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L’alternative Thierry Pech

dimanche 17 octobre 2010, par Emmanuel Lemieux

Normalien, think tanker, éditeur, Thierry Pech prend la direction de la rédaction d’Alternatives Economiques.

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Thierry Pech (Darius-lesinfluences.fr)

Octobre 1980. Lorsque parait un fanzine de 16 pages mal fagoté, appelé Alternatives Economiques, le jeune Thierry Pech passe une 4e insouciante dans un collège de Tours. Sous l’ère écrasante Thatcher-Reagan, à l’ombre du totem Milton Friedman, l’économiste Denis Clerc estime que le débat public a besoin de perspectives et d’alternatives face à un libéralisme dominateur et surtout indiscutable. Il est loin de s’imaginer qu’il va lancer un vrai concept (104 240 exemplaires de diffusion payée en 2009) le hissant, trente années plus tard, à la seconde place de la presse économique.

Octobre 2010. Dans le numéro anniversaire 295 d’ « Alter Eco », Thierry Pech, tout nouveau directeur de la rédaction, remplaçant Philippe Frémeaux, mesure le chemin ainsi parcouru par le journal, mais aussi la France et une planète emballée. Les trente dernières années ont immergé les dépôts d’une Atlantide politique, économique et intellectuelle, et révélé une Terra incognita, une planète à peine esquissée, déjà brouillonne. « Contrairement à ce que l’on proclamait au lendemain de 1989, ces trois décennies qui ont vu la fin du monde bipolaire de la guerre froide et le triomphe de la démocratie et du marché sont loin d’avoir sifflé la fin de l’histoire  » prévient Thierry Pech dans son éditorial intitulé « Ne jamais s’endormir ».

Normalien à l’ENS Fontenay Saint-Cloud, « vrai chercheur dans l’âme » dans les frimeuses années 1980, il enseigne un peu mais réfléchit beaucoup. A la recherche d’une fratrie intellectuelle, il se découvre dans les années 90, une proximité avec le juriste Antoine Garapon et le rédacteur en chef de la revue Esprit, son condisciple de l’ENS, Marc-Olivier Padis. Avec l’un comme avec l’autre, il écrit des essais à quatre mains tels "Et ce sera justice. Punir en démocratie" (Odile Jacob) ou encore « Les Multinationales du cœur  » (La République des idées). C’est ainsi qu’il a été secrétaire général de l’Institut des Hautes-Etudes sur la justice.

Le normalien se trouve également une forte complicité avec la CFDT. Secrétaire confédéral, Thierry Pech sera un discret conseiller de Nicole Notat, mais aussi de François Chérèque. « Lorsque je vois ce syndicat aujourd’hui, je me dis que je n’ai pas perdu tout à fait mon temps, sourit-il. Là bas, j’ai rencontré tout un brassage de gens aux horizons sociaux extrêmement différents, un éco-système qui me convenait tout à fait.  » Une attitude mesurée, à part alors que les grèves de décembre 1995 réactivent le temps des postures dites radicales. « J’étais de centre gauche, et en même temps souvent insatisfait, regrettant dans cette famille de pensée, son manque constant de pugnacité dans la critique. Au fond, j’ai toujours recherché un alliage entre la critique sociale et le réformisme  », explique t-il.

Des idées émergentes et une nouvelle génération de chercheurs en sciences sociales

Il fut également, à partir de 2001, secrétaire général de La République des idées, la structure de Pierre Rosanvallon. Il tient à se démarquer de la longue séquence précédente de l’historien, celle de la Fondation Saint-Simon (1982-1999), think tank de réflexions libérales avec François Furet et Pierre Nora, et bientôt Alain Minc : « Ce n’est pas mon histoire » expédie t-il.
Durant près de 10 ans, Thierry Pech a mis en place une revue et au Seuil, une collection au nom éponyme, et qui a rencontré de jolis succès de notoriété et d’intérêt. « La Répu » a fait émerger des intellectuels comme Louis Chauvel, Eric Maurin ou Philippe Askenazy. Peu à peu, le secrétaire général s’impose dans le paysage éditorial.

De la collection d’idées à la direction générale du Seuil, Thierry Pech a fait le pas en 2008. Celui qui se définit comme un « entrepreneur intellectuel  » accepte l’animation d’une maison qui y a vu prospérer tout le nuancier de la 2e gauche des années 60-70. Las, l’expérience sera rapidement douloureuse. La bonne volonté s’est fatiguée dans les structures immobiles et face à quelques barons et marquises de la rue Jacob. Depuis des années, Philippe Frémeaux surveillait du coin de l’oeil, ce quadra discret et bûcheur, et l’a proposé comme successeur à la direction de la rédaction et d’une entreprise de presse pas comme les autres. Un poste idéal désormais pour rendre plus visibles et audibles une génération de chercheurs en sciences sociales, et les nouveaux débats d’un réformisme critique.


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