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La Corée fait son coming-out

mardi 11 juin 2013, par Arnaud Vojinovic

Dans la très puritaine Corée du sud, la condition homosexuelle évolue lentement mais surement. La quatorzième édition du Korea Queer Culture Festival qui se tient actuellement à Séoul marque un tournant : les photos des participants ne sont plus floutées...

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Cette année le Queer Festival dure 16 jours, du 1er au 16 juin (© : http://bangingkboys.tumblr.com/)

De nombreux Coréens ont été étonnés par les mouvements contre le mariage gay en France. Pays des droits de l’Homme et censé être progressiste voire laxiste pour les questions touchant la sexualité, comparé à la culture coréenne moderne, ils pensaient tout naturellement que le « mariage pour tous » était déjà un droit fondamental. En effet la vie n’est pas simple pour la communauté homosexuelle dans la péninsule et la France est vue par certains comme une planche de salut pour vivre librement sa sexualité. Pour tout ce qui touche les minorités sexuelles, le Pays du matin calme est considéré comme l’ un des pays les plus conservateurs d’Asie. Le tabou est réel, les discriminations sont nombreuses.

A la demande de l’ONU, la Corée du Sud essaie de faire évoluer son système législatif pour préserver les homosexuels de toutes discriminations. Mais les puissantes associations chrétiennes ont fait barrage en avril dernier,estimant une loi anti-discrimination incompatible avec la morale, et ont fait échouer son adoption. Leur argument : ce texte aurait autorisé de fait l’homosexualité. Les chrétiens coréens ont mené des actions à travers tout le pays, une pétition réunissant même 10 millions de signataires [1]. Les plus conservateurs classent les gays dans la même catégorie que les délinquants sexuels et pire, sans doute, les sympathisants nord-coréens ; « les trois maux de la société » qu’il est un devoir de combattre.

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Hongdae se couvre des couleurs de l’arc-en-ciel le temps de la Gay Pride en ce samedi 1er juin (© : Hankyoreh)

Mais depuis quelques années le front moraliste de la société coréenne se fissure. Cette année, lors du défilé de la Gay Pride ouvrant le festival qui dure 16 jours, ils étaient plus de 2 000, membres de la communauté LGBT et sympathisants, à défiler à visage découvert. Ce qui n’est pas anodin en Corée.
Si l’ex-présentateur TV Hong Seok-cheon regrette d’avoir fait son coming out il y a treize ans, considérant que cela a mis un frein brutal à sa carrière, le temps des suicides est bien fini. Séoul a été marqué par des suicides spectaculaires comme celui du jeune Yoon surnommé Yugudang qui se tua en 2003 pour défendre la cause des gay. Avant de passer à l’acte, il accusa une déclaration haineuse de l’église coréenne qui considérait que les homosexuels devaient être "jugés par le feu et le soufre de Sodome et Gomorrhe" . Il y eut aussi l’acteur Kim Ji-hoo en 2008 qui perdit tout ses contrats après avoir avoué son homosexualité. Aujourd’hui il en est différemment pour la jeune génération qui vit sa sexualité au grand jour, même si les discriminations sont parfois lourdes à supporter. Selon Gallup, 39% de la population (71% pour la tranche d’âge 18-29 ans) considère que la société doit accepter l’homosexualité, 25% soutenant même le mariage gay. Un comble dans un pays aussi patriarcal que la Corée du Sud.

Le paysage change, le soutien est de plus en plus visible

Des bars gays ouvrent et s’affichent. Identifiables par leur drapeau arc-en-ciel, ils se concentrent dans un quartier de Séoul surnommé maintenant Homo-hill.

Cette année, l’’association de défense des droits la communauté LGBT, Chingusai, a mobilisé plus d’une centaine de personnes pour tourner un clip très émouvant dans le cadre de l’IDAHO Project [2], Journée mondiale de lutte contre l’homophobie initiée par le français Louis-Georges Tin qui se déroule tous les 17 mai depuis 2005.

La 11ième édition du Festival international du film féminin qui s’est tenue à Séoul consacra une partie de sa programmation au cinéma lesbien dont le documentaire Ni fille ni garçon, mon sexe n’est pas mon genre de la française Valérie Mitteaux [3] ou Lesbiana - A Parallel Revolution de la canadienne Myriam Fougère.

Le soutien relève parfois du simple clin d’œil. Ainsi le dernier clip de la chanteuse Lee Hyori, Miss Korea met en scène des drag queens (à partir de 2 min 14).

ou encore l’érotisme lesbien développé dans la chanson Female President de Girl’s Day dont le clip se conclue par un "presque" baisé entre deux femmes.

Mais le chemin à parcourir est encore long : une partie du corps enseignant affirme toujours que l’homosexualité est une maladie mentale et est responsable du SIDA. La dernière provocation du réalisateur Kim Jho Gwang-soo ne sera peut être pas suffisante pour faire évoluer les mentalités. Le cinéaste a annoncé au début du mois de juin son intention de se marier avec son compagnon [4]. En 2009 son film Friends ? s’était vu interdit au moins de 18 ans pour un simple baiser échangé entre deux hommes dans les rues de Séoul.


Repères :

Le site du festival : http://www.kqcf.org/

A lire sur lesinfluences.fr :


[1Le chiffre peut paraitre élevé mais il est impossible de refuser de signer quand vous êtes sollicité par votre pasteur à la sortie de l’office.

[2« International Day Against HOmophobia »

[3Diffusé en 2011 sur ARTE

[4Ils se sont mariés le 07 septembre 2013 devant un millier de personnes.


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