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L’incantation, un art français majeur

jeudi 4 septembre 2014, par Christian Harbulot

Le grand discours gouvernemental du retour de la croissance en France pour masquer le vide politique

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L’incantation est-elle devenue un critère dominant dans la manière de gouverner la France ? Le thème du retour de la croissance en est l’illustration symbolique dans le discours des Présidents de la République. François Hollande est sans doute celui qui en a fait le plus grand usage pour masquer son absence totale de stratégie selon ses détracteurs.

La parole de la France est de plus en plus perçue comme une incantation permanente. Les annonces d’intervention dans le conflit syrien, les mises en garde à la Russie dans le conflit ukrainien, les appels au cessez le feu dans le conflit entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza : autant d’incantations non suivies d’effets. Le plus grave dans cette histoire est la manière dont le politique déteint sur les administrations. Le Quai d’Orsay est un peu le prototype de ce type de démarche rhétorique. Contrairement aux effets d’annonce, la prise en compte de la diplomatie économique n’a pas révolutionné le fonctionnement de ce Ministère. La création d’une direction des entreprises est accueillie avec méfiance par les énarques de la diplomatie française qui n’arrivent pas à passer de la fonction de représentation à une démarche proactive capable de contribuer à l’enrichissement de la France, donc de ces citoyens.

Réclamer des patrons patriotes, c’est louable mais inefficace.

Dans les faits, ce ministère fonctionne sur lui-même. Le ministre énonce des principes, les fonctionnaires les appliquent mais l’appareil tourne sur lui-même car personne ne veut s’atteler au changement vital de logiciel : passer d’une vision patrimoniale de la France à une approche dynamique de l’accroissement de puissance. Arnaud Montebourg a été un bon exemple de ce recours aux principes incantatoires. Réclamer des patrons patriotes, c’est louable mais inefficace. Lutter contre la mondialisation déloyale, c’est faire abstraction des réalités de la guerre économique où la compétition loyale est un non sens. Construire un modèle entrepreneurial solidaire, c’est d’abord comprendre les contradictions et les limites de l’économie sociale par rapport à l’économie de marché. Prôner l’interventionnisme étatique afin de préserver la souveraineté de nos entreprises est un aveu de faiblesse plus qu’une posture de combat.
Le pouvoir politique français s’avère pour l’instant incapable de rentrer dans le monde du XXIe siècle. Les débats hexagonaux se focalisent sur l’éternel palabre sur la croissance, le respect de la démocratie et la défense des droits de l’homme. C’est louable mais ces incantations sont impuissantes pour se positionner dans un monde multipolaire dangereux dominé par des affrontements économiques (les économies les plus compétitives sont des économies conquérantes), territoriaux (Palestine, Ukraine), idéologiques (démarches totalitaires islamique en Irak et en Syrie), sociétaux (les ghettos sans mur aux Etats-Unis, la criminalité de masse au Brésil).

La gouvernance politique de la France en est restée à une approche caricaturale du monde : préservation des alliances stratégiques (notamment avec les Etats-Unis), maintien de la sécurité internationale (vœu pieux), préservation de l’ordre public intérieur (de plus en plus délicat compte tenu des tensions provoquées par les islamistes fanatiques et la montée des peurs induites par l’évolution démographique du pays). Sans oublier ce qu’il faut lire entre les lignes comme l’achat de la paix sociale que j’ai abordé dans une précédente chronique. Cette posture ne nous mène nulle part et les rentes de situation républicaines ont une durée de vie limitée dans le temps.


Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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