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Le Sénat adopte Victor Hugo

mardi 23 février 2010

Géopolitique. Le nom de l’écrivain est désormais le fer de lance de l’action culturelle française à l’étranger. Les instituts Victor-Hugo rejoignent les Instituts Goethe et Cervantès. Mais pour quoi faire ?

C’est peut être le seul acte concret d’une longue élaboration qui s’est perdue dans les coulisses de la diplomatie française : le Sénat a adopté, le 22 février dans la soirée, le nom de Victor Hugo pour baptiser la nouvelle agence culturelle au statut d’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), créée par le projet de loi sur l’action extérieure de la France.
"Institut français c’est pas très excitant, Victor Hugo personifie plus que personne la France", a insisté devant les sénateurs, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner - qui durant quelques semaines avait songé à intituler l’agence du nom d’Albert Camus. Ce qui n’était pas de l’avis de la Commission des affaires culturelles et de son président (UMP) Jacques Legendre, ou encore de Jean-Pierre Chevènement (RDSE) pour qui l’appellation institut français "résisterait à toutes les modes". Les Français se sont finalement inspirés de leurs homologues allemands (Goethe Institut) et espagnols (Instituto Cervantès), en adoptant le nom d’un écrivain français à forte notoriété internationale.

Mission de l’agence : se charger de l’action culturelle extérieure, ce que faisait déjà l’association CulturesFrance. S’ajoutent à ses missions, la promotion de la langue française mais aussi de la culture scientifique, des savoirs et des idées, ainsi que la formation professionnelle des personnels.

L’Institut Victor-Hugo est né. L’Institut Victor-Hugo est une jolie coquille vide.
Durant trois années, Victor-Hugo vivra sous haute surveillance. La décision, apparemment logique, de lui rattacher les quelques 144 centres culturels français à l’étranger, les 154 services de coopération et d’action culturelle (SCAC) ne sera décidée qu’à partir de 2013. La préservation de cette puissance-là a été jalousement défendue par les diplomates qui y voient, pour eux, un outil d’influence local et personnel. Reste aussi que la loi entérine le principe d’un "Conseil d’Orientation stratégique" où le ministère de la Culture, et les autres ministères à la politique culturelle extérieure, entendront bien mettre leur grain de sel. Le millier d’Alliances françaises, associations de droit local, lui aussi échappe à Victor-Hugo.
L’écrivain et ambassadeur Jean-Christophe Ruffin a décliné l’offre de diriger Victor-Hugo.
L’année dernière, le Sénat s’était alarmé de la perte de puissance de la culture française à l’extérieur, et la Commission des Affaires culturelles avait insisté, à perte, auprès de l’Elysée en demandant la création d’un secrétariat de l’action culturelle extérieure qui aurait recouvert les actions en faveur de la francophonie et l’audiovisuel extérieur (France 24, RFI). De son côté, pour le compte du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), Julia Kristeva avait produit un rapport assorti de propositions pour rendre l’action culturelle extérieure plus visible et plus agressive. De biens belles idées gisent au fond d’un tiroir, dont on a perdu la clé.


Repères :

Sur notre site :
Julia Kristeva psychanalyse l’action culturelle française à l’étranger


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