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Louis-Georges Tin, l’intello homosocial

vendredi 3 mai 2013, par Audrey Minart

Antillais et gay : deux revendications de cet intellectuel de combat, qui voit dans la chevalerie une forme aboutie de socialité homosexuelle

Genre. Homophobie et racisme. Tels sont les deux fléaux que le militant Louis-Georges Tin s’évertue à éradiquer depuis plusieurs années. Et il s’en donne les moyens : A la fois, animateur du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) et président du Comité Idaho (Journée internationale contre l’homophobie), Louis Georges Tin s’est engagé, intellect de battant, contre les discriminations liées aux origines et à l’orientation sexuelle. Il faut piocher dans sa propre histoire pour comprendre un peu mieux l’enjeu. L’ancien normalien, agrégé de Lettres est aussi Antillais, et homosexuel.

« Mon combat actuel est représentatif de deux parties de ma personnalité. Je me suis engagé sur ces deux fronts car je n’ai trouvé à titre personnel aucunes des réponses que j’attendais… » Une quête d’autant plus complexe que le créateur du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) a grandi en Martinique, un territoire où les violences homophobes sont légion. Reste que sur l’identité antillaise, il réclame là aussi quelques mises au point de l’histoire officielle et de la mentalité collective, comme il l’indique dans un récent opuscule : De l’esclavage aux réparations, les textes clés d’hier et d’aujourd’hui  » (Les Petits Matins, février 2013, 5 euros) .

Auteur de plusieurs livres documentés et d’essais sur ces questions de discrimination dont un précieux Dictionnaire de l’homophobie (Puf, 2003) à peine vieilli, il a également créé un think tank « République et diversité » qui a mis en place trois groupes de travail : « Origines », « Genres », « Orientation sexuelle ». Le but ? Travailler en relation avec des universitaires et éditeurs, afin d’étudier le contenu, parfois stéréotypé, des manuels scolaires. «  L’éducation est mère de toutes les batailles, répète le militant. Parfois il s’agit de petites choses… Par exemple, dans les livres de géographie, un cours porte sur les littoraux dans le monde. On pourrait par exemple expliquer qu’au Sénégal les populations vivent essentiellement sur les côtes parce que c’est le résultat de la traite négrière vers l’Amérique.  » En littérature, même combat d’influence. « Peut-être faudrait-il davantage y inclure la littérature francophone… pas seulement française ? » S’agit-il d’obtenir la « repentance » des Occidentaux ? « Nicolas Sarkozy, entre autres, était obsédé par cette idée-là… Mais ce n’est pas ce que nous demandons. Il s’agit plutôt de réparations. Economiques et politiques. » Une différence qu’il explique longuement dans son dernier ouvrage *2.

L’hétérosexualité : une construction culturelle

Son double combat, il le mène donc en intellectuel. « Je jongle entre les deux… Il y a des effets de synergies car les questions de discrimination ont une dynamique commune. On y retrouve les mêmes mécanismes et les mêmes solutions. » Informer et éduquer avant tout. Et à l’heure où le mariage gay vient d’être définitivement validé à l’Assemblée Nationale, sans doute serait-il opportun de se plonger dans son ouvrage L’invention de la culture hétérosexuelle  (Editions Autrement, octobre 2012, 20 euros) . Thèse centrale de Louis-Georges Tin : comprendre comment nous serions passés en Occident d’une culture « homosociale » à une culture hétérosexuelle. La première serait caractérisée par une forte amitié entre chevaliers, à dominante et même à exclusivité masculine, à une époque où les femmes étaient très fortement reléguées au second plan. La seconde période serait née aux alentours du XIIe siècle avec la société courtoise. «  Le mariage, avant cela, était considéré comme un pis aller. L’éthique chevaleresque impliquait de tout sacrifier à la camaraderie héroïque, à ses compagnons de combat, même si cela ne signifiait absolument pas qu’il puisse y avoir des pratiques d’ordre physique. D’où mon utilisation du terme "homosocial", et non ‘homosexuel’. » Le tournant du XIIe siècle aurait donc été marqué par une obligation, pour les hommes, de se tourner de nouveau vers les femmes, de les idéaliser, les exalter, leur faire la cour, quant l’hétérosexualité n’était jusqu’ici considérée que comme « nécessaire et secondaire  ». «  Le primat du couple homme-femme n’est pas appliqué partout, ni à toutes les époques… Ce n’est pas tellement une question de pratique, mais plutôt de culture.   »

De la culture homosociale au « Mariage pour tous »

Cela résonne comme une provocation au milieu du fracas des armes rhétoriques qui ont accompagné le travail législatif : «  Le mariage pour tous est un combat d’arrière-garde… Nous bataillons depuis longtemps, et nous en sommes aujourd’hui à l’épilogue. Le vrai enjeu, c’est la procréation médicalement assistée, et sur ce point je ne fais pas confiance au gouvernement. » Et ce n’est pas le seul point sur lequel la méfiance prévaut. « Soixante-dix pays dans le monde pénalisent toujours l’homosexualité… La France, qui a été le premier pays à la dépénaliser pendant la Révolution, pourrait faire avancer les choses dans le cadre de l’ONU. Mais le processus piétine désormais. » Un constat qui le laisse d’autant plus amer qu’il ne manque pas de connaissances, en Ouganda, au Sénégal ou au Cameroun, qui croupissent en prison du fait de leur orientation sexuelle. Audrey Minart


Repères :

- Think tank « République et Diversité » : http://republiqueetdiversite.fr/le-19-avril-au-palais-bourbon-seminaire-egalite-diversite-republique-de-la-recherche-au-manuel/

Le CRAN : http://www.le-cran.fr/


le 5 mai 2013 : Louis-Georges Tin, l’intello homosocial

C’est pas signé.


Répondre a ce message

    Par Arnaudle 12 mai 2013 : Louis-Georges Tin, l’intello homosocial

    Les mystères d’Internet. C’était un problème technique, c’est corrigé.

    Arnaud

    Répondre a ce message
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