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L’agit-prop en 2013

dimanche 2 juin 2013, par Christian Harbulot

Les nouvelles formes d’action subversive dans le monde économique

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La société de l’information est devenue en moins d’un demi-siècle un champ conflictuel à part entière. Si Christian Salmon a récapitulé dans Storytelling le cheminement du fort pour influencer l’opinion publique, l’art de la guerre de l’information du faible reste encore un sujet encore peu étudié. La révolution médiatique de la fin des années 50 (émergence de la télévision, développement de la presse people, déclin de la presse militante traditionnelle) est à l’origine d’une profonde mutation des méthodes d’action des groupes issus de la société civile.
Les mouvements gauchistes des années 60/70 avaient déjà bien compris le lien entre l’action exemplaire et la résonance informationnelle qu’elle pouvait avoir si on se donnait les moyens de la faire passer dans les médias. La distribution sauvage dans les bidonvilles de Nanterre de produits volés chez Fauchon par des maoïstes, symbolise cette scénarisation de l’action militante. La mise en valeur de l’image sera de plus en plus exploitée en fonction des attentes des medias à la recherche du sensationnel. C’est le cas du quotidien France Soir qui, à la fin de sa grande époque, fit sa une en janvier 1976 sur la photographie d’un dirigeant des Charbonnages de France agressé chez lui par un commando gauchiste après la mort de mineurs dans un coup de grisou dans le Nord de la France.

L’action militante devient progressivement une mise en scène

L’adaptation de l’agit-prop (agitation propagande) aux mécanismes de la société de l’information entra dans une phase de professionnalisation sous l’impulsion des ONG du type Greenpeace. Cette nouvelle génération de défenseurs de l’environnement prit progressivement l’habitude de relayer ses actions commandos par des vidéos réalisées par les activistes eux-mêmes. Les démonstrations militantes furent de plus en plus scénarisées à l’image des militants de Greenpeace en tenue blanche qui opèrent « en direct » devant des journalistes des mesures de la radioactivité de l’eau de mer à proximité de l’usine de la Hague.

L’action militante devient progressivement une mise en scène comme ce fut le cas en avril 2010 lors de l’opération commando de Greenpeace contre l’assemblée générale de Nestlé à Genève (combinaison de séances de happening à l’extérieur, de déploiement de banderoles sur la façade de l’édifice, de découpage du plafond de la salle par des militants suspendus à des cordes pour perturber la réunion). Internet a démultiplié la résonance des techniques subversives du faible à la fois par le maillage des réseaux sociaux mais aussi par une sorte d’institutionnalisation du mode opératoire. Un nouveau type d’activisme se structure désormais autour de groupes comme le « Comité d’intervention en assemblée générale des actionnaires » (Ciag) qui s’est fait connaître en déstabilisant les Assemblées Générales de Casino, LVMH et Vinci.


Repères :

A lire :
- Christian Salmon, Storytelling, éditions de la découverte, Paris, 2007 et chez le même éditeur, La cérémonie cannibale : de la performance politique, avril 2013

A consulter :

http://www.fakirpresse.info/
http://www.fakirpresse.info/Veni-vidi-Vinci,574.html
http://www.fakirpresse.info/Denoncez-votre-patron,468.html

www.ege.fr


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