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Il ne chinoise pas sur les chinoiseries

jeudi 13 août 2009

Chef d’entreprise, militant européen, cofondateur du club XXIe siècle, rassemblement des élites républicaines issues de la diversité, Chenva-Tieu cultive surtout l’art des chinoiseries dans un précieux manuel qu’il vient de publier : comment concilier la pensée d’un dragon avec celle du cartésianisme.

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Chenva Tieu (Claude Germerie pour L’Agence Idea)

Dans le petit hôtel particulier, siège de son entreprise, Chenva Tieu, 45 ans, est souriant, mais il retient des dates de par devers-lui : celle du 12 avril 1975 notamment, « celle où j’ai vieilli de 30 ans ». A Phom-Pen sous couvre-feu, en attendant les divisions khmers rouges, son père lui chuchote, à lui le garçonnet de 12 ans, qu’une fois en France, il faudra qu’il s’occupe bien de sa mère. Rupture dans la sérénité familiale. Trois billets achetés au marché noir, et le fiston décolle pour Paris dans le dernier avion. Son père Chinois, (originaire de Canton, mais travailleur immigré au Vietnam, remarié ensuite à la mère de Chenva-Tieu, native elle de Hong-Kong), mettra quelques mois d’enfer avant de rejoindre ses proches.
Les années 1970 voient ainsi ces Chinois du Cambodge, loin des Khmers rouges et du génocide. La terre d’accueil s’appelle rue de la Boétie, et la nouvelle activité de son père, est un restaurant asiatique.

Il y a des dates et des années plus personnelles comme ses études supérieures à l’université de Paris-Dauphine, l’année où il a créé Eurotrésorerie, une société de conseil en gestion de trésorerie, mais aussi Discountis, distributeur électronique de crédit immobilier, sans oublier l’acquisition d’une société audiovisuelle, productrice de documentaires de haute qualité et d’émissions sur Arte.

Ce jour-là, vêtu d’une magnifique tunique chinoise, il défend mordicus ses racines, toutes ses racines mêlées.

Le CDC et le CCP

« L’immigré chinois en France a longtemps bénéficié d’un capital de sympathie et d’un sens de l’excellence, celui de Confucius qui pousse au savoir » raconte Chenva Tieu. On est toujours l’étranger de quelqu’un. « Pour un Chinois, je suis un CDC (Chinois de la Diaspora Chinoise). Mais aujourd’hui, ce sont les CCP, les Chinois de Chine Populaire qui sont les plus démunis lorsqu’ils arrivent en Europe », pointe Chenva Tieu. Les CDC comme nous, maîtrisons mieux la pensée chinoise que ces nouveaux immigrés désorganisés et déracinés, et sommes peut être les mieux placés pour servir de go-beetween entre l’Europe et la Chine ».

Le CDC en question vient de publier son « Manuel de chinoiseries » (Editions Anne Carrière), dans lequel avec humour et clarté, il cherche à désamorcer la crainte occidentale face à la mentalité chinoise. Il est sûr d’une chose, la Chine autoritaire, avec des poussées de fièvre nationaliste, ne fera pas la guerre au monde entier. « Sun-Tzu, l’auteur de L’Art de la guerre, l’a bien indiqué : l’impérialisme et l’anéantissement ne font pas du tout partie de la tradition chinoise » soutient Chenva Tieu.

A la recherche de l’harmonie

Que peut enseigner la Chine malgré ses immenses difficultés ? Un enseignement malgré elle tout d’abord. Il y a bien plus chinois qu’elle : « Comme Jean Monnet- que Tchang Kaï-Shek percevait d’ailleurs de mentalité chinoise-, l’Europe elle-même a quelque chose de chinois en elle » s’amuse t-il. Elle pourrait même donner des leçons de Chine à la Chine elle-même, notamment sur des concepts-clés : l’harmonie et la nation.

« L’harmonie est le maître-mot de la politique actuelle de la Chine, comme de toute sa culture traditionnelle. L’attractivité de l’Europe est telle que les pays qui n’ont pas le désir de la rejoindre sont rares. Elle rayonne par la paix, la prospérité, la liberté, la créativité intellectuelle et non par une force armée. Au fond, c’est d’une façon assez similaire que la Chine s’est longtemps représentée son destin : elle était l’Empire du Milieu, le centre vers lequel le monde convergeait, et devrait se ressourcer dans ce modèle européen. »

Le miroir chinois

La Chine et Europe se retrouvent également autour de l’idée de nation. « Les Chinois ont un nationalisme emprunté : ils l’ont repris, au début du vingtième siècle, aux nations européennes qui les avaient dominés. La difficulté de l’affaire tibétaine est là : le Tibet est depuis longtemps très lié à la Chine, mais, à proprement parler, il n’a jamais appartenu à la nation chinoise, car cette nation n’existait pas », veut-il convaincre.
« En se construisant sur les ruines de nations belliqueuses, auxquelles elle a imposé la modestie d’un « non-agir » au sein d’une coexistence harmonieuse, en sortant, autrement dit, des schémas hérités de son histoire pour inventer une forme politique inédite, l’Europe me semble avoir retrouvé des caractères chinois. Alors qu’en martelant son nationalisme, la Chine est peut-être plus fidèle à l’Occident qu’à sa propre tradition. »

Et les Européens eux, peuvent-ils se regarder dans le miroir chinois ? « L’œil chinois perçoit l’Europe comme un processus silencieux, comme une rivière qui se fait fleuve peu à peu, et il s’amuse lorsque les européens désespèrent de ne pas arriver plus vite à la mer. Un taoïste lui y verrait moins une idée de l’Europe en construction, qu’une construction vivant son équilibre subtil et complexe. »
Le décrypteur de chinoiseries veut faire bouger les grandes murailles d’incompréhension.


Repères :

Manuel de Chinoiseries, de Chenva Tieu, Anne Carrière, 169 p., 14,50 €.

Chenvatieu.blogspot.com


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