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Les seniors et le FN : sortir des poncifs !

samedi 16 mai 2015, par Serge Guérin

Les commentateurs et les politiques ont fini par accepter de voir que le gros du succès du FN venait des votes des classes populaires (employés et ouvriers). Ce qui d’ailleurs a eu pour effet de « redécouvrir » cette population passée par pertes et profits au nom de la modernité. La gauche, censée représenter la voix des classes populaires, portée par une idéologie libérale-progressiste désincarnée, a fait l’impasse depuis plus de 20 ans sur la question sociale pour donner la priorité aux questions sociétales. C’était la victoire intellectuelle de Terra Nova. La droite, s’est laissé enfermer dans la défense des nantis et des héritiers. Ce qui devait arriver arriva. Ainsi aux dernières Départementales, selon l’Ifop, 49 % des ouvriers ont voté pour le FN, contre 15 % pour le PS. Maigre consolation, l’UMP-UDI fait encore moins bien avec 13 % de vote ouvrier en sa faveur… Le Front de Gauche, dont la matrice originelle vient de la classe ouvrière, ne séduit 7 % d’entre eux. La répartition du vote des employés est à peine moins sévère : le FN est toujours en tête avec 38 % des suffrages, devant l’UMP-UDI qui convainc 24 % d’entre eux et le PS qui en touche seulement 18 %.

Un autre tabou idéologique tombe avec le succès des listes portant l’imprimatur de Marine Le Pen : les jeunes sont à droite. 56 % des moins de 35 ans, ont voté pour les listes de droite ou d’extrême droite. Chez les 18-24, la droite et l’extrême droite atteignent même 61 % des suffrages ! Le FN fait mieux que le PS auprès des plus jeunes : 23 % contre 19 %.

En fait, et nous l’avions déjà souligné, avec le géographe Christophe Guilluy, dans Le Monde du 30 août 2012, en évoquant les « retraités populaires », le seul frein au vote FN des classes populaires réside chez les plus âgés. Aux dernières Départementales, seulement 17 % des plus de 65 ans se sont laissé attirer par le vote FN. En revanche, à 48 %, ils ont voté pour les listes UMP – UDI et divers droite. Et à seulement 27 % pour les listes PS et divers gauche. Voilà qui est bien contre-intuitif pour les belles âmes, pour celles et ceux qui n’ont pas vu évoluer la société, ni les seniors.

Avec la seniorisation de la société, la question de l’effet du vote silver devient de plus en plus prégnante. D’abord parce que la hausse de l’espérance de vie conjuguée avec les effets du papy-boom va continuer de se faire sentir sur la démographie française. On comptera en 2017, plus de 16 millions de plus de 60 ans. Contre 9 millions en 1981. Ensuite parce que la pyramide des âges électorale est encore plus « senorisée » du fait de l’interdiction de vote avant 18 ans. Enfin, l’effet s’amplifie encore par un taux de participation des seniors aux élections qui se situe traditionnellement de 10 à 15 points au-dessus de la moyenne...

M Le Pen avait fort bien compris l’importance du vote senior et la nécessité de convaincre cette population. Elle a su rappeler, systématiquement, le rôle des Départements comme instrument majeur des politiques de solidarité auprès des plus âgés.

En outre, il y a fort à parier que Marine Le Pen ayant réussit à évincer son père, la marche vers la banalisation du FN va s’accélérer en particulier auprès des seniors.
Alors, les retraités vont-ils encore longtemps rester réfractaires au vote Le Pen ?


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