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Les révolutions arabes de l’économie, c’est pas gagné

mardi 20 décembre 2011, par Les influences.fr

L’avis d’un spécialiste du développement au Maghreb-Machrek face au défi de l’emploi des jeunes

Tags : Alternatives Internationales, Lahcen Achy, Carnegie Middle East Center

Tunisie, Egypte, Libye… D’autres parties du monde ont déjà vécu ce qu’en géopolitique, on nomme « la transitologie » : comment passer de la dictature ou d’une autocratie à la Ubu à un système démocratique et un autre modèle économique. De date récente, les années 90 ont concerné le Chili de l’après-Pinochet et tout le bloc Est après la dislocation de l’URSS. Lahcen Achy, est un économiste du développement et senior associate au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, l’un des rares think tank du monde arabe. Cet ancien professeur à l’Insea (Institut national de la statistique et d’économie appliquée) de Rabat expose son analyse de la situation économique et sociale après le printemps arabe, dans un entretien accordé au trimestriel Alternatives Economiques (décembre 2011) qui consacre un dossier très riche au titre explicite : Révolutions arabes : pourquoi l’économie risque de tout gâcher ».

Des propositions farfelues et un manque de langage commun

« Paradoxalement, la plupart des discussions concernant l’avenir économique du monde arabe n’ont pas lieu dans ces pays, mais en Europe  », remarque tout d’abord le chercheur. Pour que de tels débats publics puissent se dérouler au Maghreb comme au Machrek, doit émerger une culture économique et sociale auxquels tous ces pays et leurs opinions ne sont pas aguerris : à savoir le financement de la croissance, le poids et nature de la fiscalité, le niveau d’endettement possible. Cette langue commune pour l’instant n’est pas utilisée dans les médias et la classe politique, et Lahcen Achy s’en inquiète : « On entend des propositions tout à fait farfelues sur le nombre d’emplois que l’on peut rapidement créer dans le secteur public ou sur les augmentations de salaires qu’il est possible d’accorder. Une partie de l’opinion les approuve sans s’interroger vraiment sur leur faisabilité. (…) La population a des attentes sociales très fortes qui sont parfaitement compréhensibles parce que, pendant des décennies, elle a été le témoin d’une vaste corruption et de nombreux gaspillages. » L’économiste estime qu’il faut à ces pays, une pédagogie de fond, l’établissement expliqué d’un calendrier sur la création d’emplois et d’une fiscalisation.

Une corruption endémique et un manque d’ouverture au monde

Le chômage des jeunes dans des pays qui comptent un grand nombre de diplômés constitue le défi majeur de ces nations. Les pays arabes ont eu tendance à se développer en fonction d’une demande externe, celle massive de l’Europe à laquelle ces pays sont liés et reliés par l’histoire des colonies et la proximité géographique. Or, « cette spécialisation dans la sous-traitance, qui emploie essentiellement une main d’œuvre peu qualifiée », fait valoir le think tanker, est typique des années 1970. Promotion massive et possible dans les années 1980 : les diplômés qui eux se trouvaient absorbés par l’Etat et le secteur public. « Dans le même temps, ces pays n’ont pas suffisamment diversifié leur économie pour accompagner l’élévation du niveau d’éducation, analyse Lahcen Achy. Pour résoudre le décalage actuel, il faut qu’un secteur privé fort et autonome se développe, car il est le seul à créer des emplois. » L’économiste du développement ne cache pas son pessimisme face au niveau de corruption constaté de ces sociétés.
Comme leviers d’une amélioration de l’économie, il invite également à décloisonner le marché régional : « faute d’ouverture sur ses voisins, chaque pays d’Afrique du Nord perd 2 à 3% de taux de croissance par an  ». Lahcen Achi invite surtout à une nouvelle philosophie générale de ces pays de la rive Sud de la Méditerranée : réfléchir à une diversification géographique de leurs relations économiques. « Il n’est plus concevable qu’ils continuent de dépendre dans une si large mesure de l’Union européenne. Il leur faut trouver des opportunités d’affaires en Asie, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne. »


Repères :

Alternatives internationales (N°53), trimestriel, 6,90 euros. En kiosques

www.alternatives-internationales.fr

Egalement l’excellente livraison de la revue Maghreb-Machrek (n°206) : « Le monde arabe dans la crise » (hiver 2010-2011)
www.choiseul-editions.com


le 22 décembre 2011 : Les révolutions arabes de l’économie, c’est pas gagné

Effectivement il fallait un expert pour voir ce qui est évident.


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