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L’amnésie géopolitique de l’Allemagne

lundi 25 février 2013, par Christian Harbulot

Peut-elle se battre sur quatre fronts ?

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Les deux guerres mondiales auraient dû marquer la mémoire allemande par le rappel d’un principe stratégique maintes fois vérifié dans l’Histoire comme quoi il ne faut pas se battre sur deux fronts. Un demi-siècle plus tard, l’Allemagne se retrouve dans une posture pour le moins délicate.
Epargnés par la guerre militaire (à l’exception des quelques dizaines de tués du contingent allemand en Afghanistan), nos voisins d’outre-Rhin ont à gérer des rapports de force économiques avec ses partenaires européens, la Chine, les Etats-Unis et la Russie. Le front européen est théoriquement le plus simple. Si l’ancienne puissance continentale n’a plus d’existence militaire déterminante (pas d’armes nucléaires et une armée conventionnelle en perte de vitesse à cause des réductions d’effectifs et des coupes budgétaires), elle occupe une place centrale dans la communauté européenne à cause de sa vitalité économique, de son influence géoéconomique sur les pays nordiques et de la fragilisation de l’Europe du Sud.

Epargnés par la guerre militaire, nos voisins d’outre-Rhin ont à gérer des rapports de force économiques avec ses partenaires européens, la Chine, les Etats-Unis et la Russie

La position de force intra-européenne de l’Allemagne est menacée par sa propre dynamique de puissance. Dans sa reconquête pacifique d’un statut international, l’Allemagne se bat en fait sur quatre fronts de la guerre économique, « invisibles » à l’œil des opinions publiques et de la plupart des médias :

-  Le front européen sur lequel elle cherche à faire reconnaître la légitimité de son modèle politico-économique.

-  Le front asiatique et plus spécialement chinois qui met les entreprises allemandes à la fois dans une situation de dépendance réciproque (les Chinois ont besoin des fournitures industrielles allemandes) et d’acceptation d’un risque croissant de prédation économique.

-  Le front atlantiste dont un professeur berlinois me dressait l’un des contours en me confiant que les membres de la commission de la Défense du Bundestag étaient sous écoute des services américains. En 2013, l’Allemagne valide la proposition de l’accord de libre échange avec l’Europe proposé par Obama. D’une manière plus souterraine, elle cherche à se protéger de l’influence américaine dans des secteurs aussi sécuritaires que l’informatique ou consuméristes (rejet de Wall Mart pour des raisons culturelles).

-  Le front russe reste la cadre relationnel paradoxal. L’Allemagne entretient avec Moscou des relations d’échange privilégiées dans le domaine de l’énergie mais reste sous forte surveillance des autorités russes dans ses velléités de projection en Mittel Europa. Le Kremlin n’a pas apprécié le rôle indirect joué par Berlin dans l’éclatement de l’ex Yougoslavie.

Cette multiplicité de postures parfois contradictoires est sujette à un risque potentiel d’écartèlement. Contrairement à ce que prétendent certains observateurs, l’Allemagne sait très bien où elle va. Le problème c’est qu’elle ne semble pas avoir tiré les leçons du passé.


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