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Faut-il se dissuader d’un débat sur la dissuasion nucléaire ?

mercredi 23 janvier 2013, par Emmanuel Lemieux

Les députés écologistes et l’Observatoire des armements organisent un colloque sur la question

GIF Politique.Le 21 juin 2012, Michel Rocard lâche une bombinette : « on supprime la force de dissuasion nucléaire, seize milliards d’euros par an qui ne servent absolument à rien  ». Revenu (un peu) sur ses propres déclarations qualifiées de « boutade », et qu’avaient mises sur le compte de l’âge ses détracteurs, l’ancien Premier ministre socialiste a été pourtant rejoint par Paul Quilès, ancien ministre de la défense, ancien président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale –et jadis efficace porte-flingue des ambitions mitterrandiennes contre Michel Rocard. Dans son essai, (Nucléaire, un mensonge français : réflexions sur le désarmement nucléaire, éditions Charles Léopold Mayer ), lui aussi conteste le fait que l’arme nucléaire demeurerait « l’assurance-vie de la nation ». Face à ce « dogme », il réclame un débat de fond. » Mais François Hollande, fraîchement élu Président de la république et nouveau démiurge du feu nucléaire, n’ ouvrira pas la boîte de pandore intellectuelle et stratégique : « Renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d’économie budgétaires n’est pas aujourd’hui la position de la France. Je me suis engagé devant les Français pour préserver la dissuasion nucléaire, parce que c’est un élément qui contribue à la paix  » tranche t-il, reprenant à son compte les arguments et les croyances contemporaines des théoriciens de la dissuasion.

" Renoncer à la force de frappe, c’est prendre le risque d’un déclassement à terme de notre pays dans le concert des nations " (Sénat)

En juillet dernier, la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat produisait également « L’Avenir des forces nucléaires françaises », un rapport d’information archi-favorable à la doctrine française même si ses grandes qualités d’argumentation structurent bien les enjeux. Mais de débat point. Les contradicteurs y sont disséqués comme une nébuleuse de « contestation », et non comme d’autres choix politiques ou stratégiques. L’état d’esprit de la « contestation », pointe ce rapport, s’est même diffusé au sein de différents corps de l’armée française renâclant à voir leur budget réduit tandis qu’est sanctuarisée la défense nucléaire.
« Si renoncer à la force de frappe, c’est prendre le risque d’un déclassement à terme de notre pays dans le concert des nations, dont beaucoup pratiquent une politique puissance et de rapports de force, quelle serait donc la faisabilité politique d’une telle proposition, sans aucune contrepartie pour notre pays ? » conclut notamment en substance le rapport sénatorial. (www.senat.fr/rap/r11-668/r11-668.html). C’est ainsi que le Livre blanc de la défense qui a pris du retard fera l’économie d’une réflexion sur la dissuasion nucléaire française en cette nouvelle décennie du XXIe siècle.

«  Le débat lié au désarmement nucléaire est installé dans de nombreux pays — Royaume-Uni, États-Unis, Italie, Allemagne, Belgique, etc. — disposant d’un arsenal atomique ou dépositaire d’armes nucléaires américaines », remarque l’Observatoire des armements, et veut-il le croire : En France, celui-ci commence à émerger, tant au niveau de la classe politique, des médias que de l’opinion publique. »
Pour les contre-théoriciens de l’actuelle dissuasion, « l’arme nucléaire n’est pas seulement une arme plus puissante, accroissant d’un facteur cent ou mille les possibilités de destruction, mais elle introduit une rupture fondamentale dans la capacité de destruction pouvant conduire à la fin de l’humanité. L’opacité qui entoure cet armement, les nombreux mensonges sur lesquels repose les discours officiels, et les facilités répétées à longueur de temps sur « l’assurance-vie de la Nation » ne peuvent plus au XXIe siècle servir de justificatif à l’absence d’un débat démocratique élargi à l’ensemble de la société.  »

" L’arme nucléaire introduit une rupture fondamentale dans la capacité de destruction pouvant conduire à la fin de l’humanité " (Observatoire des armements)

Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, fondé à Lyon en 1984, organise à Paris, une série de tables rondes autour de la dissuasion nucléaire le 25 janvier prochain. Soutenu par les députés EE-LV, on ne sera pas surpris par les conclusions programmées, mais ce colloque devrait permettre d’entrouvrir le débat, « de mettre en perspective des actions politiques européennes et d’apporter contributions et idées pour un désarmement nucléaire international. » Ironie, une guerre à l’œuvre pourrait donner du grain à moudre aux théoriciens d’une autre dissuasion : Celle du Mali assurément sert de révélateur à l’état de la stratégie militaire française, la promesse d’une vitrification des narco-djihadistes du Sahel en riposte à ces nouvelles menaces diffuses et mobiles semblant improbable.


Repères :

"Dissuasion nucléaire : ouvrons le débat"
vendredi 25 janvier 2013
(9 heures à 18 heures 30)

101 rue de l’Université, 75007 Paris
métro Invalides ou Assemblée nationale

Programme
Accueil à partir de 9 h 00 (se munir d’une pièce d’identité)
Traduction simultanée français-anglais
9h30 à 10 h 00 :
Ouverture des travaux
•Introduction par M. Denis BAUPIN, vice-président de l’Assemblée nationale

À la recherche d’un débat en France
Modérateur : M. Philippe LEYMARIE, journaliste au Monde diplomatique
•La dissuasion nucléaire : « assurance-vie » ou « assurance-décès » de la France ?
Général Bernard NORLAIN, ancien conseiller militaire des Premiers ministres Jacques Chirac et Michel Rocard et ancien directeur
de l’Institut des hautes études de défense nationale
•Quel rôle pour l’arme nucléaire dans notre stratégie globale de puissance et de
sécurité ?
M. Alain JOXE, spécialiste des questions stratégiques
et fondateur en 1982 du Cirpes (Centre interdisciplinaire
de recherche sur la paix et d’études stratégiques)
•Comment le « consensus » sans cesse invoqué — mais dont le fondement n’a jamais été sérieusement établi, ni sur quoi il porte exactement — a-t-il été construit ?
M. Benoît PELOPIDAS, maître de conférences en relations internationales
àl’université de Bristol (Royaume-Uni)
Débat avec les participants
12 heures à 14 heures : pause déjeuner libre

14 h à 16 h : 2ème table ronde
L’expérience et les actions des parlementaires
dans le processus de désarmement nucléaire
Modérateur : M. Jean-Marie COLLIN, journaliste
•M. Bill KIDD, député, membre de la Commission des lois et de la Commission
pour l’indépendance, Scottish Parliament, Écosse ;
•Baroness Sue MILLER, députée, porte parole aux affaires intérieures, House
of Lords, Royaume-Uni ;
•Mme Uta ZAPF, députée, présidente du sous-comité sur le désarmement, le
contrôle des armes et la non-prolifération au Bundestag, Allemagne ;
•Mme Tarja CRONBERG, députée, membre de la Commission des affaires
étrangères et présidente de laDélégation pour les relations avec l’Iran,
Parlement européen, Finlande.
Débat avec les participants
16 h à 18 h : 3ème table ronde
Comment faire de la France un acteur-clé
du désarmement nucléaire ?
Modérateur : M. Yann MENS, rédacteur en chef, Alternatives internationales
•Quelle contribution la France peut-elle apporter pour l’élimination
des armes nucléaires ?
M. Paul QUILÈS, ancien ministre de la défense, ancien
président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale
•Quelles initiatives parlementaires pour favoriser le débat en France ?
Par des parlementaires, en attente de confirmation
•Quel rôle pour la société civile comme acteur des relations internationales ?
M. Dominique LALANNE, co-président du collectif Armes nucléaires STOP
Débat avec les participants
18 h à 18 h 30 :
Clôture des travaux
•M. Noël MAMÈRE, député EELV (sous réserve)

- Observatoire des armements :
www.obsarm.org


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