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Pierre-André Taguieff ouvre la chasse aux céliniens

mercredi 21 septembre 2011, par Emmanuel Lemieux

Le philosophe va publier avec l’historienne Annick Duraffour, un portrait décapé de Céline en militant pro-nazi de l’Ordre nouveau.

La chasse aux céliniens est ouverte, et le fusil est redoutable. C’est une menace et une promesse : "Constatant à quel point les débats sur le « cas Céline » baignaient dans une empathie colorée de vénération, nous avons mis en lumière les omissions, les naïvetés ou les arguties des habituels défenseurs de Céline. Le temps était venu d’en finir avec la complaisance, virant parfois à la connivence, à l’égard de cet antijuif fanatique doublé d’un propagandiste sans scrupules." Signé Pierre-André Taguieff.

"Dans cet ouvrage à deux voix, nous nous proposons tout d’abord de replacer Céline dans l’histoire de la littérature antijuive en France de la fin du XIXe siècle aux années trente, où apparaissent comme décisives les années 1936-1938", avance le philosophe qui, en novembre prochain, publie aux éditions Mille et une nuits (filiale Fayard), avec la collaboration de l’historienne Annick Duraffour, un Céline : l’autre face. Celle beaucoup moins consensuelle du "pamphlétaire anti-juif". Les deux chercheurs tentent d’expliquer comment l’auteur du Voyage au bout de la nuit s’est quasi converti à "l’antisémitisme de combat", puis à "l’engagement pro-nazi".

Céline jubilait devant l’Ordre nouveau qui s’installait en Europe et voulait clairement la victoire de l’Allemagne nazie.

A l’issue du Front populaire, incarné par "le Juif Blum", l’antisémitisme culturel s’est combiné à l’antisémitisme politique pour se cristalliser en propagande nazie, éclaire les auteurs, qui dénudent ainsi le soi-disant mystère Céline.
"Nous nous appliquons ensuite à montrer, sur la base de faits souvent ignorés ou mal interprétés, que les activités politico-littéraires diverses de Céline sous l’Occupation obéissaient à une logique d’engagement dénuée d’ambiguïté. Céline jubilait devant l’Ordre nouveau qui s’installait en Europe et voulait clairement la victoire de l’Allemagne nazie. Dès juillet 1942, il apprenait d’une « âme légère » l’entreprise d’extermination des Juifs d’Europe.", rappelle Pierre-André Taguieff.
Les errements céliniens n’avaient rien d’une mauvaise grippe : après-guerre, le grand génie se reconnaissait bien volontiers dans la nébuleuse du « révisionnisme historique », approuvant un Paul Rassinier, qui dès 1950, met en doute l’existence de la « magique chambre à gaz », selon son expression.

Rappelons que "le grand écrivain" devait être célébré par la république en 2011, pour le cinquantenaire de sa mort, le 1er juillet dernier. Le 19 janvier, une intervention de Serge Klarsfeld au nom du FFDJF ( association des fils et filles de déportés juifs de France) a fait capoter le projet de célébrations nationales sous l’égide du ministère de la culture, mais n’a pas pour autant freiné l’intense effervescence autour de l’écrivain. Qu’on en juge : colloque international les 4 et 5 février, semaine spéciale sur France Culture, hors série de Télérama, tables rondes en tous genres, rééditions et relookages... Peu de livres ont mis en exergue, l’antisémitisme à mort et surtout la nazification de Louis-Ferdinand Céline.

Par ailleurs, au même moment, et comme s’il n’avait pas assez d’ennemis idéologiques, le boulimique incorrigible Pierre-André Taguieff publiera un Wagner contre les juifs (Berg International), exhumant les textes et les oeuvres du compositeur les plus violemment antisémites.


Repères :

Sur notre site, lire également :

Céline et Genet aux petits vers de l’antisémitisme
www.lesinfluences.fr/Celine-et-Genet-aux-petits-vers-de.html

Louis-Ferdinand Céline : ultimes clichés, par Arnaud Viviant


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