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Jerome Charyn : la soif du ping

dimanche 13 juillet 2014, par Jean-Luc Hinsinger

Green Lane, une ruelle quelconque, quelque part entre New York et Paris. Quelques marches improbables. Une porte de fer anonyme.

Nul besoin de cerbère. Seuls les gladiateurs franchissent ce sas délimitant la rue de l’arène. Au fond, le portrait d’un ancien dirigeant. Ses « zyeux-bleus » couvent une demi-douzaine de rectangles verts séparés en leur milieu d’une fine bande maillée.

Isaac Sidel, le commissaire en chef, « superflic » de Brooklyn pourrait y connaître une de ces émotions qui marquent l’existence. Là devant lui, il reconnaîtrait l’héritier de Manfred, son adjoint préféré. Manfred Cohen*, mort en service, raquette au poing, broyé par une balle qui n’était assurément pas de celluloïd.

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“Je jouais contre des Hongrois (…) je les battais tous ces vieillards en maillot de corps (…). J’écrasais les ménagères de West End Avenue, accompagnées de leurs enfants et de leurs chiens, qu’elles abandonnaient pour d’interminables parties.  Mais j’avais fini par manquer de chance. J’avais été battu par un gosse de dix ans.”

Manfred réincarné en Jérome Charyn qui découvrit le « ping » au cours de sa dixième année, dans les temples pongistiques du Chinatown new-yorkais. S’il ne put intégrer le clan sinophile, le virus était en lui. Combien de cow-boys tombés sous ses smashes ! Bien plus tard, sa traversée de l’Atlantique n’échappera pas au flair du barde insulaire, Georges Moustaki, l’invitant à rejoindre son groupe de combattants.

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"Les raquettes en caoutchouc mousse n’existaient pas aux Etats-Unis. On les a empruntées aux Japonais. Nous leur avons donné un aperçu de la bombe atomique et eux, ils nous ont donné la raquette sandwiche. Et je suis bien incapable de dire laquelle des deux armes est la plus diabolique."

Sitôt dit, sitôt fait, un survêtement rétif découvrant un caleçon à gros pois, une raquette archi-sèche, un thermos de café pour les changements de côté, et une volonté indécrottable, un désir de déstabiliser l’adversaire, de le mettre sous son emprise, le tout ponctué de « come on !  » auto-motivants.

Tel un poisson-chat, il s’attaque à tout ce qui passe le filet : balles molles, tourbillonnantes ou filantes, il ne laisse aucun répit à sa proie… et si le sort vient à lui être contraire, même battu, il n’est jamais vaincu !

Victoire ou défaite ne le détourneront ni d’une réconfortante trattoria, ni – tard dans la nuit – du flirt avec la feuille lascive couvrant le rouleau de sa machine à écrire électrique…


Repères :

Illustrations Vincent Gravé. http://vincentgrave.blogspot.fr/

* A découvrir ou redécouvrir, les aventures d’Isaac Sidel et Manfred Cohen dans "Zyeux-Bleus", "Marilyn la Dingue", "Kermesse à Manhattan", "Les Filles de Maria", dans la collection de poche Folio.
http://jeromecharyn.com/

PS : J’ai eu la chance de partager ma passion du ping avec, entre autres, Jerome et Georges Moustaki à l’US Métro en cette fin des années 90. Le portrait de Jerome devait paraître – en 1999 – dans le magazine Bachi-Bouzouk, qui disparut prématurément des kiosques. Il s’agit donc bien ici d’un inédit !


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