Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama



Mort d’Arthur

samedi 24 juillet 2010, par Emmanuel Lemieux

Politique & Médias. Décès d’Henri Montant, cofondateur de La Gueule Ouverte, premier hebdomadaire d’écologie politique français des années 1970, avec Pierre Fournier et Isabelle Cabut.

Henri Montant alias Arthur, 71 ans, a été emporté par le méchant crabe samedi 17 juillet à Plougasnou. L’histoire de la presse retiendra la silhouette d’un petit homme fébrile et grisonnant, vissé à sa pipe, troussant ses doux sarcasmes de tueur ottoman, car resteront avant tout, en mémoire et dans quelque feuille de chou anar jaunie, ses traces d’un chroniqueur libertaire à la Paul Lafarge, et à la plume pamphlétaire comme on en affûte de moins en moins. Ses billets qui grincent et ses textes qui écharpent ont constellé les pages de Hara-Kiri, Charlie Hebdo (1974-1982), La Grosse Bertha (1991-92), mais aussi du Matin de Paris, du Canard Enchaîné, de CQFD et, tout dernièrement, du site Bakchich.

Lyonnais d’origine, il se tenait face à la vie politique comme au théâtre de Guignol. C’est par l’ORTF (Office de Radio-télévision française), en 1964, que cet émoulu de l’Ecole française de journalisme débuta sa carrière éclair, au titre de rédacteur pour les présentateurs du Journal Télévisé de l’unique chaîne d’Etat, soit Léon Zitrone et Georges de Caunes. Autant dire que ses commentaires n’étaient pas systématiquement repris, et que le brillant reporter n’y fit pas long feu. Viendra ensuite une expérience de journaliste de presse écrite locale, où ses articles sur les dégâts de l’amiante ou la mer maltraitée ne passeront pas toujours. Tout comme calera dans les années 1990, Le Monde qui eût idée d’accueillir ses bijoux pamphlétaires. Le gîte professionnel définitif d’Arthur sera le billet dans la presse satirique, à partir des bouillonnantes années 1960.

Ancien joueur de tennis –classé un temps parmi les 200 meilleurs-, amateur de bon vins avec un style de vie qu’il dénonçait par ailleurs avec violence dans ses pamphlets, il ne fut pas spécialement très accordé avec les journalistes de La Gueule Ouverte (1972-1980), réunis en communauté à La Clayette. « C’était une grande gueule qui écrivait bien, mais sans vraiment faire partie du groupe » confirme un historique du journal, l’ex- journaliste Marc Thivolle. La Gueule Ouverte fut pourtant le journal qui lui ressembla le plus. Seul véritable professionnel de la bande, avec le chroniqueur Delfeuil de Ton, il avait cofondé le journal avec le dessinateur Pierre Fournier (1937-1973), véritable hérault de la pensée antiproductiviste, et la journaliste Isabelle Cabut. C’est bizarrement le professeur Choron qui finança ce projet de presse militante, et le logo (un militant "barbu" la gueule grande ouverte) fut conçu par Cabu. L’autre pilier de Charlie Hebdo, Reiser, suivit le bébé de près. La Gueule Ouverte (La G.O) est un média historique de la pensée écologiste en France.

Aux origines de La Gueule Ouverte

Le mensuel, puis l’hebdomadaire qui "annonce la fin du monde", restera dans les annales, comme le corpus d’analyses et d’informations des années 1970 le plus abouti en la matière. Son premier numéro capta d’emblée 70 000 lecteurs. Avec le ton de la presse contre-culturelle de l’époque, son style foutraque et agit-prop, La G.O a su brasser tous les courants de pensée libertaire et accompagner leur évolution lors de cette décennie : amoureux de la nature et des bêtes, antinucléaires, antiproductivistes et pré-décroissants, indiens des champs et théoriciens anti-capitalistes de la gauche non-communiste, adeptes de la non-violence et de la désobéissance civile, objecteurs de conscience et insoumis, féministes, gays, amoureux de Wilhem Reich, mineurs en fugue, mouvement des taulards, mouvement des radios libres, régionalistes, syndicalistes autogestionnaires, tiers-mondistes, prêtres défroqués, militants de l’énergie solaire, du vent et des pompes à chaleur, et autres expérimentateurs sociétaux. Proche du Partito Radicale d’un Marco Pannella et aussi de Dany Cohn-Bendit alors en exil en RFA, La G.O soutint l’élection présidentielle de René Dumont en 1974, travailla à celle de Brice Lalonde en 1981, coordonna la première grande manifestation antinucléaire française contre le projet de Super-Phénix à Creys-Malville (1977). Le journal surtout sans pub, épuisé financièrement, ne comptant plus que sur 20 000 lecteurs hebdomadaires, s’arrêta au seuil même où ses idées commençaient à infuser la société française, et dont la plupart d’entre elles se répandraient après l’alternance politique de mai 1981. Dans ce joyeux bazar idéologique merveilleusement biodiversifié, Arthur figura un éditorialiste goûteux, rappelant avec constance la ligne libertaire, anticapitaliste et jouisseuse de la vie.

Depuis la fin des utopies, Arthur s’était converti à la formation de journalistes, ses cours d’ écriture irrévérencieuse ne semblent pas avoir porté loin dans ce qui est devenu l’industrie médialtique. Son ultime bras d’honneur fut de collaborer à Siné Hebdo pour mieux signifier son mépris pour Philippe Val, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo dont il détesta les prises de position et la posture. A Montélimar, le 31 juillet, Arthur entamera une longue sieste antiproductiviste.


Repères :

Sur le site Backchich, le témoignage d’Isabelle Cabut-Soulié :

www.bakchich.info/Arthur-la-vie-perd-un-de-ses,11485.html

A lire :
Mémoires d’un paresseux, éditions de l’Aleï, 1998


Par SCHNEIDERle 20 août 2012 : Mort d’Arthur

Avis de recherche !!

J’ai perdu de vue Marc Thivolle de vue dans les années 80.
J’aimerais bien retrouver sa trace. Quelqu’un pourrait-il me donner une piste pour lui transmettre un message ?

Merci d’avance.

JF Schneider


Répondre a ce message
Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.