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Informer de l’assassinat d’Henri IV

samedi 20 février 2010, par Emmanuel Lemieux

L’historien Michel Cassan a réalisé une étude sur les techniques de communication du pouvoir royal pour informer le pays et éviter un bain de sang après l’assassinat du Roi.

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Henri IV

Le 16 mai 1610, en un tour de main, à la faveur de l’étroitesse de la rue de la Ferronnerie (aujourd’hui 11, rue de la Lingerie) à Paris, Ravaillac poignardait à mort Henri IV dans son carrosse. Comment raconter le désastre au pays entier sans que celui-ci ne sombre sans coup férir dans la guerre civile entre catholiques et protestants ?

Les sociologues du XXe siècle se sont notamment intéressés à la "télétragédie planétaire" Kennedy et tout l’impact de l’instantanéité audiovisuelle sur les sociétés humaines (revue Communications, Edgar Morin, 1964). L’historien Michel Cassan lui a suivi au galop du cheval, aux lettres closes officielles, aux avis fraîchement placardés, aux témoignages dans les réunions publiques et aux diverses émotions livrées à des journaux intimes, tout le processus subtil, massif et spectaculairement rapide de communication du pouvoir royal quant à l’assassinat d’Henri IV.

Dans les deux premières heures, le pouvoir tente de farder le décès du roi, mais la rumeur parisienne est plus forte.Il parvient en revanche à contrôler les termes et les éléments d’informations du décès, notamment distillés par l’historiographe du Roi, Pierre Matthieu. Pour la mort elle-même, on n’hésitera pas à raconter une autre histoire, un "storytelling" avant l’heure. Alors qu’il est mort sur le coup et que le duc d’Epernon à ses côtés l’a dissimulé sous sa cape, dans la version officielle, on fait agonir Henri IV au Louvre, sur son lit, ayant eu le temps de s’en référer sereinement à Dieu.

« Des pactes d’amitié »

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Le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, Henri IV est poignardé à mort dans son carrosse par François Ravaillac. Durant deux heures, le pouvoir cherche à dissimuler sa mort, avant de se lancer dans une grande opération de communication politique dans tout le pays.

La réalisation du drame par le peuple parisien est édifiante. Etrangement, la mégapole de 300 000 habitants et ses environs sont d’un grand silence la nuit et le lendemain de la mort d’Henri IV. Les rumeurs sur la conspiration espagnole, ou hollandaise ou encore polonaise, à moins que ce ne soit du fait des Juifs, s’éteignent vite. Les cartes de M. Cassan montrent également la spectaculaire rapidité de propagation de l’information royale dans les villes stratégiques ; rapidité de la transmission de l’information dû à l’amélioration considérable des routes sous le règne du "bon roi Henri". Les versions officielles varient, temporisent ou biaisent sur les blessures ou la mort du Roi au gré des réalités de terrain. Les gouverneurs ont une conception verticale du pouvoir, et préfèrent comme en Bourgogne ou dans le Languedoc, dissimuler le plus longtemps possible la mort d’Henri IV pour s’assurer de l’allégeance des nobles influents et garantir une transition politique pacifique. Les magistrats municipaux au contact quotidien de la population estiment quant à eux inutile ce flou, et préfèrent saisir sur le vif, la collectivité pour prendre des décisions pacifistes.

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François Ravaillac sera exécuté en place de Grève le 27 mai 1610.

Cette étude claire et originale sur l’impact d’une information inouïe montre toute l’ambivalence d’un roi qui, détesté de son vivant par une forte proportion de Français, devient dès l’annonce de sa mort le ciment d’un pays qui ressent tout entier la peur du vide et de la haine recommencée. "Henri IV incarnait les contradictions, les épreuves, des guerres de Religion, décrit l’historien. Il les avait vécues, surmontées, résolues et il avait dégagé une sortie de crise désormais admise par l’écrasante majorité de ses sujets." Cette communication politique d’urgence aura massivement et habilement fait ressentir la perte, mais aussi la continuité du pouvoir royal. Ainsi, le chercheur enregistre qu’entre le 15 et le 25 mai, sans attendre la confirmation de l’Edit de Nantes, brevets secrets et clauses particulières compris, par le nouveau pouvoir, des villes réaniment leurs conseils et n’hésitent pas à imposer des "pactes d’amitié"’ entre les différentes communautés religieuses. A partir de la mi-juin, le pays est globalement en paix. "Il faut voir dans ces modalités de la pacification le fait qu’en 1610 l’Etat et la Ville demeurent des entités politiques capables de collaborer à la défense de la chose publique et au premier chef de la paix intérieure" estime M. Cassan.

Informer sur la mort d’Henri IV aura été l’une des premières grandes expériences de communication moderne d’un événement politique.


Repères :

A lire :
La grande peur de 1610, les Français et l’assassinat d’Henri IV, de Michel Cassan, Editions Champ Vallon (2010)

www.champ-vallon.com


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