Laurence Monnoyer-Smith

Peut-on cliquer la démocratie ?

Le 19 mai 2009

#Démocratie participative #Internet #Politique #Ségolène Royal
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Gabriel pour L’Agence Idea

Laurence Monnoyer-Smith, professeure en sciences de l’information à l’Université de Compiègne est repérée comme la spécialiste de l’étude des effets d’Internet sur la démocratie participative. Chercheuse au Costech (Connaissance, Organisation et Systèmes Techniques), elle y est responsable du groupe Assun (Anthropologie et sémiotique des supports numériques) qui étudie les usages et les impacts d’Internet dans différents secteurs comme le journalisme ou la vie publique.

Elle sera à ce titre l’une des intervenantes du colloque organisée, ce n’est pas une surprise, par le Conseil régional de Poitou-Charentes, Sciences-Po et le Réseau DEL à Poitiers le 29 mai 2009. La présidentielle de la candidate Ségolène Royal a fait émerger le concept de « démocratie participative ». En son temps, les détracteurs ont vu cela comme une marotte ridicule et sans avenir. Pourtant, l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) a consenti un budget pour une recherche (2008-2010) du Ministère de l’environnement sur une comparaison européenne de l’expression citoyenne dans les procédures locales de concertation, étude menée par Laurence Monnoyer-Smith. Elle est par ailleurs du comité scientifique du programme ANR-Vox-Internet qui doit rendre ses conclusions sur « la gouvernance par internet. »

Les TIC (technologies de l’information et de la communication) vont-elles fondamentalement changer la participation des citoyens aux affaires publiques, et tisser des liens aujourd’hui distendus entre les élus et des populations fragiles ? Rien n’est moins sûr. Depuis dix ans, « la démocratie électronique » ne suscite pas un véritable engouement en France, comparé à d’autres pays européens, l’Allemagne en tête. Loin de tomber dans la mystique technologique, Laurence Monnoyer-Smith estimait quant à elle, lors d’un forum Réinventer la démocratie, qui s’est tenu du 8 au 10 mai derniers à Grenoble, à l’initiative de La République des idées, que la nature de cette coproduction démocratie et Internet « dépend de nous et des choix de société que nous aurons à faire. » Bref, l’Internet c’est comme la télévision en son temps : un outil puissant, démultiplicateur, mais ambivalent.

Pour l’instant, la chercheure voit soit un effet de « réductionnisme » (les services en ligne comme la demande de passeport par exemple, se substituant dans l’esprit du public à la démocratie et aux débats en ligne), soit de captation des débats et des médias par des acteurs autorisés, quand ils ne freinent pas des quatre fers devant des innovations technologiques, susceptibles d’élargir, sans contrôle, des prises de paroles vécues comme fastidieuses ou inutiles pour la délibération démocratique.

Or la Toile est bien plus riche, profuse, créative et désordonnée que ne le supposent les élus ou certaines administrations : de fait c’est plutôt une fracture entre médias officiels en ligne et citoyens qui s’élargit. L’Internet n’est pas un outil de la démocratie directe, souligne Laurence Monnoyer-Smith. S’il peut entretenir un lien permanent, ce n’est pas l’ « e-democratie » qui résout en quoique ce soit, les problèmes de rénovation de la représentativité, des médiations et de décision. C’est une bonne nouvelle : on peut continuer à faire de la politique hors ligne, au contact direct des citoyens, et même plus que jamais.



Repères :

5ème Rencontres Europe-Amérique : « Démocratie participative et internet », Poitiers, 29 mai 2009. 
Inscription en ligne : www.iberoamerica-sciences-po.fr/ ou www.democratie-participative.fr/



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