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Philippe Hérard, peintre en l’être

samedi 4 octobre 2014, par Jean-Luc Hinsinger

De son atelier,
Face au chevalet,
il scrute l’humanité…
un brin désenchanté(e)

Confiné dans son appartelier, attelé à la redoutable tâche de traduire l’inconfort de l’homo modernus, faisant sienne(s) les couleurs de notre bonne vieille palette terre : ocre, brique, marron brun, vert, sable orangé… Philippe Hérard est un artiste rare.

Victime, enfant, d’une fracture de la cheville, il est baptisé par un oncle ecclésiastique, qui lui oint le front d’une huile sainte… celle de la peinture !
Depuis, rien ni personne ne détournera Philippe du tortueux, bien qu’exaltant, chemin menant à la félicité. Son bras devient manche de pinceau, ses doigts touffe de poils, livres et cahiers scolaires se métamorphosant en toiles vierges… pour la plus grande « joie » d’une famille peu convaincue par les appréciations de ses bulletins scolaires !

Son habileté manuelle, sa maîtrise du pinceau, son amour de la calligraphie, lui permettent d’exercer en tant que peintre en lettres. Un métier, aujourd’hui négligé, qui connut de belles heures en « graffant » le nom des comédiens et stars sur les façades des théâtres ou des cinémas.
Il affine ensuite ses aptitudes à l’Académie Charpentier de Paris, spécialisée en design et communication visuelle. La mise en pratique sera de courte durée, mais il en gardera le goût de l’ouvrage soigné et de l’importance du détail.

Pour ses premières expériences picturales, la focale de Philippe reste au grand-angle. Il compose des paysages sans aspérité, vierges de toute nuisance humaine, laissant deviner toutefois ici ou là quelque présence floue… rêve ou réalité ?

Le tête à tête permanent avec son chevalet, se consacrer entièrement et exclusivement à la peinture, voilà sa passion.

De l’atelier, à la galerie…

L’œuvre de Jean Rustin, apôtre d’une peinture figurative sans concession, sera pour lui un fidèle compagnon de route, délesté toutefois de sa violence et de sa dureté asilaire, pour une approche plus mélancolique, plus introspective… Ses personnages au visage inexpressif ont le regard rivé sur un monde qui leur est étranger, incompréhensible et pour tout dire sans attrait.

La petite graine – une image furtive lovée dans le cortex de Philippe – avait germé …

JPEG L’occasion sera donnée à Philippe d’exposer ses toiles en galeries. Pourtant, même si le milieu de l’art – petit monde d’initiés, de people voire de célébrités –, lui réserve un accueil bienveillant, l’artiste ne s’y sent pas à l’aise, peu adepte des ronds-de-jambes …

Il se qualifie lui-même d’autiste-peintre et considère son exercice comme une thérapie. « Je ne suis pas heureux, mais les instants de bonheur me sont quotidiens. »

Ses récentes peintures, vues à la librairie La Cartouche à Paris, le posent en enfant adultérin de glorieux anciens, tels Rembrandt ou van Eyck, portraitistes au service de pouvoirs qu’il s’agit de flagorner. Philippe plus proche d’un Francis Bacon, chantre de la souffrance, magnifie des « gueules cassées », aux visages exprimant des blessures intérieures, recousues à même la toile……
http://phherard.wix.com/philippeherard#!sutures/c1mo0

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Rodolphe (détail, Suture 2014)

De la galerie à la rue…

Au tournant de la quarantaine, il décide de pousser les murs de son atelier aux rues environnantes, celles de « son » quartier : Ménilmuche, Jourdain, Haut-Belleville.
Il choisit alors de peindre sur papier kraft qu’il ira ensuite coller sur les murs. Un support léger, rapide à poser dont la finesse épouse les moindres aspérités du support. Ces œuvres sont toujours uniques et originales, renouvelées au gré de l’humeur et des saisons.

Ses « gugusses » comme ils les nomment, anonymes, aux fêlures invisibles, aux postures improbables, sur une chaise bancale, une échelle de guingois, une mappemonde instable, couverte de journaux narrant le drame qui l’habite ou se débattant avec une bouée de sauvetage, à la recherche d’un équilibre, d’une place dans le monde… ce sont nos frères, nos cousins… nous ?

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© Ozartsetc.com

Vus sous un autre angle, ils apparaissent comme affranchis de leur créateur, ils évoluent sur la piste d’un cabaret sauvage où l’invite est lancée au public de passage : oubliez vos certitudes, faites la nique au quotidien, osez l’aventure, le déséquilibre, entrez dans la sarabande de l’inconnu, le monde est à ré-inventer, rejoignez-nous !

Leur uniformité graphique, leurs attitudes ironiques, les situations ridicules, agissent comme un révélateur de ce que nous n’osons pas, prisonniers de nos conventions sociales et de notre recherche exacerbée de sécurité.

S’ils semblent désespérément s’accrocher ou chercher à saisir une bouée, c’est peut-être qu’ils ont largué les amarres, s’offrant par là même à l’insu de leur plein gré un voyage inattendu sur l’immensité de la toile. Aucune recherche de pérennité, l’éphémère leur sied à merveille.

Que les services municipaux recouvrent ses collages ne légitime aucune rancœur de l’artiste. Il soustrait parfois lui-même certaines œuvres afin de les renouveler ou plus prosaïquement pour laisser la place à d’autres acteurs urbains.

Si Philippe Hérard est peu expansif, ses personnages à la langue bien pendue sont ses porte-paroles. Autrefois prostrés, ils s’animent, interpellent et dialoguent avec le passant… Le propre de l’artiste n’est-il pas de conjuguer le singulier au pluriel ?

Et retour en galerie

C’est avec une grande motivation et une force de travail impressionnante que Philippe Hérard a mis en œuvre son retour en galerie en novembre.
Son appétence de créativité, ses instants de bonheur rejaillissent sur des œuvres toutes nouvelles et apprêtées pour une première sortie spectaculaire et ludique.
Fraîcheur et enthousiasme, innovation et fidélité seront au rendez-vous… De quoi conforter les aficionados et faire entrer dans la ronde de nouveaux adeptes.


Repères :

Publications :
Philippe Hérard, Collages, éditions Librairie la Cartouche (7 rue du Jourdain, Paris 20e)
Street Art. Collages de Philippe Hérard, Henri-Pierre Jeudy, éditions Châtelet-Voltaire
Le Panorama des idées n°8, septembre 2016, Lemieux éditeur

http://phherard.wix.com/philippeherard


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