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Park Geun-hye face à sa première crise majeure

Le 24 juin 2013, par Arnaud Vojinovic

La première véritable crise à gérer pour la nouvelle présidente de Corée du Sud n’est pas liée à son belliqueux voisin mais aux actions de son propre Service de renseignements, le très critiqué NIS.

#Corée du Sud #Les notes coréennes #National Intelligence Service #NISgate #Park Geun-hye

A peine une semaine après que Park Geun-hye soit élue à la présidence de la Corée du Sud le 19 décembre 2012, le Service de renseignements sud coréen (NIS [1]) est montré du doigt suite aux révélations d’un de ses agents. Le NIS est soupçonné d’avoir interféré dans le débat publique lors de l’élection en menant une campagne de diffamation sur internet au détriment du candidat de l’opposition sous couverture d’une cyber-guerre menée contre Pyongyang. Quelques jours après, c’est au tour de la Police d’être mise sur la sellette, soupçonnée d’avoir essayé d’étouffer l’affaire. 120 jours après la prise de fonction de la nouvelle présidente, ces soupçons se sont transformés en accusation.

Le 14 juin le bureau du procureur de Séoul a rendu publique l’inculpation de Won Sei-hoon, l’ancien Directeur de l’agence renvoyé en mars dernier. Sous l’ancienne présidence, il a ordonné à ses services de faire passer l’opposition pour des sympathisants nord-coréens. Dès février 2011, il avait exhorté ses troupes à intervenir : « Les gauchistes partisans de la Corée du Nord essayent de regagner en influence en prenant des contacts avec la Corée du Nord. Si cette année nous ne répondons pas fermement, le NIS pourrait disparaitre ». Véritable guerre psychologique menée en ligne par 70 agents du NIS, le but était de discréditer Moon Jae-in, l’adversaire de Park, le présentant comme trop mou face à la Corée du Nord et incapable de défendre la Corée du Sud en cas de crise avec le frère ennemi belliqueux. Un sujet qui reste sensible au cœur des coréens quand on sait que les deux pays sont toujours en guerre. Il est très fréquent lors des élections que les candidats conservateurs brandissent la menace nord coréenne lors d’incidents qui arrivent juste au bon moment. Cette stratégie est tellement grossière qu’elle a même un nom : « faire souffler le vent du nord ».
Won Sei-hoon risque 5 ans d’emprisonnement, s’il est jugé coupable.

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Du 10 au 29 juin 1987, la rue fait plier le pouvoir qui répond enfin positivement au désir de démocratie des Coréens.

Après s’être battu durement pour obtenir la démocratie dont les sacrifices ont été célébrés courant juin lors du 25ième anniversaire (ainsi que la mort sous la torture de Park Jong-chul président du Conseil étudiant du département de linguistique de l’Université nationale de Séoul en 1987 [2]), la pilule passe mal dans le monde universitaire [3]. Le fait que le NIS interfère dans le débat démocratique est entrain de déclencher une vague de ras-le-bol général à travers le pays. Si les étudiants de quelques universités sont d’abord montés au créneau, ils ont été très vite soutenus par les puissantes associations d’anciens élèves. Hier c’est la fédération d’associations d’anciens de 17 universités qui demande à la présidente Park Geun-hye de prendre position, de créer une commission d’enquête parlementaire, de condamner l’ancien chef du NIS, Won Sei-hoon et l’ancien chef de la Police de Séoul, Kim Yong-pan et de révoquer le Ministre de la Justice actuel.

Face à la grogne, le gouvernement privilégie une stratégie de contre-feu pour essayer de reprendre l’avantage politique. Des fuites d’enregistrements détenus par le NIS prouvant la position en faveur de la Corée du Nord de l’ancien président Roh Moo-hyun au sujet des frontières maritimes, frontières disputées entre les deux pays [4]. Cette stratégie est jugée comme totalement irresponsable par de nombreuses associations religieuses. Il est reproché à la Maison bleue d’attiser la colère des coréens au lieu de s’excuser sur les agissements du NIS. « En tant que chrétiens qui croyons et suivons des valeurs de justice, de paix et de sacralisation de la vie, nous avons réalisé que nous ne pouvons pas garder plus longtemps le silence ». C’est par ces mots que 11 associations protestantes se sont jointes au mouvement de protestation. Bouddhistes et Catholiques ne sont pas en reste.

Dès vendredi dernier, des premières veillées aux chandelles sont organisées à Séoul, Daegu et Busan par des organisations étudiantes et des mouvements de jeunesse. Les veillées appellent à la nomination d’une commission d’enquête parlementaire et à la fin du NIS.
En 2008 Lee Myung-bak, le précédent président, s’était trouvé face à un mouvement de protestation d’ampleur quelques semaines après son accession au pouvoir. Il avait prôné la fermeté face à une opinion publique qui souhaitait un embargo contre le bœuf américain. Le déni de démocratie de la part du président avait fait descendre en masse les Coréens dans les rues au cours de veillées spectaculaires durant parfois plusieurs jours. Alors qu’il lui est reproché le passé de dictateur de son père, Park Geun-hye ne peut que prendre position sur ce dossier ; le NIS a souvent été considéré par les mouvements luttant pour la démocratie comme le bras armé du pouvoir. Saura-t-elle faire le bon choix ?

EDIT du 25 juin :

  • Le 24 juin Park Geun-hye a déclaré n’avoir été nullement au courant des actions du NIS. S’il y a un problème c’est au parlement de le gérer et non à elle.
  • Le 24 juin le NIS a décidé de déclassifier les verbatims du sommet inter-coréen de 2007 rajoutant à la cacophonie générale. Il est reproché au NIS d’outrepasser ses prérogatives puisque ce n’est pas à lui de juger si des documents touchant des problématiques de sécurité nationale peuvent être rendus publiques ou pas. Normalement les documents de ce type sont gardés sous le sceau du secret pendant 15 ans et ne peuvent être déclassifiés que par un vote positif de plus des deux tiers du parlement.
  • Le 25 juin le Maire de Séoul, Park Won-soon, avocat des droits de l’homme et ancien militant, saisit le bureau du procureur. En 2011 le NIS a eu pour mission de contre carrer les influences politiques du Maire au profil atypique. La note de service du NIS s’intitule Les tendances de l’aile gauche de la municipalité de Séoul et comment les contrer. Le plan prévoit l’intervention de personnalités publiques, d’agences gouvernementales et d’universitaires pour s’opposer à la politique du Maire.

EDIT du 26 juin :

  • Le 25 juin, un second couteau du parti au pouvoir qualifie l’ancien président Roh Moo-hyun (suicidé en 2009), de « président traitre » suite à la publication des verbatims du sommet inter-coréen de 2007.
  • Les 25 et 26 juin, les deux groupes parlementaires se sont entendus sur une demande écrite afin de créer une commission d’enquête parlementaire concernant le NIS.
  • Le 26 juin nouvelles révélations sur le NIS. En 2009, tandis que le pays honorait la mémoire de son ancien président, Roh Moo-hyun qui venait de mettre fin à ses jours, les agents du service de renseignements auraient publié sur internet des centaines de messages le calomniant et critiquant les commémorations suivis de messages de soutien au président Lee Myung-bak et à son parti.

EDIT du 18 juillet :

  • Les veillées aux chandelles continuent et réunissent de plus en plus de monde.
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Séoul, le 13 juillet (© The hankyoreh)
  • Une commission parlementaire composée de députés de l’opposition et du parti au pouvoir est créée. Après de multiples rebondissements elle se prépare à examiner les millions de pages de retranscription du sommet inter-coréen de 2007 que le NIS avait fait fuiter.
  • Le 17 juillet la Commission annonce qu’après deux jours de recherche dans les archives nationales, elle a été incapable de trouver les retranscriptions. Une nouvelle controverse se fait jour :
    • Le NIS avait ses propres enregistrements
    • Pour quelle raison ses archives sont-elles introuvables et qui en est responsable ?

EDIT du 5 août :

  • L’imbroglio politique au sujet des enregistrements continue. Pour recentrer le débat sur les agissements du NIS, les députés de l’opposition décident de rejoindre les associations civiques lors de la veillée aux chandelles du samedi 03 août. C’est ainsi 30 000 personnes qui manifestent devant la Mairie de Séoul.
  • Le 05 août débute l’audition de l’actuel chef du NIS qui s’excuse platement des agissements de son prédécesseur.


[1NIS : National Intelligence Service

[2Park Jong-chul a été élevé au rang de martyr, symbole de l’oppression contre les mouvements démocratiques. Le monument érigé en sa mémoire sur le campus de l’Université de Séoul représente un tête plongée sous l’eau, faisant directement référence à la cause de sa mort.

[3Les années 80 ne sont pas si loin et même si cette génération est bien intégrée dans la société souvent à des postes importants, la torture a laissé des blessures chez beaucoup qui ne se sont pas encore refermées.

[4Enregistrements datant du sommet inter-coréen de 2007



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