures protectionnistes prises par les Etats-Unis à l’encontre de la Chine dans le domaine de l’économie verte, le repli des entreprises nippones par rapport à une Chine de plus en plus agressive à l’égard du Japon, la manière dont les groupes énergétiques allemands se partagent l’approche géographique des marchés de l’Est sans se faire concurrence, les chantages juridiques de la justice américaine qui menace de poursuites pénales les banques soupçonnées d’avoir porté préjudice à l’économie des Etats-Unis, notamment dans le négoce de matières premières avec des pays comme l’Iran.

Sylvie Kauffmann fait partie de ces journalistes qui, pour des raisons pas toujours personnelles, analysent les faits sans chercher à aller au fond des choses. Le lapsus que Jean-Louis Bourlanges a fait durant l’émission en confondant la CGE et GE a le mérite de rappeler qu’Ambroise Roux, grand patron de la CGE a tenu tête au général De Gaulle pour empêcher l’émergence d’un champion national français de l’informatique, puis d’un champion européen. Roux privilégiait son groupe et sa personne. De Gaulle pensait à la France et à son avenir industriel. Et cette nuance reste toujours aussi actuelle, n’en déplaisent aux admirateurs d’une mondialisation made in USA.


Repères :

Retrouver Christian Harbulot sur www.ege.fr


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