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Joseph Bialot et ses fantômes

lundi 10 décembre 2012, par Emmanuel Amar

L’auteur prolifique de polars fut aussi le mémorialiste de sa survie et de celles des rescapés d’Auschwitz

Histoire. Depuis le 25 novembre, Joseph Bialot n’est plus, mais c’est vite dit. Sa vie-fleuve, ses dizaines de romans ( du Salon du prêt-à-saigner au Puits de Moïse est achevé) resteront un certain temps dans les mémoires flottantes. Connu pour ses polars, l’écrivain le fut moins pour son autobiographie, C’est en hiver que les jours rallongent, publiée il y a exactement dix ans.

Juif, né à Varsovie en 1923, le petit Joseph Bialobroda quitte la Pologne avec ses parents, en quête d’un avenir meilleur, loin des persécutions, dans cette France du début des années 30. La famille vit à Paris et s’intègre au petit peuple de Belleville jusqu’à la débâcle de 1940. Joseph ne retrouvera la capitale qu’en juin 1945, francisera son patronyme et poursuivra la carrière entreprise par son père dans la bonneterie, jusqu’à ce que des ennuis de santé le contraignent à arrêter.
Il quitte son entreprise et, autodidacte, se lance sur le tard dans une carrière littéraire. Bingo ! Son premier manuscrit, Le salon du prêt-à-saigner, publié dans la prestigieuse Série Noire, obtient le Grand Prix de littérature policière en 1979. Il publiera ainsi une vingtaine de polars, mettant en scène un Paris populaire aux personnages truculents, le tout mâtiné d’un mélange d’humour juif et de sabir parigot.

Après plus de cinquante ans de silence et une psychanalyse, Bialot raconte enfin sa déportation dans C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil, 2002) . Contraint de se cacher pour échapper aux persécutions à partir de 1940, il est arrêté à l’issue d’une réunion de résistants communistes à Grenoble en juillet 1944. Tandis que les flonflons de la libération s’apprêtent à résonner sur Paris et que le Reich entre en agonie, il est déporté le 11 août dans l’un des derniers convois en partance pour Auschwitz. Il y survit et racontera dans des pages poignantes, l’enfer au quotidien, les sélections, les privations et les massacres industriels. Il lit dans le regard de ses compagnons d’infortune, ceux qui auront une chance de survivre – mais à quel prix - et les autres…

Bialot est libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945. Libre certes, mais pas tiré d’affaire pour autant. Suivent trois mois d’errance à Cracovie, la ville la plus proche, épargnée par le feu nazi, où le tragique se mêle parfois au burlesque, avant un train salutaire pour Odessa puis le rapatriement vers Marseille.

Il arrive à Paris en juin 1945 et retrouve ses parents et sa sœur qui ont miraculeusement survécu. A la différence de nombre de déportés, Joseph Bialot n’a jamais souhaité participer aux commémorations, notamment le soixantième anniversaire de la libération des camps en 2005. Il écrit ainsi dans une version actualisée de C’est en hiver que les jours rallongent : A Birkenau, les touristes en mal d’émotions qui se pressent chaque année dans une excursion du style Auschwitz by night ne se rendent pas compte qu’ils marchent sur des cendres humaines.
Il n’est jamais retourné en Pologne ; trop de fantômes errants l’encombrent.


Repères :

C’est en hiver que les jours rallongent, de Joseph Bialot, Seuil (Paris), 281 pages. Publication : 2002.


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