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Olivier Faure, du dessin au dessein de François Hollande

samedi 25 février 2012, par Emmanuel Lemieux

En 2007, il publiait la BD des coulisses de la campagne de Ségolène Royal. En 2012, il suit les études d’opinions pour le candidat du PS

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Olivier Faure (D.R pour Les inlfuences)

En 2007, une bande dessinée intitulée Ségo, François, Papa et moi (Hachette littératures) intrigua le Landerneau du Parti socialiste. Qui se cachait derrière l’auteur de ce manga politique racontant de l’intérieur la prise de pouvoir du PS par Ségolène Royal ? Julien Dray, porte-parole de la candidate, en a conçu une véritable crise de paranoïa. Il dépêcha quelques militants dans les librairies pour faire un comparatif des styles graphiques. Etait-ce donc Tardi, Comès, Golo, et pourquoi pas Spiegelmann, qui commettait ces strips ? Et pourquoi donc le personnage de "Monsieur Bang" avait-il les traits et la silhouette (revue très fitness et R’ n’ B) de Julien Dray ?

Le Financial Times, en bon chien truffier, flaira l’originalité goûteuse, espiègle et libre de ton du livre et lui consacra un important article. On découvrit l’auteur. Il s’appellait Olivier Faure, 40 ans, directeur de cabinet de François Hollande.
Sous l’ombre protectrice du personnage Monsieur Bang, le mangakâ de Solférino avait ainsi dessiné sa famille socialiste recomposée entre son bon copain « François », l’icône Ségolène, le tonton flingueur fabiusien et une ribambelle de petits cousins orphelins de François Mitterrand.

« Entre François et Ségolène, j’ai été tiraillé  » reconnaît-il. Tout juste si le dir-cab se souvient d’être passé au Q.G de "Ségo" et d’avoir empêché une catastrophe de com’ politique. "Nathalie Rastoin, la conseillère image, avait conçu une invraisemblable image de Ségolène Royal étendant ses bras à la manière du Christ de Rio. Heureusement, l’image avait été imaginée par ces grands communicants au format à l’italienne : absolument impossible à coller sur des panneaux électoraux", se souvient-il.
Comme le pharaon alla au tombeau, le scribe qui perdit aux législatives avec 49% dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne, accompagna François Hollande après la déconfiture du PS pour mieux assister à sa remontée.
Depuis il a eu le temps de mâchonner les erreurs de cette campagne, "le très mauvais timing" et "la triangulation de Sarkozy (s’emparer des concepts de l’adversaire pour mieux le désarmer politiquement/Ndlr)".

"Dans ma cité, sans être un voyou, je n’avais pas tout les codes, ceux qui vous permettent d’entrer dans le monde"

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Carnet de croquis d’Olivier Faure durant les comités stratégiques (Document Lesinfluences.fr)

Cinq ans après sa parution, ce manga politique qui était aussi un livre de deuil peut se lire autrement avec le recul. Une case résume bien les relations tissées entre Faure et Hollande : le jeune secrétaire général le supplie de ne pas faire de vannes. La métamorphose aura pris du temps. Les vannes de fin de repas rad-soc de François se sont affûtées en humour à tir tendu de campagne pour le candidat Hollande.
Quasi un quinquennat plus tard, on retrouve Olivier Faure dans son bureau de l’Assemblée nationale. En 2007, on lui proposa un job dans le privé, mais ce proche du député de Corrèze avait trop pris le goût de la politique. "Le débat préalable au traité de Maastricht, en 1992, est sans doute le foyer originel de mon envie de faire activement de la politique : assister à l’éloquence d’un tribun comme Philippe Séguin, à la montée en puissance toute la nuit d’un débat qui dessinait une vraie alternative dans un hémicycle noir de députés m’a donné le goût et le frisson. C’est dans ces moments-là que l’on regrette qu’il n’y ait pas eû dans les travées, un documentaire filmé caméra à l’épaule."

La publication de sa bande dessinée par ailleurs lui a donné un peu plus d’assurance. « En 2007, Hollande a découvert d’un coup que je faisais de la BD, que j’étais eurasien, métis franco-vietnamien, que mon parcours personnel avait été un peu compliqué  » décrit t-il. Le gamin d’Orléans est venu à la politique par le rocardisme : « En 1984, être rocardien c’était être en rébellion contre Fabius, alors Premier ministre  ». Olivier Faure bascula dans un nouveau monde. « Dans ma cité, sans être un voyou, je n’avais pas tout les codes, ceux qui vous permettent d’entrer dans le monde.  » Adolescent, il serre les dents : « jusqu’à 16-17 ans, j’avais le physique asiatique très prononcé, toute mon enfance j’ai dû subir les surnoms comme « le Chinois » ou « le bridé  ». Lui qui voulait faire de la BD se retrouve à Sciences-Po, on ricane sur ses chaussettes blanches, ou ses vêtements mal assortis. Il a été secrétaire général d’une société high-tec à Grenoble, mais c’est la politique qui le gobe. Il écume les cabinets ministériels après le retour aux affaires de la gauche en 1997. Découvre les codes, les digicodes, les codes secrets et puis les casse.

Depuis 2007, Olivier Faure occupe le poste de secrétaire général du Groupe des parlementaires socialistes. Une fonction technique et absorbante, où il apprend le métier, enregistre les tics et les tocs des députés, collectionne les meilleures ficelles des vétérans. Ce jour-là, il ne porte pas les bretelles et la chemise blanche dont il fait quasiment logotype sur ses photos officielles. Au mur, des affiches très graphiques de Libération (la Une annonçant la mort de Steeve Jobs par le logo Apple renversé, une larme à la pomme, ou encore celle du mot chaos en grec) marquent ses goûts pour le concept percutant. La une du Monde du 10 mai 1981, associant François Mitterrand vainqueur avec une publicité d’un livre de Mendès-France, raconte aussi les gauches qu’il aime.

Un écrivain, Laurent Binet, et un dessinateur de BD, Matthieu Sapin, suivent chacun à leur manière la campagne du candidat PS. Cette fois Olivier Faure sera à la manoeuvre, même si lui aussi esquisse à l’arraché quelques scènes sur son carnet de moleskine.
Le 8 mars, après la cession parlementaire, il ira respirer la poudre du champ de bataille élyséen. "Je suis chargé du suivi des mouvements d’opinion et des études pour le candidat" explique t-il. Charge à lui de mouliner quelques conclusions et idées avec Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès. Pestant contre ce QG de campagne où tout le monde s’entasse dans une cabine téléphonique, il repère les cafés alentour où il compte installer son ordinateur portable.

"La presse elle aussi a levé le camp de l’Assemblée nationale : il n’existe plus de journalisme de compte-rendu, ni de pédagogie du parlementarisme"

Surtout, il y aura de toute façon, une autre vie après le 6 mai 2012 : la campagne des législatives. Depuis cinq ans, le conseiller de François Hollande a à coeur de labourer la nouvelle 11e circonscription biscornue et coriace de Seine-et-Marne où il se présente, et de serrer des milliers de mains. Il soigne son maillage. Il soigne son blog de terrain. S’il se trouve élu, Olivier Faure aimerait bien pour la prochaine mandature, voir la restauration d’une culture parlementaire qu’il juge profondément dégradée depuis cinq ans. "L’hyper-parlementaire façon Copé c’est une tromperie intellectuelle et politique. Mais il n’y a pas que les députés qui ne savent pas suffisamment prendre et défendre leur liberté, estime t-il. La presse elle aussi a levé le camp : il n’existe plus de journalisme de compte-rendu, ni de pédagogie du parlementarisme. On ne trouve plus de bons limiers prêts à recouper jusqu’à pas d’heure leurs informations dans les couloirs ingrats de l’Assemblée nationale. Les politiques comme les médias privilégient la com’ plus que le fonds démocratique des délibérations et des décisions. Les chaînes de télévision sont devenues l’hémicycle."

Dessin et dessein ont la même racine étymologique. En 2012, Olivier Faure n’a plus besoin du super-héros socialiste, Monsieur Bang. Il vole de ses propres ailes, et espère bien qu’il sera un nouveau personnage de la BD politique qui se dessine.


Repères :

Par Alain BRIARD, candidat et maire adjoint PCF à Savigny-le-Templele 11 juin 2012 : Olivier Faure, du dessin au dessein de François Hollande

Maintenant qu’il va être élu, vous pouvez peut-être enfin parler de l’apparatchik parachuté venu faire une campagne à l’américiane ! (cf son véhicule de campagne ou "Olivier Faure, le camembert briard")

Car la BD et l’article du Financiel Times, qui s’en soucie (sauf si O.faure entend faire des déclarations similaires à celles de F.Hollande dans le Guardian) ?

PS (c’est le cas de la dire) : je ne suis pas aigri par le score de l’impétrant de Solférino, mais, en poltique, j’aime la clarté des idées et la transparence des personnages

- http://alainbriard-slt77.elunet.fr

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