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Julien Jacob monte sur le Newsring

jeudi 17 novembre 2011, par Laurent Firdion

PDG et fondateur d’un nouveau site consacré aux débats, avec Frédéric Taddéi, il est déjà un vétéran de nombreux projets journalistiques sur Internet.

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Julien Jacob, PDG de Newsring, Paris, novembre 2011. (©Claude Germerie pour Lesinfluences.fr)

Julien Jacob impressionne. D’abord par son CV : il a été directeur général France de CNET Networks (groupe de médias comptant les sites Zdnet.fr ou encore Gamekult.fr), directeur adjoint du Groupe Tests / Internext (magazines et sites sur les nouvelles technologies, filiale de NextRadioTV) et cofondateur du site Obiwi (magazine pour les passionnés de mode, sport, culture etc). Ensuite par son discours ponctué d’anglicismes – « mashup », « sorting  », « successful » – hérités sans doute de sa formation à HEC où il a obtenu un « Executive MBA » – autre anglicisme.

Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, il n’y a aucune arrogance chez ce Parisien de 42 ans. Il étonne même par sa franchise et sa modestie. Quand il évoque son parcours, il parle de «  hasard et de coups de chance  ». Il parle aussi de ses échecs, les portant comme une armure.

« Je me suis fait viré du Celsa à 19 ans », lâche-t-il mi-gêné mi-amusé. Un peu fier aussi. Et en effet, à l’écouter, cela ressemble plus à un fait d’armes. « Au cours de ma première année dans cette Grande école de l’université de la Sorbonne, je faisais des piges à droite et à gauche et j’avais fait un reportage super chaud sur les graffeurs à Paris. Ils venaient de se payer la station de métro du Louvre ce qui avait provoqué un scandale phénoménal. L’Événement du jeudi me demandait de faire une double-page. J’ai donc averti le Celsa que je ne pourrai pas venir en cours pendant une semaine. On m’a répondu : ’vous ferez du journalisme quand vous aurez votre diplôme’. »

Il revient plus tard à l’enseignement journalistique par la formation continue que propose le CFPJ où il se spécialise en secrétariat de rédaction : il apprend la mise en page, la typographie...
Avec des camarades, il crée un magazine d’entreprise appelé Profs «  qui se voulait un Monde de l’éducation pour les jeunes car c’était l’époque de la création des IUFM et plein de choses changeaient dans l’éducation  ». Mais la concurrence est rude et le verdict tombe assez vite : « On s’est planté  », reconnaît-il.
A la mort de son père, Julien Jacob ne peut plus se permettre cette forme d’insouciance. Il accepte un travail qui était « à des années lumières de ce qu’il faisait », chez Ziff Davis un groupe américain qui publie des magazines informatiques. Mais par ce biais, il va découvrir un vaste monde inexploré : Internet. Alors que le Web est en plein balbutiement, Julien Jacob crée déjà des sites.

Profession : "journaliste orchestrateur"

« A l’époque, on était encore avec les modems 14k et on était obligé de mettre du texte avant la photo tellement elle mettait de temps à se charger », se rappelle-t-il. Il apprend beaucoup. Et en 2006, il lance Obiwi, une plate-forme participative innovante qui agrège autour d’elle une communauté active. Mais le site passe par le trou d’air de la crise économique de 2008. Il n’y a plus d’argent. Julien Jacob jette l’éponge. Nouvel échec. « Benoît Raphaël [fondateur du Lab d’Europe 1] a dit que j’avais été malheureux avec Obiwi, c’est totalement faux, rétorque le Pdg. Je me suis éclaté avec Obiwi et j’ai appris quinze fois plus que si ça avait marché ».
Julien Jacob a une capacité à rebondir étonnante. Pour preuve, il va lancer ce mois de décembre Newsring, un pure player original dédié uniquement aux débats, qu’il soit politiques, économiques, sociétaux ou encore « drôles et décalés, comme par exemple sur la nouvelle version du Petit Journal de Canal +  ».
Pour Julien Jacob, il y a précisément un décalage entre « les thèmes couverts par les médias et ceux dont on discute sur Internet », il fustige les « journalistes cumulards professionnels, les Joffrin etc, qui sont des gens très brillants mais qui débattent seulement entre eux  ». Des débats comme l’homoparentalité ou les rythmes scolaires « ne sont pas couverts ou sont couverts de façon anecdotique par les médias  ».
« Ce qui m’a plu dans le projet, résume-t-il, c’est cette utopie : par le débat, faire progresser la société. »
Newsring se veut la synthèse de tout ce qui a été fait sur Internet mais aussi de tout ce que Julien Jacob a appris. Avec ses collaborateurs Cédric Ciret et Guillaume Multrier, il veut créer quelque chose d’ambitieux : « une nouvelle interface comme ce qu’ont fait Facebook et Quora  ». Depuis des mois, le quadra développe avec son équipe des outils permettant d’inventer un lieu de débats évitant certains écueils inhérents aux discussions « passionnées  » comme les propos racistes ou les interventions hors sujet. « Il faut une parole plurielle des internautes, affirme Julien Jacob, mais structurée grâce à une modération a posteriori et des algorithmes – un peu comme ceux de Quora – qui vont permettre de ranger les contributions selon leur qualité  ».

Une levée de fonds de 3,5 millions euros et des débats sponsorisés

Des «  points d’influence », selon la valeur du propos, seront donnés à l’Internaute participant. Tout cela sera géré par la rédaction de Newsring, une dizaine de journalistes qui embrassent le nouveau métier de « journaliste orchestrateur ». « Un peu comme ce que fait le directeur éditorial de Newsring, Frédéric Taddeï, dans son émission Ce soir ou jamais sur France 3 », explique Julien Jacob. En clair, animer les débats, être présent pour que «  ça ne parte pas dans tous les sens  », sans imposer une forme d’autorité toute puissante. Les «  journalistes orchestrateurs  » seront également chargés de choisir les sujet de débats, de les angler et d’apporter des informations pour les alimenter.
Et le modèle économique dans tout ça ? Contrairement à nombre de pure players qui se sont lancés en pariant sur le fait que la publicité en ligne finirait bien par rapporter quelque chose, Julien Jacob a élaboré un modèle économique qui se veut innovant. Il reposera sur des opérations spéciales et du sponsoring. « Par exemple, dans un débat sur la diversité sociale, on pourra intégrer la parole de Macdonald qui a beaucoup travaillé sur la question  », explique-t-il. Le sponsor sera identifié comme tel pour qu’il n’y ait pas de confusion.

Ces opérations spéciales se feront en fonction des annonceurs « qui vont peut-être sponsoriser un débat ou communiquer par email avec la communauté ». La clef sera donc de bien connaître son audience. « Avec l’historique des activités de chaque contributeur, nous pourrons dire par exemple : vous avez participé à 15 débats sur le Vélib’, il y a Autolib’ qui arrive, vous êtes certainement une personne intéressante à entendre sur ce sujet-là. »
Il reste à savoir si la future communauté Newsring sera prête à avaler un tel principe.
Avec une levée de fonds de 3,5 millions d’euros, le projet semble solide. Le Pdg imagine déjà une déclinaison de Newsring à l’étranger : en espagnol, en italien...

Et Julien Jacob n’a plus peur d’échouer. « J’aime bien l’idée que pour être capable de s’adapter et de changer il faut accepter l’échec et ne pas le craindre. » Il invoque Steve Jobs, le mythique patron d’Apple, célèbre pour ses nombreux déboires en début de carrière. Pour conjurer le sort, le petit tycoon des débats entoilés se dit déjà prêt « à arrêter si cela ne marche pas ». Sur cette dernière question, le débat est ouvert.


Repères :

Lire également sur notre site, la crise interne dans la rédaction de Newsring (janvier 2012) :

www.lesinfluences.fr/Newsring-se-debat-dans-une-crise.html

www.newsring.fr


le 20 novembre 2011 : Julien Jacob monte sur le Newsring

Bonne chance à Newsring. Reste à savoir comment ils vont imposer le modèle de sponsoring (comment faire croire qu’un site est un forum de débats libres si l’intervenant mis en avant est McDonald’s). Reste aussi à savoir comment Newsring va se démarquer des sites plus forum : Quora, Talkeo.fr...


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